‹ Œuvres complètes de F. de La MennaisChapitre 61 sur 108 · CXII PRÉFACE · texte numérisé non relu

CXII PRÉFACE

comme la nation française. On y est libre d'écrire sous Tœil du parquet , entre lé receveur des domaines qui tend la main pour recevoir l'amende et le guichetier qui avance la sienne pour tirer le verrou sur l'écrivain. On y est libre de s'assembler pour s'entretenir avec ses amis y poufvu qu'on se résigne à continuer en prison l'entretien ; libre de se promener sur une place publique , pourvu qu'on n'ait pas la foiblesse de craindre le bâton des assommeurs patentés et pensionnés ; libre d'avoir chez soi des armes ^ pourvu qu'on ne tienne pas à les garder , si on les découvre , et qu'on n'ait pointde répugnance à rendre compte de cette fantaisie à M. le procureur du roi.

La Charte avoit promis la liberté d'enseignement ; une loi de déception sur les écoles primaires en a plus que jamais concentré le monopole dans les mains de l'Université. L'enseignement supérieur et intermédiaire est resté ce qu'il étoit , c'est-à-dire dépendant de cette même Université qui , se réservant le privilège de vendre l'instruction^ ne permet pas même que d'autres la distribuent gratuitement à ceux qui

PaéFAGE. CXIII

ne la sauroient payer. Un de nos plas illustres savants eut , avec quelques uns de ses amis , la penséed'adoucir la misère des pauTres ouvriers, en fécondant leur travail par la science p dont ib auroient mis les élémens à leur portée : œuvre admirable , et digne de celui qui Tavoit conçue. Une autorisation et un local étoient nécessaires. Le ministre refuse l'un et l'autre, sur ce motif, que jamais , dit-il, il ne consentiroit à laisser acquérir à un homme qui honore la France et que l'Europe admire une influence quelconque sur le peuple. Des cours d'hygiène avoient été ouverts dans plusieurs quartiers de Paris , en faveur de la classe indigente; le pouvoir se hâta de les fermer. Qu'importe que ces gens-là souffrent, qu'ils soient malades , qu'ils meurent 7 c'est bien de cela vraiment qu'il s'agit , sous une monarchie qui a pris à tâche de tranquilliser l'Europe. Imprudens , si ce n'est pis , qui vous occupez de la santé des prolétaires I et que ferez-vous d'eux après? Ignorez-vous donc que déjà il n'y a que trop de cette canaille ? ses mains dures et calleuses nous ont fatigué le poignet.

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