‹ Œuvres complètes de F. de La MennaisChapitre 102 sur 108 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

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Mos tyrannie : quel sera le cercle dans lequel s*exercera excloshreiiient Taction da gomremement , sinon Tordre purement administratif? Or encore ici il existe des libertés naturelles non moins légitimes, non moins sacrées que le droit de propriété d'où eDes dérivent en partie. Ainsi nul ne peut s'inuniscer, sous aucun prétexte, dans les affaires de la famille , lui en ôter Fadministration , sans violer ses libertés naturelles , imprescriptibles , sans attaquer fondamentalement le droit même de propriété. Aussi ne Ta-t-on jamais tenté qu'en faisant soit du prince, soit d'un être abstrait qu'on appelle TÉtat , le premier et suprême propriétaire du pays : fiction monstrueuse qui, explicitement ou implicitement , est la base nécessaire du despotisme absolu et se retrouve au fond de tous ses actes. Mais si , en ce qui tient à l'administration de ses affaires propres, la famille est naturellement libre, c'est-A-dire, souveraine , la commune dont la fiunille est l'élément , la province qui est à la commune ce que la commune est à la famille , enfin la société entière considérée dans son unité , possèdent respectivement la même liberté , le même droit radical. Sous ce nouveau rapport , le système social qui tend à s'établir n'est donc qu'un retour à l'ordre le plus simple, le plus juste , le plus conforme à la nature ou aux impérissables lois qui ont en Dieu leur origine et leur sanction.

Et puisque ce système se réduit , d'une part , à exclure totalement l'intervention du pouvoir politique dans l'ordre spirituel , dans le domaine essentielle-

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mieiit indépendant de Thomme, de la pensée et de la conscience , et , de Tantre j à consacrer le droit inhérent à la famille , à la province, à la nation entière , d'administrer elles-mêmes respectivement leurs intérêts particuliers et leurs intérêts communs , il est aussi clair que le jour que la souveraineté ne peut plus signifier que ce droit de s'administrer soi-même , droit auquel on ne sauroit appliquer, sans tomber aussitôt dans un abîme d'absurdités, rien de ce que les philosophes et les théologiens ont dit sur la question spéculative et dogmatique de la souveraineté du peuple. Car évidemment cette proposition précise et incontestable, que chacun a le droit naturel d'administrer ses propres affaires , ne porte aucune atteinte à la maxime sacrée que tout droit, comme toute justice , découle de Dieu ; et au contraire , si le peuple n'étoit pas souverain en ce sens, c'est-à-dire naturellement libre , de conséquence en conséquence U faudroit en venir jusqu'à nier le principe même sur lequel repose l'existence de la famille, et soutenir que la terre et ses habitans appartiennent de droit à quelques hommes, qui peuvent arbitrairement en disposer comme il leur platt : doctrine athée , et , par tous les désordres , toutes les calamités, tous les crimes dont elle contient le germe, digne d'une étemelle exécration.

Nous avons montré comment , en vertu de la loi qui règle les destinées générales de l'humanité, et qui

se manifeste de nos jours plus clairement que jamais , les peuples tendent à réaliser un ordre social fondé sur raflranchissement de la pensée et de la conscience soustraites à Tautorité du pouvoir politique , et sur le droit naturel, imprescriptible, de la famille, de la commune, de la province, de la nation entière , d*administrer respectivement leurs intérêts particuliers et leur» intérêts communs. Cet ordre , dans lequel tout esprit dégagé de préventions ne sauroit méconnottre un progrès immense et peut-être le dernier qui soit possible à Thonmie ici-bas , rencontrera sans doute , avant de s'établir, de fortes et nombreuses résistances; mais quelque longue que soit la lutte , le triomphe est assuré : car rien ne peut arrêter le développement dont Dieu a mis le germe en chacune de ses créatures , et qui les rapproche de lui par un continuel mouvement d'ascension. Quelque idée d'ailleurs qu*on se fasse de Tépoque actuelle , un fait subsiste : la société humaine, remuée dans ses profondeurs, rejette ses vieilles institutions comme un vêtement usé, et cherche à se constituer sous de nouvelles formes. Ceci est incontestable ; et le caractère des institutions qu'elle s'efforce de substituer à celles dont elle est lasse et qu'elle ne supporte qu'avec d'incroyables douleurs , n'est désormais non plus enveloppé d'aucun nuage. La liberté en est le fond, non pas une liberté vague , qui n'est que l'impatience de toute règle et de tout frein , mais une liberté positivement définie , qui, conforme aux lois de la nature bien ordonnée , a son principe dans le droit le plus

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pur , dans un droit tel qu'on ne peut le renverser sans détruire logiquement toute justice sur la terre. Or jamais les idées ne rétrogradent; jamais on ne vit la société ^ que le mouvement progressif de la civilisation porte sans cesse en avant , remonter vers sa source. Il faut donc se résoudre à suivre avec elle le cours des choses qui lenlraine irrésistiblement , et se soumettre de bonne grâce à une nécessité qui, fAt-elle déplorable en soi, n'en seroit pas moins invincible. Mais déjà, par ce qui vient d'être dit , on a dû concevoir que ni Thumanité en général y ni le catholicisme en particulier, n*ont lieu de s'alarmer de cette grande transformation sociale , où Ton doit plutôt reconnottre l'action patemeUe et continue de Dieu sur le genre humain.

Et pour ce qui concerne spécialement le catholicisme, il est aisé de montrer que, loin d'avoir quelque chose à craindre du changement qui s'opère dans le monde, il en est lui-même le principe moteur : que ce changement , nécessaire à son propre développement suspendu depuis plusieurs siècles , réalisera , en sauvant l'Église , ce que l'on appeloit ses prétentions les plus hardies et , comme on les concevoit , les plus exorbitantes ; en même temps que lui seul peut fonder et afTermir le nouvel ordre social qui se prépare.

Et premièrement, que le catholicisme soit le principe du changement profond qui s'opère sous nos yeux dans le monde ; quiconque ne s'arrête pas à ce qui n'est qu'accidentel, mais pénètre au fond des choses, n'en sauroit douter un instant. N'est-ce pas.

en effet, partout les peiqiles cadiolîqiies «fui %\ ▼ent, camme s les prenûen ik eiment ea la des destinées fbtores résenrées an genre hnaiain? Quelque chofle les attire de doux comme Teqiéraiice, quelque chose les presse de puissant comme Dieu. Plus en eux la foi a conserré de force, plus ils marchent avec ardeur, la tète haute et le ccrar haletant, à la conquête de ce grand ayenir qu'ib pressentent el sont sûrs d'atteindre. Voyez la Belgique, Tlrlande, la sainte et héroïque Pologne. Jamais Tunirers admira-t-il une piété plus naiye, un déronement plus généreux , de plus étonnans prodiges de TaillanGe et de sacrifice? Je tous le dis, le Christ est la.

Et qu'on n'objecte point le caractère antichrétîen qu'ont manifesté , en plusieurs pays, les révolutions modernes. La preuve que ce caractère est étranger à ce qu'elles ont de fondamental et de durable , c'est que partout où elles le conservent elles échouent après quelques courts instans de despotisme et d'anarchie. Elles ne s'affermissent que là où les catholiques s'en emparent et en font sortir la yraie liberté.

Le christianisme trouva le monde esclave : sa mission politique étoit de l'affranchir. En proclamant le règne de l'intelligence , la suprématie de Y esprit sur la chair, de la raison sur la force , du droit sur le bit , il posa l'immuable et sacré fondement de la liberté, inséparable de l'ordre et d'autant plus grande que l'ordre est plus parfait ; car l'ordre et la liberté se confondent à leur source , infinis l'un et l'autre en Dieu. Sur la terre , l'humanité flotte entre deux h^

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mites extrêmes, la nécessifé, loi des brutes, à laquelle elle ne peut tout-à-fait descendre, et la liberté pure, qui n'est pas de cette vie, et dont le progrès de la société, aussi bien que de Thomme individuel , consiste à s'approcher toujours davantage. Et en effet, de siècle en siècle, à mesure que le christianisme a développé Tintelligence sociale, il a proportionnellement développé la liberté, et rien n'arrêtera ce magnifique et nécessaire développement, car, d'une part, la puissance du christianisme est inépuisable, et, de Tautre , nul terme qu'on puisse assigner au développement possible ici-bas de l'intelligence, et par conséquent de la liberté.

Mais qui dit développement dit quelque chose de successif tout ensemble et de réglé. Ainsi le christianisme créa d'abord et peu à peu, sans troubles et sans secousses , ce qu'on appelle aujourd'hui le peuple , c'est-à-dire qu'il fit passer à l'état d'hommes libres ces innombrables troupeaux d'esclaves qui couvroient le monde depuis quatre mille ans. Mais ce peijq>le nouveau, ce peuple naissant , qui , passionné, léger , ignorant, imprévoyant, offroit tous les caractères comme toutes les foiblesses de l'enfance , devoit , incapable de se conduire et de se défendre soi-même , incapable de s'organiser politiquement, avoir, comme chaque homme , son âge de minorité. Il falloit que ^ formé par une éducation progressive , sous l'œil vigilant et la tendre main de la mère qui l'avoit enfanté , il acquit peu à peu ce qui lui manquoit, des lumières, de l'expérience , des propriétés même ; que la raison

et le sens moral se développassent en lui, pour qu^il pût sans danger exercer ses droits naturels : c'est-àdire que son affranchissement spirituel deyoit précéder et préparer son affranchissement politique. Là est tout le secret des institutions que la sagesse du catholicisme fonda dans le moyen-âge , et qui y appropriées seulement aux besoins d'une certaine époque , se seroient, d'une manière pacifique et presque insensible, comme tout ce qu'opère la nature , modifiées dansla suite des temps, au profit de la liberté commune, si, pour le malheur des nations chrétiennes, l'action de l'Église, entravée par les princes, n'avoitpas rencontré dans leurs passions d'insurmontables obstacles.

De même que l'enfant , dans la famille , est libre par le père , et ne peut être libre que par le père obéissant à une loi de justice qui est la garantie de Tenfant, ainsi le catholicisme communiqua d'abord aux peuples enfans la liberté au moyen d'une plus haute paternité émanée du Christ , ou par l'intermédiaire des rois subordonnés à la puissance affranchissante qui les dirigeoit, les surveilloit, exerçoit sur eux une véritable juridiction sociale , pour réprimer les abus de la force , protéger, secourir les foibles, défendre leurs droits, et préserver la grande famille chrétienne , placée même temporellement sous sa tutelle, du despotisme et de la tyrannie.

Tandis que l'Orient, héritier des traditions païennes des Césars, pourrissoit dans la servitude , tel fut l'ordre que l'Église établit dans l'Occident, et qu'elle y maintint pendant long-temps, toujours plus plein de

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\ie par la sainte et douce autorité de ses pontifes.M ais 4'et ordre^ admirable daus Teufance et la jeunesse des peuples y ne pouvoit ni ne devoit perpétuellement durer. Sous le calholicisme, qui est la loi à jamais féconde et inaltérable de la nature spirituelle , tout crolty tout se développe par un progrès sans terme. Et comme , dans la famille, il vient une époque, où, par la nécessité même des choses, Tenfant qui a cru en intelligence devient naturellement libre de la même liberté que le père , il vient également une époque où , par la même nécessité , les peuples qui ont aussi cru en intelligence deviennent naturellement libres comme les pères de la grande famille. C'est le temps de leur royauté, et ce temps est venu pour les peuples chrétiens. Il viendra pour les autres , il viendra pour le genre humain, lorsqu'ayant passé tout entier sous Tempire du Christ, dont la mission est de Taffranchir, il aura été associé à son sacerdoce royal : f^os regale sacerdotium.

En contemplant ces belles destinées de Thomme rappelé à son origine , on ne doit pas oublier cependant qu elles demeureront toujours imparfaites sur la terre, et que même au degré où elles peuvent s'y accomplir, elles sont le fruit tardif de persévérans travaux et d'une longue patience; qu'en voulant les hâter on les retarde souvent, parce que toute tentative d'améliorations sociales chez les nations qui ne sont pas mûres pour elles ne produit d'ordinaire , au lieu du bien qu'on espéroit, que des souffrances stériles et des crises quelquefois mortelles.

Nous avons dit, en second lieu^ que le changement qui s'opère dans le monde ^ nécessaire au développement du catholicisme suspendu depuis plusieurs siècles, réaliseroit , en sauvant l'Église , ce que l'on appeloit ses prétentions les plus hardies et , comme on les concevoity les plus exorbitantes. L'espace nous manque pour traiter avec l'étendue qu'il exigeroit un sujet si vaste. A partir principalement de la naissance du protestantisme, deux causes ont arrêté la force d'expansion du catholicisme : la scission qui s'est faite entre la science et la foi, l'état de servitude où l'É^glise est tombée à l'égard du pouvoir politique. L'esprit humain s'est séparé d'elle , parce qu'il a marché sans elle. Elle a cessé dès^lors d'avoir puissance sur lui ; et par cela même qu'obéissant à une des lois de sa nature, qui lui fait un besoin de savoir, il résistoit à une autre loi non moins indestructible, la loi qui lui conunande de croire , parce que la science a sa raison primitive dans la foi , son unité fondamentale a été brisée. Tout a chancelé, tout s'est obscurci, et la foi et la science. Pour que le catholicisme redevienne ce qu'il fut en s'identifiant à la nature humaine tout entière, il faut donc que les deux élémens essentiels de Fintelligence actuellement séparés, la science et la foi, s'unissent de nouveau ; et cette union, qui l'opérera sinon la liberté qui, laissant à chacun de ces élémens son action propre, tend à les ramener l'un vers l'autre , parce que ni Tun ni l'autre ne peut subsister seul? Aussi partout oii s'est établie la liberté de penser et d'écrire il se manifeste une tendance visible de

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la foi vers la science , et de la science vers la foi ; tandis qu'ailleurs elles vont se divisant de plus en plus. Nous avons déjà plus d'une fois parlé des suites ter^ ribles qu'a eues pour l'Église l'asservissement où l'ont réduite les souverainetés temporelles.Quelques années encore d'une pareille servitude, et le catholicisme étoit mort. Dieu l'a sauvé et le sauve chaque jour en frappant les pouvoirs aveugles qui crurent s'agrandir en l'opprimant. Nous n'applaudissons indistinctement ni à toutes les révolutions ni à tous les actes des révolutions originairement les plus justes; mais nous disons que toutes elles auront pour effet, plus tôt ou plus tard, d'affranchir complètement TÉglise, et qu'elles entrent, sous ce rapport, dans les vues de la Providence. Nous disons que, quels que soient les desseins personnels de ceux qui les provoquent et les accomplissent, elles ont une cause plus intime et plus profonde, indépendante des passions et des opinions , et qui n'est autre que le besoin universel , invincible d'un nouvel ordre social fondé sur un immense développement de liberté , que le catholicisme a rendu nécessaire en développant lui-* même dans les âmes la vraie notion et le sentiment (lu droit : et c'est, nous le répétons, parce qu'O en est le principe, en ce qu'elles ont de salutaire et de conforme à la loi de progrès qui régit l'humanité, qu'elles deviendront pour lui comme une grande époque de renouvellement, et, pour ainsi dire, le signal des victoires futures par lesquelles , soumettant les nations jusqu'ici rebelles à sa lumière, il achèvera de consti-^ tuer le genre humain dans l'unité.

Alors aussi se réalisera de soi-même, et sans qu'il puisse en être autrement , ce qu'on regardoit comme des prétentions exorbitantes de TÉglise. Et pour bien comprendre ceci il faut considérer, d'un côté, que si le catholicisme, comme nous en avons la foi certaine, est la vérité même de Dieu , s'il est la loi première et perpétuelle de l'humanité, il ne sauroit périr sans que la société périt en même temps : et tôt ou tard il doit régner sur tout le genre humain , non par la force matérielle, car il est esprit^ et la force qui prétendroit se faire son auxiliaire détruiroit à l'instant son action ; il n'en a pas d'autre que celle de la vérité sur la raison de l'homme, et de l'amour sur son cœur, et celle-là est toute-puissante. Mais s'il y a des actes que la force ne puisse ni commander ni obtenir, ce sont assurément ces deux actes : aimer et croire. Donc le catholicisme qui a en soi la puissance de la vérité , la puissance de l'amour, la puissance de Dieu, doit triompher nécessairement de toutes les résistances, et il ne sauroit triompher que par la liberté ; et son triomphe sera d'autant plus rapide et plus grand que la liberté sera plus entière.

D'un autre côté , il est visible que, pendant les siècles où les peuples chrétiens ont vécu sous le régime originairement nécessaire de lai paternité royale, il résultoit de ce mode encore imparfait de société un mélange inévitable des deux puissances spirituelle et temporelle. Car le roi dans l'État, comme le père dans la famille , exerçoit de fait et ne pouvoit point ne pas exercer une autorité directe sur la pensée et la con-

science de ses sujets; et comme cette autorité appartenoit radicalement à TÉglise et dès-4ors devoit être souverainement dirigée par elle, il s'ensuivoit que la paUmilé royale ^ subordonnée par son essence au pouvoir spirituel de TÉglise, devoit être tout ensemble et dépendante de lui et instituée par lui , puisque la plus haute portion de son autorité ne pouvoit avoir, sous le christianisme, d'autre origine légitime que la délégation de rÉglise : ce qui n'empêchoit pas qu'à d'autres égards, c'est-à-dire, en tant qu'administrateurs des choses matérielles, des biens et des affaires de la famille , les rois ne fussent essentiellement indépendans de cette même Église.

De là l'institution du système social qui, à partir du neuvième siècle , prit le nom de saint empire romain : système admirable d unité, et qui offroit dans son ensemble la plus belle comme la plus profonde application que le monde eût encore vue des principes du droit à la constitution politique de la société ; mais en même temps système passager et rempli d'inconvéniens graves. Car, d'une part, il est clair qu'il ne pouvoit durer qu'autant que les peuples, encore à l'état d'enfance , auroient besoin d'être soumis à la puissance paternelle conçue selon toute son extension , et qu'il étoit dès-lors incompatible avec la liberté que , plus avancés en âge et en intelligence, ils étoient destinés à posséder un jour. Ainsi , maintenant qu'est venu cet âge d'émancipation , rien de semblable au système politique auquel les papes donnèrent pour base la forte épée de Gharlemagne ne sauroit s'établir

désormais , et ce seroit étrangement s'abuser que de voir autre chose dans le saint empire romain qu'une des plus magnifiques ruines de l'histoire.

D'une autre part, jamais ce système^ sous plusieurs rapports si brillant , ne marcha qu'avec gène , et jamais il ne put complètement se développer, i cause des nombreux ineonvéniens qui en étoient inséparables. Le mélange, on diroit mieux la confusion des deux puissances dans la patermié royale , ouvroit une source intarissable d'embarras et de dissensions : aussi la concorde du sacerdoce et de T empire n'existat-elle, à aucune époque, que dans les livres où l'on en traitoit doctement. Par l'effet de cette position compliquée, les rois justement convaincus de leur légitime indépendance dans un certain domaine , mais aussi fort éloignés d'en démêler toujours et même de vouloir en démêler les limites exactes , envahissoient souvent les droits de l'Église, et, à cause de l'étroite liaison du spirituel et du temporel , l'Église , de son côté, paroissoit quelquefois les confondre à son avantage. En un mot, la guerre entre la force et le droit , entre le pouvoir spirituel de l'Église et le pouvoir temporel du roi , résultoit forcément de l'ordre social du moyen-4ge; et dès-lors il devoit finir, comme il a fini réellement, parle triomphe de la force sur le droit, l'asservissement de l'Église et l'oppression des peuples.

Cependant il est certain que Us nations oni été données au Christ en héritage (1), qu'il a reçu de son

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(1) Pi, II. 8.

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père UnUe puissance au ciel et sur la terre (1), que, comme il l'a dit lui-même , il est roi (2\ que sa royauté est écrite sur sa cuisse et sur ses vétemens (3), et que son Vicaire dè^-lors, investi de la plénitude de ses pouvoirs, a sur la société chrétienne un droit éminent de royauté, de telle sorte néanmoins qu'il existe, selon la constante tradition de l'Église, une puissance temporeUe distincte de la puissance spirituelle plus élevée que lui a communiquée son divin fondateur, et, dans cet ordre, indépendante d'elle.

Afin de concevoir comment peut et doit se réaliser ce système social, qui est tout le catholicisme, supposons deux choses : un peuple croyant, et, nous le répétons, la liberté enfantera la foi; ce même peuple politiquement constitué de manière que, jouissant d'une pleine indépendance dans l'ordre spirituel, il administre ses propres affaires par des agens de son choix , conmie nous l'avons expliqué précédemment.

D est clair, ceci existant, que le gouvernement n'exercera aucun pouvoir spirituel quelconque, et que le peuple entier n'obéira, dans cet ordre, qu'à l'Église et à son chef, et leur obéira librement. L'ancienne royauté renfermoit, comme nous l'avons montré, deux pouvoirs divers , l'un spirituel ou relatif à la pensée et à la conscience radicalement soumises à l'Église ; l'autre uniquement relatif aux choses matérielles ou d'administration indépendantes de l'Église.

(1) MatUi. XXVIII, 18.

(î) /oa». XVIII, 87.

(3) j^poc, XIX, 16.

Le premier de ces pouvoirs ne sob^sUnt plus, TÉglise et son chef deviendront y chez les nations chrétiennes, ce que, soos ce rapport, étoient les princes. La liberté dépensée et de conscience constituera, par l'unité de foi , le règne du Christ , non seulement comme pontife , mais comme roi , puisque son Vicaire sera de fait la seule puissance temporellement spirituelle alors existante et reconnue ; puissance qui, par sa nature , n'aura que des sujets volontaires. La liberté s*alliera tellement à cette haute souveraineté qu'elles seront le fondement et la condition Tune de l'autre, et ne pour* ront ni exister ni être conçues séparément.En dehors, que restera-t-il? un ordre administratif essentiellement et totalement indépendant de l'Église.Quelle autorité a-t-elle en effet sur les propriétés de la femflle , de la commune , de la province , ainsi que sur tout ce qui s'y rapporte? aucune. Elle n'a de pouvoir que pour régler les mœurs par les préceptes, et les croyances par les dogmes révélés.

Loin que le catholicisme ait lieu de s'alarmer du système social qui fait effort pour s'établir et qui s'établira , malgré les passions qui l'attaquent et les passions qui croient le servir, ce système aura donc au contraire pour résultat de réaliser pleinement toutes les vérités dont l'Église a la tradition , tous les vœux dont les hommes ont l'instinct : l'unité progressive du genre humain sous une même loi , dans une même société que n'altérerout point les différences nationales; la royauté temporelle du Christ, par l'affranchissement des peuples et la liberté de pensée et

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de conscience; la séparation absolue , en ce qui touche leurs juridictions respectives^ de l'Église et de TÉlat , de Tordre spirituel et de Tordre administratif : voilà où tendent les peuples chrétiens^ voilà ce qui sera. Ce qu'on peut désirer de plus n'est pas de la terre.

Mais, qu'on ne Toublie point , ce vœu des peuples ,

ce besoin qui les travaille universellement , ne sauroit

être satisfait que par le catholicisme. Nous en avons

une preuve de Tait dans le peu de succès des tentatives

dirigées par un autre esprit. L'amour de la liberté là

où Dieu n'est pas n'enfanta jamais que Tanarchic et

le despotisme. L'histoire entière Tatteste. A cet amour

de la liberté que le catholicisme éveille et nourrit plus

qu'aucune autre doctrine il joint un principe d'ordre

qui le règle, et une charité immense qui unit ce que

la liberté n'auroit d'autre effet que de séparer et

d'isoler. Par sa puissance affranchissante, il délivre

Thomme du joug de l'homme; par le principe d'ordre

qu'il renferme et la charité dont il est la source, il

ramène les hommes, libres en Jésus-Christ, à Tunité

de famille et Tunité de nation, en attendant le jour

qui approche où il constituera les nations elles-mêmes

dans une seule et grande société : El eril unum ovtle

et unus paslor.

TOMK 10. ^2

3M Al;TICLi:^> FL'DLILS

< f. OIT SIJ'.A 1 F. CATHOLICISME bl^S LA StHIlETE

SCKVELLF.

MjuinDQl.

Le caractère du vrai comme du juste est d*èlre essentiellemt'Dt ÎDvarîable : la religion, loi parfaite de justice et de vérité, est doDc immuable par son essence. Elle ne peut pas plus changer que la nature des êtres dont elle exprime les rapports. Mais, en demeurant toujours immuablement la même, il est aussi de son essence de revêtir successivement , soit dans Tintelligencc de Thomme^ soit dans la société extérieure y des formes diverses, à mesure que Tune et l'autre se développent sous son influence. Ainsi le dogme invariable revëtoit une forme nouvelle dans Tintelligence développée de Bossuet exposant aux peuples les mystères de la foi , ou étoit mieux conçu de lui que lorsqu'il bégayoit , dans le premier ige , les élémens de la doctrine chrétienne. Ainsi encore 1 Église, sans que le principe et le fond de ses institutions variât réellement, se produisoit, dans ses rapports avec la société publique, au temps de Gharlemagne et de ses successeurs, sous des formes différentes de celles appropriées à ses commencemens et aux siècles de persécution. £n un mot, l'esprit hu-

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main^ en se développant , péuètre de plus en plus dans les profondeurs infinies des Térités divines qui ne changent point; et la société humaine, par un progrès semblable, tend à se spiritualiser de plus en plus, ou à se rapprocher de plus en plus de l'Église , qui modifie elle-même ses formes extérieures , ses modes de relation avec la société, selon ce progrès. Après avoir essayé de fixer les traits distinctifs de cette société que le monde en travail s'efforce d'enfanter, il ne sera donc ni sans utilité ni sans intérêt de rechercher ce que sera le catholicisme dans cette société nouvelle , et comment s'opérera leur union.

Nous avons déjà dit que la science depuis longtemps séparée de la foi s'allieroit intimement avec elle; mais il faut concevoir pourquoi celte alliance s'etTectuera nécessairement , et quels sont les effets qu'elle devra produire. Pour tout esprit créé il existe deux élémens distincts, également indispensables, de la connoissance. L'un de ces élémens est Tinfini même, l'idée pure de l'être et de ce qui le détermine en soi. Sans cette idée point d'intelligence ; car on ne pourroit sans elle énoncer aucune proposition , toute proposition impliquant le mot esl^ qui suppose l'idée pure, universelle, infinie de l'être , et qui est le nom propre de Dieu. Mais pour que cette idée soit saisissable , il faut qu'elle soit déterminée ; il faut par conséquent que l'esprit renferme quelque chose qui corresponde à ce que Dieu ou l'Etre infini est en soi^ aux propriétés qui le rendent intelligible à lui-même. D'une autre part, si l'infini est l'élément primitif de

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la connoissance y relativemeDt aux esprits créés ^ il n'en est pas le seul ; car toute connoissance réelle prend en eux une forme Gnie , en tant qu'elle leur est incUyiduellemcnt propre : et de plus^ s'il est nécessaire qu'ils connoissent l'infini, qu'ils connoissent Dieu d'une certaine manière , pour connoitre quoi que ce soit, ils ne peuvent non plus rien connoitre sans se connottre eux-mêmes , c'est-à-dire , sans connoitre le fini; et ces deux élémens, le fini et Tinfini, concourent simultanément pour former Tintelligence actuelle et se retrouvent dans toute connoissance.

De là deux modes de connoissances naturellement inséparables , quoique divers et subordonnés. L'esprit évidemment n'existe pas dans les mêmes rapports , ne soutient pas les mêmes relations avec l'infini et avec le fini. Il aperçoit Tun , sans pouvoir jamais Tembrasser en entier ou le comprendre ; rien , au contraire, dans sa nature, n'empêche qu'il ne comprenne ou embrasse entièrement l'autre. Le mode selon lequel l'esprit connott ou possède l'infini s'appelle foi ; le mode selon lequel il connoit ou possède le fini s'appelle conception, science. La science et la foi sont donc unies par un lien naturel et indissoluble. Point de conception sans foi, point de foi sans un commencement de conception ou de science. La philosophie la moins religieuse a donc de toute nécessité, aussi bien que la religion , ses dogmes ou ses objets de foi; et seulement, comme elle ne veut pas les rapporter à leur origine et qu'elle s'eflbrce de les iden-^ lifier avec les objets de la conception , elle confond

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systématiquement le fini et riofini, et fait de la connoissance et de rintelligence même un profond chaos, au sein duquel Tesprit en révolte contre ses lois s'agite d'un mouvement stérile et aveugle.

Cependant la raison de tout ce qui est Gni, c'est-àdire contingent et relatif, se trouvant et ne pouvant se trouver que dans TinGni, c'est-à-dire dans ce qui est absolu et nécessaire, il s'ensuit que la science a sa raison et son fondement dans la foi. Et, de fait, la science, qu'on doit distinguer de la simple observation matérielle des phénomènes, a toujours emprunté son caractère général et les principes de ses explications aux dogmes de la foi ou aux notions que la foi lui donnoit de l'Être infini, de ses propriétés nécessaires, de son mode d'existence et de ses lois propres; et encore aujourd'hui , la science antichrétienne , la science incrédule ne fonde ses théories que sur des notions de ce genre préconçues arbitrairement , ou implicitement admises. Mais aucune de ces théories ne satisfaisant à l'ensemble des problèmes qu'il s'agit de résoudre par l'explication de leurs causes communes et primitives, elle est visiblement conduite ou à renoncer à toute théorie, c'est-à-dire à se détruire elle-même en tant que science véritable, ou à chercher dans d'autres dogmes plus certains et plus féconds le principe de sa vie et de son développement.

D'un autre côté, le catholicisme, vers le moyenàge , avoit formé en dehors des faits , dont trop longtemps on négligea Tétude , une science que des hommes d*un grand génie cherchèrent à déduire

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îmmédiateiDeDt de ses dogmes. Mais , outre que la cooDoissance explicite des phénomènes est indispensable à la science , deux causes empêchèrent le succès de cette vaste entreprise. Premièrement , les esprits, même les plus puissans, toujours circonscrits à quelque degré dans les conceptions de leur siècle, n'avoient pas pénétré assez avant dans le dogme catholique pour y découvrir et en dégager, en quelque sorte , les lois universelles de la création : car ceci n'est pas le fruit de la pensée d'un homme , mais Tœuvre successive de la société. Secondement, la méthode qui prévalut dans l'école et qui n'admettoit que les procédés purement logiques tuoit par cela seul toute invention , et ne pouvoit produire qu'une science verbale, abstraite et vide.

La science catholique est donc à créer ; et cest elle qu'attend l'esprit humain, fatigué de l'insuffisance et du désordre de la science actuelle. Des notions certaines de la foi sortira tôt ou tard et peut-être bientôt un système général d'explication , une véritable philosophie conforme au besoin des temps, qui, fondée sur les lois constitutives de l'intelligence , ramènera les divers ordres de connoissances à l'unité, en montrant qu'animées, en quelque manière, de la même vie , dépendantes des mêmes principes , les moins élevées ont leur raison et leur fondement dans les plus hautes, et en unissant ainsi de nouveau et plus étroitement ce qu'unit à jamais la nature des choses, la croyance et la conception. Dieu et l'univers. De cette concordance il résultera une preuve.

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humaine sans doule, mais puissante du dogme; et les esprits rebelles , obligés désormais de vivre tout ensemble hors de la foi et hors de la science , reviendront» pour ne pas mourir, de toutes parts au catholicisme.

Son action, sous un autre rapport, ne sera ni moins grande ni moins salutaire. A mesure que , Tintelligence croissant, la société se soustrait à Tempire de la force qui est la loi de la brute , il faut qu*à la place de ce lien matériel un autre lien vienne unir les hommes que la liberté isole et sépare , et les unir volontairement ; sans quoi ils cesseroient d'être libres. Ce lien n'est autre que l'amour; et puisque le catholicisme, par sa nature propre, développe la liberté en développant l'intelligence^ il est nécessaire qu'il développe proportionnellement l'amour : autrement , au lieu de perfectionner la société , il la détruiroit. £t, en effet, il y a dans le sein du catholicisme un principe d'amour inépuisable, immense; et Tamour, sommaire de la Loi, est la vie tout entière du chrétien, sa vie du temps et sa vie de l'éternité. La puissance que le catholicisme exerce à cet égard sur Thomme , puissance que ses ennemis les plus ardens n'ont osé lui contester et qui frappoit d'admiration le fondateur de l'islamisme (1), est manifeste à cette époque même d'affoiblissement de la foi. Ce seroit un bien bel ouvrage que l'histoire de la c/ian7^ ^ c'est-à-dire de l'amour le plus universel , le plus pur, le plus saint ,

(1)11 csl Ji( dans le Roran : t)im a donné la miséricorde aux discipie$ de Jésus.

chez les nations chrétiennes. On le verroit , d*Age en Sige, combattant la férocité native qu'elles apportèrent des forais du Nord^ adoucir leurs mœurs et leurs lois , produire le sentiment que nous appelons humanité , inspirer au riche la pitié , la tendressse pour le pauvre ^ au puissant le respect pour le foible , rapprocher tout ce que divisent les intérêts^ les préjugés 9 l'orgueil y prêter aux larmes une force divine , élever les haillons de l'indigent au-dessus de la pourpre impériale , faire de la souffrance et de la misère une dignité sublime^ devant laquelle il étoit ordonné aux rois de tomber à genoux. Et jamais cet amour n'a cessé de couler de sa source intarissable. A travers l'enveloppe d'égolsme dont les froides doetrines d'une philosophie matérialiste ont comme recouvert la société , il a su encore y pénétrer, et on le reconnoit aux progrès chaque jour croissans de cette humanité et de cette douceur qui caractérisent les peuples du Christ. Dans la plus vive exaltation de leurs haines et de leur colère, ils montrent une horreur du sang autrefois inconnue. L'esprit de persécution , relégué chez un petit nombre d'hommes^ s'éteint et bientôt cédera tout-à-fait aux justes idées do d liberté qui se propagent rapidement et prévalent déjà dans l'opinion publique. Les derniers restes de la barbarie disparoissent peu à peu de la législation. Plus de torture , et prochainement, on doit l'espérer, p us de peine de mort. Parmi les enfans de la même patrie , il existe une tendance visible à s'associer, à se protéger, à se défendre mutuellement; et cette teu-

DANS LE JOURNAL l'aVICNIR. 345

dance se. manifeste d'une manière plus frappante encore de peuple à peuple , dans ces relations d'un genre nouveau qui établissent entre les opprimés et les infortunés de tous les pays une sympathie active et touchante. Le patriotisme exclusif, principe de tant de calamités et de tant de crimes, s'alToiblil et fait place à un sentiment généreux, de fralernité universelle, qui diminuera les causes de guerre et rendra la guerre elle-même moins atroce et moins désastreuse. Ce sont là, certes, de grands pas vers une amélioration sociale. Que sera-ce donc lorsque le catholicisme, entièrement libre, pourra, sans obstacle, verser et verser encore sur cette société qui est son ouvrage ses flots toujours renaissans d'amour? Alors s'effacera successivement, autant qu'il est possible sur la terre , ce qui sépare , ce qui divise les individus et les nations, qui, affranchies politiquement et unies, entre elles par Tobéissance volontaire à un seul pouvoir spirituel divin , vivront d'une vie puissante et commune. C'est Tamour qui a créé le genre humain , c'est l'amour qui l'a sauvé, et c'est Tamour qui, consommant son unité terrestre , lui montrera , même ici-bas , comme une magnifique image de ce qu'il est destiné à devenir dans une autre patrie.

Type et moyen nécessaire de celle unité, l'Église l'appelle depuis dix-huit siècles et travaille incessamment à la réaliser, ou à constituer ce royaume de Jésu&-Cbrist , dont il nous a lui-même appris à demander l'avènement à son Père. Sans doute , pour qu'il s'établisse , il faudra beaucoup de temps encore>^

34C ARTICLES PUBLIKS

Nous ne faisons que d'entrer dans la période où s'ai compliront les dernières promesses faites à Thomme par son rédempteur. Cependant déjà Ton distingue clairement la route où marcheront les peuples ; et bien que les points intermédiaires échappent à nos regards , la foi et la raison même en découvrent aisément le terme. Délivrée des chaînes que lui avoient imposées des souverainetés qui devront au moins se modifier profondément pour ne pas être incompatibles avec le nouvel ordre social , TÉglise deviendra y non par Texercice d'aucune juridiction politique , mais par sa force interne et toute spirituelle, le plus ferfne appui des libertés publiques ^ lesquelles se confondront avec sa propre liberté. La renaissance d'un pouvoir qui dépouilleroit les nations de leurs droits si péniblement acquis, la replongeroit elle-même dans la servitude. Ainsi elle s'identifiera toujours davantage aux peuples qui, lui devant tout , lui rendront tout en reconnoissance et en amour; et si y pour que l'on crût à la possibilité d'une semblable union de l'Église et des peuples , il falloit des exemples y il suffiroit de nommer l'Irlande , cette noble terre de foi et de liberté.

C'est un point de doctrine catholique y que la hiérarchie, en remontant des ordres inférieurs, par les évêques, jusqu'au souverain pontife , est d'institution divine, et par conséquent immuable. Mais elle a existé sous différentes formes dans ses rapports avec la société politique et civile. Autres étoient les premiers évêques, à la naissance du christianisme , autres ils

DANS LE JOURNAL l' AVENIR. 'M7

furent som les empereurs grecs , autres dans les monarchies ft^odales, autres encore dans les monarchies de cour. Investis , depuis Constantin , de nombreux privilèges , d'un rang dans TÉtat , hommes du pouvoir en même temps qu'hommes de Dieu , environnés de pompe et d*éclat; cette sorte d'existence qui frappoit les regards , et la puissance qui sV joignoity purent être utiles à certaines époques et le furent réellement^ lorsque l'Église avoit à défendre, contre la force brute , et son indépendance et les droits du foible conGé à sa tutelle. Mais rien de cela f on le voit assez , ne sauroit subsister à l'avenir. Le mélange du spirituel et du temporel, toujours , en dernier résultat , funeste à la religion , offrira même une impossibilité manifeste dans des sociétés où le gouvernement ne sera que l'administration des choses matérielles, et où chacun') administrant avec une pleine liberté ses propres affaires^ aura , en vertu du même principe , le droit de concourir à celle des affaires communes. Gonkment le prêtre posséderoit-il des privilèges politiques, quand pour personne il n'existera des privilèges politiqu*?s? Citoyen de son pays au même titre que tous les autres , jouissant des mêmes droits , que pourroit-il d'ailleurs demander, désirer de plus? Mais il lui restera néanmoins un grand , un magnifique privilège, le privilège du dévouement , le privilège du sacrifice : et celui-là, il ne sauroit le perdre ; car il le tient de Dieu. C'est Dieu qui l'a établi pour être l'homme du peuple , le confident de ses misères^

le médecin de ses douleurs secrètes , le dépositaire de ses larmes 9 Tinterprète de ses besoins , le protecteur, l'ami f le père y la providence vivante de tous ceux qui ont faim et soif , de tous ceux qui pleurent , et il n'y a personne qui les console. SouiTrir avec eux, mourir pour eux , voilà , encore une fois , le privilège du prêtre : et il sera temps pour lui de le céder, lorsqu'on le lui disputera.

La question des pauvres, qui n'est pas seulement une question d'économie politique , mais une question de vie et de mort pour la société , parce qu'elle est une question de vie et de mort pour les cinq sixièmes du genre humain , est plus que jamais Tune de celles qui appellent en Europe une prompte solution. Les anciens la résolurent par l'esclavage; et la force des choses l'eût déjà résolue dans le même sens en Angleterre, si le christianisme, qui avoit su y trouver une solution bien dilTérente , et que l'humanité ne ^auroit assez bénir, n'opposoit au retour de la servitude antique une insurmontable barrière. Ce n'est pas uniquement par son esprit de miséricorde et de charité que le christianisme put rendre possible l'abolition de l'esclavage , mais encore et surtout par la manière dont il envisagea le travail, et par ses institutions qui tendoient toutes à empêcher que sa valeur ne descendit au-dessous de certaines limites. L'esprit protestant, devenu plus tard l'esprit philosophique , tend , au contraire , à diminuer indéfiniment le prix du travail , pour augmenter en proportion et la quantité des produits et les bénéfices sur les produits, et

DANS LE JOURNAL l' AVENIR. Sft*

par là même il tend à accroître toujours davantage la détresse du pauvre , et à concentrer les richesses* entre les mains d'un petit nombre d'hommes , qui trafiquent de ses sueurs et spéculent sur sa faim. IF suit de là qu'à moins d'un changement total dans* le système industriel un soulèvement général dea pauvres contre les riches deviendroit inévitable , et que 9 bouleversée de fond en comble , la société en^ tière périroil dans d'etfroyables convulsions. Ce n'est pas ici le lieu d'expliquer ce que le catholicisme peut faire et ce qu'il fera pour remédier à de si grands maux et pour prévenir de si terribles calamités. Cette lâche appartient à un écrivain qui ayant long-temps médité sur ce sujets et pouvant s'appuyer sur un vaste ensemble de faits soigneusement rassemblés et vériCés , se propose de le traiter dans V Avenir ^ avec l'étendue qu'exige son importance. Je veux seulement indiquer ici Fimmense carrière qui s'ouvrira bientôt devant le prêtre ^ appelé à servir, par des moyens nouveaux , la portion souffrante de l'humanité, car, soit qu'on développe le système de colonies agricoles , déjà essayé avec succès ; soit qu'on applique dans l'industrie au profit du pauvre le principe d'association ; soit y comme il est probable j qu'on réunisse par une heureuse combinaison les travaux industriels et ceux de la culture j l'intervention du prêtre sera toujours également nécessaire , non seulement pour donner à ces associations le caractère moral d'où dépendent leur utilité politique et leur prospérité matérielle , mais encore pour qu'un tiers

désintéressé serve de lien entre les deux parties qui devront contracter, entre le riche qui fournit la terre et Fargenty et le i>«.uvre qui ne peut mettre que son travail dans le fonis commun.

Oui 9 le catholicisme sera grand dans Tâge qui commence, dans Tàge de la liberté. Son antique foi fécondera la science qui s appuiera sur elle ; l'amour infini dont il est la source, en donnant pour base à Tordre nouveau Tobéissance volontaire , relèvera la dignité de l'homme , atténuera les causes de discorde , rendra tous les peuples frères , et fera du genre humain, ce qu'il étoit originairement, une famille. Et comme il y aura toujours des pauvres, ils seront , eux , la famille du prêtre, les enfans de sa dilection, rerecueillis^ si l'on peut le dire , et réchauffés au fond de ses entrailles de père , parce qu'à raison même de leurs souffrances et de leurs larmes^ le seul héritage qu'ils reçoivent, le seul qu'ils transmettent, ils sont visiblement les privilégiés du Christ, qui fut pauvre et souffrant lui-même, du Christ qui a dit : Heureux ceux qui pleurent !

lUJ SYSTKME SUIVI PAU LES MINISTRES DEPULS LA RÉVOLUTION DE JUILLET.

1'' juillet 1831.

Nous avons dernièrement exposé nos vuessurla nature (lu développement social qui caractérisera l'époque si remarquable où nous entrons. Qu'on les adopte ou qu'on les rejette j toujours est-il que la société entière a le sentiment qu'un ordre nouveau doit succéder à l'ordre ancien , et que le monde s'avance vers des destinées nouvelles. Prétendre arrêter le mouvement qui l'emporte ce seroit vouloir arrêter le temps. Chaque essai de ce genre n'a produit que des secousses violentes ; et la grande erreur de ceux qui conduisent les peuples est de s'imaginer que la force brisera ce que, tout au plus^ l'intelligence pourroil, en une certaine mesure y diriger.

Lorsque la révolution de juillet éclata , cette espèce d'instinct, plus sur que le raisonnement, qui, par une révélation intime , soudaine, profonde , donne à chacun comme la vive intuition de ce qui est au fond de toutes les âmes; cet instinct, dis-je, avant que la réflexion vint l'altérer, agissant, avec toute sa puissance y sur les hommes de qui dépendoit ^ au pre-

352 ARTICLES PimiJÉS

mier moment y le sort de la France , les força de résumer dans la Charte du 7 août les volontés bien connues du pays et ses vœux universels. On y écrivit la liberté, on y promit Taffranchissement de la religion et de renseignement y de la presse et des communes. De grandes espérances naquirent. Mais bientôt les doctrinaires y les ambitieux , les intrigans de TEmpirc et de la Restauration , habitués à vivre de nos servitudes devenues leur exécrable patrimoine, se pressèrent autour du gouvernement nouveau, envahirent les emplois, et prirent, comme de plein droit, la direction des affaires. Qu'onb-ils fait? où nous conduisent-ils? quel système est le leur, et quel en sera le résultat? C'est ce que nous nous proposons de rechercher, en examinant les actes de la politique ministérielle à Tintérieur et à Texf érieur, et les maximes constamment les mômes qui Tout guidée depuis rétablissement du pouvoir qui nous régit, depuis le moment où ce pouvoir s'engagea solennellement envers la France par cette parole qui alors la rassura , qui i'étonne aujourd'hui : La Charte désormais sera une vérité.

Méconnoissant sur tous les points la nature du changement qui sYtoit opéré, ou feignant de laméconnoître , on ne parut y voir qu'une révolution de palais, une catastrophe à la moscovite. On avoit à un roi substitué un autre roi , à une dynastie une autre dynastie , c'étoit là tout. Le reste, c'est-à-dire, la révolution elle-même, en ce qu'elle avoit de national; les stipulations qui renouveloient le droit public du

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pays^ le caractère nouveau du gouvernement, les libertés promises, les institutions qui s'y rattachoient : tout cela n'étoit que le fruit d*un premier entraînement, l'effet momentané d'une espèce de délire, un rêve qu'on devoit se hâter d'oublier , une faute qu'il falloit réparer , en ramenant la leUre de la loi à V esprit seul vivifiant de l'ordre de choses qu'on venoit de renverser. Il fut donc établi, en principe fondamental , que le gouvernement n'avoit pas cessé d'être essentiellement monarchique, et que ce gouvernement monarchique devoit être fort. Or la force de ce gouvernement, concentré par sa nature, en définitive , dans un seul homme , ne peut être que la force de cet homme , et cet homme n'est fort qu'en proportion de l'étendue de son pouvoir , de l'autorité qu'il exerce sur les esprits, de la puissance matérielle dont il dispose. D devenoit donc nécessaire, pour atteindre le but qu'on se proposoit, d'attribuer à la royauté la plus grande somme possible de cette autorité et de cette puissance ; il devenoit nécessaire de soumettre à son influence la religion, l'éducation, la presse ; de conserver tous les monopoles , de perpétuer le régime central , d'arrêter le moindre mouvement qu'elle n'auroit pas elle-même déterminé par son impulsion : il devenoit nécessaire de fausser ou d'attaquer directement les bases de la Charte et de ses dispositions formelles. C'est aussi ce qu'on fit. La religion demeura plus que jamais dépendante d'une administration despotique. L'enseignement continaa d'être asservi wm décrets de l'Empire. Les TOME 10. 23

associations restèrent prohibées en vertu du caprice souverain de Napoléon; son Code pénal régla cette liberté aussi bien que les autres. Une loi de déception et de moquerie trompa Tespoir des communes et des provinces, courbées , autant qu'à nulle autre époque, sous le joug écrasant de la centralisation. La garde nationale ne put librement élire ses chefs. Lies fonctionnaires publics f soustraits au droit commun pour la responsabilité de leurs actes, furent, comme auparavant, quelque abus qu*ils fissent de leur autorité, k quelque excès qu'ils s'abandonnassent dans Texercicrde leurs] fonctions, protégés par une législation spéciale. Et pour que rien, plus tard, ne vint déranger un si bel ensemble de combinaisons, on se ménagea d'abord, par une loi électorale conçue selon le même esprit, la chance presque certaine d'obtenir une Chambre dévouée, complaisante par intérêt ou par opinion , docile par peur; après quoi le ministère , pour plus de sûreté, déploya toutes ses ressources administratives, les conseils , les insinuations, les exhortations, les ordres positifs, les menaces , afin d'assurer à ses candidats la majorité des votes : infaillible moyen de connoltre Topinion , les besoins et les volontés du pays. Enfin, voilà comment jusqu'ici sont allées les choses; voilà le système qu'ont adopté les ministères auxquek la France a été livrée depuis six mois, et dont ils n ont pas, on ne le sait que trop , dévié un seul instant.

Leurs actes de détail ne déparent en aucune matière le tableau que nous venons de tracer. Pour

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maintenir un état qui n'est ni l'état de paix ni l'état de guerre y la France paie plus de 1,500 millions ; et ces énormes charges, que la moindre dépense imprévue rendroit insuffisantes, n'empêcheront probablement pas que le dernier arpent de ses forêts ne devienne la proie d'une avide bande d'agioteurs à qui la loi le livre déjà. Il suffiroit de rappeler les noms de quelques ministres, et d'un surtout, pour réveiller la mémoire des plus odieuses et des plus ridicules vexations, des attentats les plus criminels. Les journaux les ont signalés, ils ont raconté tout ce que des Français onteu à souffrir dans leurs sentimens comme catholiques , dans leurs droits comme citoyens , et le souvenir de tant de tyrannie ne s'effacera de longtemps. Les croix abattues, les églises profanées, les prêtres outragés et persécutés, les écoles fermées en vertu de commissions rogatoires, les domiciles forcés, sans qu'on daignât même couvrir ces abominables violences d'aucunes formalités légales : tels sont les titres du ministère au respect et à l'amour du pays. Et cependant les auteurs de ces actes qu'aucun mot ne peut qualifier s'étonneront de nos plaintes, ils réclameront presque notre reconnoissance. N'êtes* vous pas libres? disent-ils. Et moi je dis : Quel asile restera-t-il à la liberté? Ce n'est pas le foyer domestique, puisque les agens de M. de Montalivet ont pu le violer impunément. Ce n'est pas l'humble demeure où la charité rassembloit gratuitement quelques enfans pour leur enseigner, avec les élémens des lettres, les élémens de la doctrine chrétienne,

nDÏMii Mfnsê «s avoir dutse** les» fliiitre§ et k« elpTcs ^a a yaf aa »oiu du pociTosr, apposer le& scellés sur la porte. Oe s'est pa$ La makoa de prière, le tempk ^ Vwfu , pciftsqu'on a pa en forcer rentrée par tom; ^ police et le profaner admînistratneiDeBt. La Ubetiél elle n'est plus que dans le tcrar de ceux qui jajuais ne dése^iéreront ni d'eDe ni de la France , et qui U% défendront , sons tous les despotianes , Ynoe H l'autre jusqu^au bout.

f/ue si, de b politique intérieure^ nous pasoion^â IVumen de b politique extérieure du ministère, nifU% n'y reconnoltrons que trop clairement Tinflueore des mêmes maximes , la même habileté , la même grandeur. Pour quiconque ne s'aveugle pas à pbisir^ il est évident que b base de notre ordre socbl actuel est en opposition directe avec b base sur laquelle reposent b plupart des puissances européennes. 11 ne résulte pas de là qu'elles et b France ne puissent subsister ensemble , que son existence et b leur soient, en toute hypothèse, nécessairement incompatibles; mais il en résulte, et le ministère Ta bien senti ^ un éloignement , une crainte réciproque qui exclut toute allbnce intime, et, dans Tétat de fermentation où sont aujoivd'hui presque tous les peuples , une cause toitjours imminente de guerre. Car il seroit insensé de croire que le pouvoir absolu , quelque part qu'il existe , renonce jamais , à moins qu'il ne désespère du succès , au dessein de tuer en France un principe qui peut le tuer lui-même, et qui le menace incessamment. Or la France divisée sur-

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tout Gomme elle Test en ce moment, grâce à l'inconcevable folie de ceux qui Tadministrent, pourroitelle espérer de résister seule aux forces réunies des trois grandes puissances continentales? Personne , nous le pensons , n'oseroit s'en flatter. Probablement elle seroit à la fin écrasée par le nombre, faute d'unité de sentimens, et parce que son j^ouvemement n'a rien de ce qu'il faudroit pour exciter l'énergie nationale, et a tout ce qu'il faut pour l'éteindre. Dans cette position, qu'on ne sauroit changer en ce qui tient à la nature de notre état social , il n'y avoit qu'un parti à prendre, se créer des alliés, ou conserver au moins soigneusement ceux que les événemens nous donnoient, en un mot maintenir avec rigueur et dans toutes ses conséquences le principe reconnu de non - intervention , afin de s'assurer Tappui des peuples dont l'existence a le même fondement que la nôtre. Voilà ce que demandoit la prudence, ce qu'exigeoit la dignité. Qu'a fait le ministère? voyons. De même qu'à l'intérieur il s'effbrçoit de nous ramener au régime monarchique , il s'est mis en devoir de persuader aux souverains qu'à quelque légère irrégularité près , au fond le pouvoir de Louis- Philippe ne diiïéroit pas de leur pouvoir à eux , ou en diflTéroit si peu qu'il y auroit mauvaise grâce à chicaner sur cette nuance imperceptible, puisqu'après tout il tenoit ses droits autant de son nom et de sa naissance que de l'élection nationale. Puis, convaincu de la puissance irrésistible de cet argument, il en a fait, dans sa naïveté, la base d'un système de paix^

qui l'obtigeoity d'une part, à subordonner plus ou moins sa politique extérieure aux maximes de la légitimité pure, et y d'une autre part, à condescendre aux exigences fondées sur ces maximes explicitement ou implicitement admises , afin de prouver sa bonne foi. De là celte honteuse suite de bassesses et de lâchetés qui auroient à jamais déshonoré la France au dehors, si la France en étoit complice. L'espace nous manque pour les rappeler en détail, et le courage aussi. Mais du moins que la Belgique sache que nous n'avons pas moins d'horreur et de mépris qu'elle pour les infâmes intrigues et la révoltante duplicité dont il n'a pas tenu à nos ministères qu'elle ne fût la victime. Qu'elle sache surtout, cette héroïque et généreuse Pologne à jamais si chère à nos cœurs, si grande dans notre admiration, si sainte dans nos souvenirs, que ce n'est pas nous qui avons abandonné nos vieux frères d'armes, nous qui sommes coupables du sang de ses enfans : il retombera sur d'autres, et Jes marquera éternellement d'un signe d'opprobre et de malédiction.

Cependant quel sera le résultat de ce système inepte , d'un système si contraire à notre honneur au dehors, à nos droits au dedans? Faut-il le demander ! on n'évitera point la guerre à laquelle on voudroit échapper à tout prix. Un peu plus tôt, ou un peu plus tard , elle éclatera , lorsque nous serons le moins préparés à la soutenir, lorsque les embarras qui naissent chaque jour delà violation des promesses jurées, des engagemens pris , seront devenus inextricables.

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ce qui ne tardera guère ; lorsque nous aurons perdu toute estime et toute confiance à l'étranger j lorsqu'il ne restera pas un seul peuple qui ne nous méprise à cause de notre peur y et ne nous maudisse à cause de notre perfidie ; lorsque Tépée du czar aura écrit avec du sang sur la tombe de notre plus fidèle allié de tous les temps son épitaphe ^ et peut-être la nôtre.

Mais quand nous échapperions à ce danger^ il en est un autre qui menace également et le pouvoir et nous. A-t-il bien songé à ce que peut^ à ce que doit infailliblement amener le système que suivent ses ministres à regard de cette France qui s'est un moment crue libre^et qui certes avoit droit de le croire? Pense-t-on qu'elle consente à repasser sous le régime qu'elle a détruit , qu'elle n'ait voulu que changer de maître y substituer un nom à un autre nom? Que si on ne le pense pas , oii sont ces libertés qu'elle a conquises ? je les cherche , et ne les trouve nulle part. Qu'en ont failles ministres, et que veulent-ils enfin ? Seroit-ce , par hasard , des chaînes qu'ils auroient résolu de forger avec les épées de juillet ? Insensés qui ne voient pas que le lendemain ces chaînes redeviendront des glaives ! Il n'y a pour nous désormais de tranquillité , de vie possible que par la liberté , que dans la liberté. Malheur à qui s'y tromperoit ou qui l'oublieroit ! Nous n'avons , Dieu le sait , d'autre désir que celui de la paix et du bonheur de notre patrie , d'autre crainte que de la voir déchirée , bouleversée par quelque nouvelle catastrophe ; et c'est

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pour cela que , dans notre immense , notre inexprimable amour pour elle, nous disons au pouvoir : Prenez-y garde, on vous abuse, la route où vous marchez conduit à des abtmes. La société ne recule point ; ne tentez pas ce qui en a déjà perdu d'autres, ce qui vous perdroit plus sûrement. Votre force , c'est d'obéir au yœu national ; vous n'avez que celle-là. Ceux qui , tournés vers le passé , vers ce qui fut et ne peut plus être , promettent de tous faire grand , ceux-là , je vous Iç dis , creusent votre fosse.

DAiNS LE JOURNAL l'aVENIR. 361

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