‹ Œuvres complètes de F. de La MennaisChapitre 39 sur 108 · PRÉFACE. LXXV · texte numérisé non relu

PRÉFACE. LXXV

le disoit la Charte , par la majorité des Français^ qu'un instrument utile à sa politique, un ressort puissant de l'administration. Pour le faire servir à ses desseins il falloit en diriger Faction , et par conséquent régler y en partie du moins , l'enseignement et la discipline ; ce qui exigeoit impérieusement la coopération des chefs immédiats de la discipline et de l'enseignement. On savoit comment l'obtenir y il suffisoit de suivre les exemples anciens, de rétablir scrupuleusement les relations entre l'Église et l'État , telles qu'elles ayoient existé jadis; et cela pouvoit encore s'appeler une restauration.

On sépara donc de fait la religion de ses ministres. A ceux-ci de l'argent , des faveurs, des dignités , de la puissance , mais à condition de seconder docilement les vues du pouvoir. Nous sommes loin, bien loin d'accuser qui que ce soit, même dans le secret de nos intentions. Nous savons trop quelle est la force des préjugés d'éducation , des sentimens, des habitudes de toute une vie antérieure, pour hésiter de croire à une pleine bonne foi de la part de

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ceux qui se laissèrent séduire ; et afin d'être juste entièrement , il faut dire encore que les ardentes attaques du libéralisme contre la religion durent alarmer le zèle du clergé et resserrer son alliance avec le parti politique contraire. Par tous ces motifs réunis il devint en effet l'auxiliaire dévoué du gouvernement , bien que celui-ci y fidèle aux traditions de la vieille monarchie combinées avec des maximes plus exagérées encore , ne cessât d'opprimer la liberté religieuse et de ruiner le catholicisme par sa base, en s'immisçant dans renseignement et l'administration ecclésiastique , en étendant son autorité à des choses uniquement relatives à la discipline intérieure de l'Église et dépendantes de ses seules lois , en fixant le nombre d'élèves qu'elle auroit le droit d'admettre au sacerdoce 9 en interdisant les relations directes des catholiques avec leur chef; en exerçant enfin dans l'ordre religieux une véritable suprématie, dont l'infaillible conséquence devoit être tôt ou tard l'établissement d'une Église nationale soumise au roi comme l'Église russe est soumise au czar.

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Tel éloit rétat du catholicisme. Dépouillé de l'indépendance qui appartient, de droit, dans sa sphère propre , à toute société spirituelle, il n'offrit plus en réalité c[ue l'apparence d'une religion : et comme en même temps on ne négligeoit rien pour s'assurer le concours politique de ses ministres, la cause religieuse se confondit aux yeux de la nation avec la cause monarchique. Le résultat de cette confusion ne fut pas de ramener, ainsi qu'on s'en flattoit, la plus nombreuse portion du peuple à la cause monarchique , mais de la rendre hostile à la cause religieuse. Deux grandes haines croissoient ensemble et prenôient chaque jour un caractère plus implacable , la haine des prêtres et la haine du trône. Onapprochoit rapidement d'une crise. Des ordonnances qui détruisoient la Charte au nom de la Charte en furent le signal. Au fond , nulle prudence humaine ne pouvoit la prévenir : car elle n'étoit que le dernier combat entre deux principes inconciliables armés l'un contre l'autre par la loi , le principe monarchique et le principe démocratique ; et celui-ci possédant une force à tous égards

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incomparablement plus grande , il étoit certes aisé de prévoir à qui la victoire resleroil. Quelles que fussent les vicissitudes possibles de la lutte, ce n'étoit qu'une question de circonstances et de temps.

Les événemens de juillet ne surprirent donc que ceux qui réfléchissent peu. L'Europe en comprit la gravité ; et bien que des causes trop connues en aient momentanément dénaturé les conséquences, l'avenir prouvera que ce fut réellement l'annonce d'une ère nouvelle. Un peuple nouveau venoit en effet de se révéler, un peuple instruit de ses droits et résolu à les défendre ; mais aussi un peuple animé d*un profond sentiment de justice et d'humanité , supérieur enfin , sous le rapport moral , à tout ce que le monde avoit encore vu. Car où trouveroil-on un second exemple d'une immense population palpitante de toutes les passions qu'exalte le combat , et , pendant l'action comme après, contenant ses ressentimens , s' interdisant la vengeance , respectant la propriété, et maintenant au sein d'une vaste capitale livrée à elle-même un ordre plus sévère

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