‹ Œuvres complètes de F. de La MennaisChapitre 5 sur 108 · PRÉFACE. V · texte numérisé non relu

PRÉFACE. V

appartiennent en propre , qui dérivent immédiatement de sa foibiesse intrinsèque et native , l'esprit ne peut croître en lumières , étendre sa vue , découvrir, au-delà , sans trouver quelque chose à redresser dans ses pensées et ses jugemens antérieurs. Ceux même qui annoncent hautement la prétention d'être invariables en ce sens 9 qui disent : Pour moi je n'ai jamais, changé , mes opinions sont ce qu'elles étoient \ il y a dix ans , il y a trente ans ; ceux-là s'ab- J usent y ils ont trop de foi en leur imbécillité : l'idiotisme humain 3 même soigné, cultivé sans relâche , avec un infatigable amour, ne va pas joaque-là, ne sauroit atteindre à cette perfection idéale ; et il n'est personne qui , le voulant ou non y ne subisse à quelque degré l'influence du progrès commun. Malgré soi l'on s'éclaire, malgré soi Ton marche , la foule vous emporte ; et la sotte vanité qui , à chacpie pas , conteste ce mouvement , traînée à reculons voit peu à peu fuir dans le lointain ses convictions inébran-^ labiés.

Pour nous , notre joie la plus vive comme la plus intime est de ne rien sentir en nous qui

YI PREFACE.

résiste à cette merveilleuse impulsion ^ qui n'est celle de personne , qui est celle de tous , et dont le résultat est le développement de la vérité dans la raison de tous. Ce développement renferme à nos yeux toutes les espérances terrestres de rhomme ; car il ne peut croître dans la vérité sans croître aussi dans l'amour^ et Tamour et la vérité sont les deux élémens de sa vie progressivement plus parfaite.

Si nous jetons un regard attentif sur le passé de notre esprit^ nous ne pouvons méconnoitre Faction successive exercée sur lui par l'intelligence générale. U a , pour ainsi dire^ végété dans ce sol ; il y a puisé la sève que le travail interne lui a rendue propre , et , se modifiant toujours en acquérant toujours , il a parcouru de la sorte y selon la mesure de sa foiblcsse que nul ne connott mieux que lui, les phases de sa croissance individuelle.

Nous n'avons à désavouer aucunes de nos paroles en tant que sincères. Toutes ont été dictées par une persuasion non moins désintéressée que profonde j notre conscience nous en assure. Mais nous nous sommes souvent trom-

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