‹ Œuvres complètes de F. de La MennaisChapitre 26 sur 108 · PRÉFACE. XLV · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XLV

cherche , premièrement , s'il est possible que la liberté envahisse le domaine de l'autorité , j

et l'autorité le domaine de la liberté ; secondement , s'il est un moyen , dans le cas où ces envahissemens réciproques soient possibles ^ j

de les constater avec certitude et de les réprimer sans porter atteinte soit à l'autorité soit à \ la liberté.

La possibilité des envahissemens réciproques est certaine de fait. Le dogme et les préceptes révélés ont été maintes fois attaqués par la raison ; on a nié maintes fois l'autorité de la hiérarchie , ou , sous une multitude de pré- l

textes divers y on en a , sans la nier, entravé l'exercice. Les monumens de l'histoire et de * !

la tradition catholique montrent l'Église per- !

pétuellement en guerre pour défendre soit sa doctrine contre la hardiesse de la pensée , soit sa juridiction contre les entreprises de la puissance civile ; et personne ne doute que , dans | cette guerre , le droit n'ait été souvent et le plus souvent peut-être de son côté.

11 n'en est pas moins certain que la hiérarchie a bien des fois porté atteinte à la légi-

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time liberté de la raison , comme à la liberté qui appartient à Thomme , en toat ce qui ne tombe pas sons les prescriptions de la loi divine, de la loi morale révélée. Comme il s'agit ici de faits qui, en définitive, sont toujours ^préciés par le simple bon sens général et la conscience humaine , toutes les subtiles argumentations , toutes les distinctions , tous les détours logiques, à Taide desquels on peut disputer éternellement dans une école, doivent être écartés , parce qu'au fond la conscience et le simple bon sens n'en tiennent aucun compte. Ainsi peu importe, sous ce rapport, que tel ou tel acte de la hiérarchie ait ou n'ait pas le caractère d'une irréformable décision de foi , parce que , fût-on même toi^ours d'accord sur ce qui offre ce caractère , les principes du catholicisme ne réduisent point à cet unique cas la soumission due à la puissance spirituelle , et que , d'après ces principes, on lui doit encore, en une infinité d'autres cas, une obéissance non moins effective. Des propositions, des opinions peuvent être condamnées non seulement comme hérétiques, mais encore comme fausses.

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erronées, scandaleuses, malsonnantes, et, sous ces qualifications et autres semblables, i

les catholiques sont également obligés de les rejeter, sans quoi Ton ne concevroit rien à l'autorité de l'Église enseignante. La hiérarchie exerce de plus un autre genre de pouvoir sur les consciences qu'elle a charge de diriger. En vertu de ce pouvoir, elle résout les doutes qui peuvent se présenter relativement à la conduite , prescrit certains actes , en interdit d'autres : en un mot , dans cet ordre encore , elle fait l'office de juge, et sanctionne ses jugemens par des peines spirituelles.

Quand donc on examine l'usage que la hiérarchie a fait de sa puissance y il est indispensable de considérer l'ensemble de ses actes quels qu'ils soient; car ils lui appartiennent tous également , et c'est de leur ensemble que se compose l'influence totale qu'elle a exercée» La question qu'en ce moment nous traitons n'est point une question théologique , mais une question plus générale qui embrasse à la fois les deux grandes lois d'unité et de liberté. On peut , en théologie , soutenir que la doctrine

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de Savonarole , examinée derechef après sa mort et solennellement alors déclarée irrépréhensible (1), n'a jamais été condamnée par un jugement dogmatique définitif , non plus que celle de Galilée. Toutefois la prison de l'un, le bûcher de l'autre , ont pourtant quelque force de censure , et ces deux exemples peuvent servir à montrer comment , soit par erreur , soit par passion, la hiérarchie peut envahir les droits de la raison libre , en même temps qu'ils prouvent qu'elle les a de fait envahis quelquefois. Ses querelles presque permanentes avec le pouvoir temporel , l'abus des excommunications et des interdits pour des intérêts purement humains , abus si fréquent à de certaines époques , et sur lequel , comme sur plusieurs autres , il nous répugneroit de nous étendre , prouvent également qu'elle ne s'est pas à beaucoup près renfermée toujours , en ce qui regarde les actes naturellement libres, dans les limites de sa juridiction propre. Nous ne sachons pas que ceci soit contesté de personne ,

(1) Sa canonisalion fut sollicitée par saint François de Paul , saint Philippe de Néri , et sainte Catherine de Ricci.

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