LXVI PRÉFACE
anciennes et le droit ancien qui formoit son titre. C'est ce qu'on nomma la Restauration, n est clair qu'elle n'étoit, nepouYoit rien être, à moins qu'elle ne fût une contre-réyolution. Mais eût-on même possédé assez de force pour tenter sans imprudence la destruction de l'ordre existant^ d'un ordre qui, quel qu'il fût , s'étoit identifié avec la vie de tout un peuple , on de- Yoit s'attendre à une résistance opiniâtre , terrible ; à de longs et profonds bouleversemens y à des désordres , des calamités , dont plusieurs générations peut-être n'auroient pas tu le terme. On préféra donc opérer, s'il étoit possible , une sorte de conciliation entre le passé et le présent. H y eutun traité, un pacte conclu entre la royauté et la nation ; et ce pacte réellement sjnallagmatique et considéré comme tel par la nation , quoique la royauté essayât de li|i donner, à son bénéfice, un autre caractère, devint, sous le nom de Charte, la loi constitutive du pays. Son vice radical consistoit à mettre en présence et en opposition légale, au sein même du pouvoir , deux principes qui s'excluent l'un l'autre, le principe monarchique et le principe
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démocratique. Toutefois cette inconséquence , ainsi que nous venons de le dire y avoit été inévitable. Elle n'en produisit pas moins ses effets. La royauté sentit d'instinct que la démocratie la menaçoit perpétuellement dans son existence. La démocratie sentit également que la royauté devoit tendre incessamment à la renverser. D'où une défiance mutuelle, une guerre sourde d'abord , et bientôt après ouvertement déclarée. Dans les guerres de cette sorte presque jamais on ne met en avant , de chaque côté, que les prétextes, parce que des deux côtés on a besoin de respecter en apparence les limites légales , et que la vraie question posée nettement seroit déjà la révolution. Or on ne franchit ce pas décisif que lorsqu'on se croit assuré de vaincre ; et cette assurance, ce ne sont point les chefs politiques qui l'ont : c'est le peuple qui la puise dans le sentiment intime de sa volonté et de sa force. Peu importent aujourd'hui les innombrables discussions de détail sur les actes de la royauté et de son gouvernement. Quand elle n'eût pas fourni de sujets fondés d'attaque, on en auroit
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cherché, on en auroit trouvé de plausibles aux yeux des partis, et cela sufBsoit. A mesure que, par les nécessités mêmes inhérentes à leur lutte, chacun d'eux, développant les conséquences de son principe , s'efforçoit de restreindre l'action de l'autre dans une sphère de plus en plus étroite , ils devenoient aussi plus inquiets et plus ennemis : et , chose remarquable, alors comme toujours les questions de fait se résolvoient dans des questions de doctrine , tant les hommes ont besoin de lier leurs actes à un ordre de justice et de raison , tant il est vrai que l'intelligence préside nécessairement à toute la vie humaine.
La royauté et ses partisans alléguoient en faveur de ses prétentions l'ancienne maxime de la souveraineté de droit divin ; la démocratie s'appuyoit sur la souveraineté nationale. Or, selon le sens où on l'entendoit , la souveraineté, en premier lieu, se confondoit avec le pouvoir, n'étoit comme lui que le droit de commandement, et, en second lieu , ce droit, inhérent à une personne déterminée qui la recevoit immédiatement de Dieu, étoit absolu