‹ Œuvres complètes de F. de La MennaisChapitre 60 sur 108 · VI PREFACE · texte numérisé non relu

VI PREFACE

narchie compatible avec la république. Que cetto pensée fût à l'époque où nous renoncions et qu'elle aitcontinué d'être celle de plusieurs y on ne s'en étonne pas moins que des esprits sensés aient pu l'admettre un seul moment. Dans une société libre, le pouvoir, simple exécuteur de la volonté nationale, ne commande pas , ilobéit: or qu'est-ce qu'un droit héréditaire d'obéissance ? Dans une société libre , le pouvoir répond de ses actes au peuple qui l'a délégué, sans quoi la liberté , pouvant être impunément violée à tous les instants , ne seroit qu'une fiction dérisoire , un vain nom : or si le pouvoir est responsable , si le peuple qui le donne peut aussi l'ôter , comment est-il héréditaire ? Et s'il est réellement héréditaire ou inamissible , excepté par suite d'une révolution que jamais la loi ne prévoit ni ne doit prévoir, comment seroit-il responsable, comment le peuple qui l'a donné pourroit-il l'ôter , en cas d'abus ? Mais ce cas , dit-on , n'arrivera point, ou n'arrivera que rarement. C'est bien connoltre la nature humaine I Dites que nécessairement il arrivera toujours. Les intérêts de

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l'État 80iit-iis les intérêts de celui qui le gouyerne ? Les intérêts de sa famille sont-ils les intérêts de toutes les autres familles? Il tendra sans cesse à augmenter ses richesses , sa puissance , ne fût-ce que pour se défendre si on l'attaque , pour se maintenir s'il advenoit qu'on essayât de le renverser. Vous le faites fort , vous le faites inviolable , et vous vous figurez que perpétuellement il n'usera de sa force que pour votre avantage et non pour le sien I Est-ce parce qu'il pourra tout sans avoir rien à craindre , qu'il ne voudra jamais que ce qui est juste et bien ? Est-ce parce qu'il aura plus de moyens que personne de satisfaire son ambition , qu'il sera dépourvu d'ambition ? Voilà ce que vous vous promettez non d'un seul homme , mais de ses descendans , de génération en génération , pendant une durée indéfinie. Vous fondez la paix , la sécurité, la liberté publique sur l'espérance d'un prodige inoui , d'un miracle permanent. H y a de quoi être tranquille. On peut choisir , mais point d'illusions ; elles n'enfantent que des maux et des regrets stériles. Vousplatt-il de dépendre d'un

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maître , à la bonne heure ; établissez que le pouvoir parmi Youssetransmettrahéréditairement. Tenez-vous, au contraire, à la liberté , gardezvous d'engager l'avenir ; retenez soigneusement et votre droit et l'usage de votre droit ; ayez un mandataire éligible et responsable.

Mais ce que vous proposez , c'est la république. Eh ! certainement, la république : cro-

1 yez-vous donc qu'aucun autre genre de gouver-

nement soit aujourd'hui possible en France ; y puisse être autre chose , pendant sa pénible et courte existence , qu'une guerre civile organisée par la loi ? Voyez plutôt. Le développement de l'intelligence , de la notion du droit ,

i^ du sentiment du juste ; la division des pro-

priétés, la difiîision des connoissances , ont produit un immense besoin d'égalité : et l'égalité réalisée , qu'est-ce sinon la liberté politique et civile ? Est-ce avec ces deux élémens désormais impérissables que vous construirez une monarchie? Écoutez cependant. La république qui monte peu à peu sur l'horizon , la république devenue nécessaire et qui subsistera , ce ne sera point le règne d'uQe fraction

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du peuple imposant à la société ses opinions pour règle, ses volontés pour loi. Supposé qu'elle vint à sortir du désordre présent, celleci ne seroit, n'en doutez pas, qu'une catastrophe passagère. Rien de ce qui ne reposera pas sur les bases éternelles de l'ordre, sur le respect des droits d'autrui , des propriétés, de la conscience , sur l'égalité , en un mot , et la liberté véritable, n'aura de durée. En de si graves circonstances , on ne doit pas puérilement reporter dans l'avenir la mémoire d'un passé qui ne peut renaître. On vous effraie, pourquoi ? parce qu'on a bon marché des gens effrayés. Rejetez toutes ces indignes craintes. Quand les vieux Romains s'approchoient des autels de la Peur, c'étoitpour la conjurer, ce n'étoit pas pour y chanter des hymnes en l'honneur de la tyrannie. Le mot de république , tel que la France l'entend , ne signifle que l'exclusion d'un pouvoir héréditaire , le gouvernement de la nation par la nation , et c'estlà dessus qu'on doit se décider. Entre cela et le pur despotisme , heureusement impossible, pointde milieu stable, mais des déceptions

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fugitives y des troubles perpétuels , d'indicibles souffrances, desluttes acharnées; et chaquejour, à chaque heure , en perspective une révolution. Vous avez , depuis quatre ans , une monarchie nouvelle , purgée , dit-on y des vices de celle qui Ta précédée. Supputez ce qu'elle vous coûte y regardez ce qu'elle a fait. Je laisse de côté les turpitudes , l'exploitation des places y les marchés honteux , les sales tripotages de Bourse et de budget, les dilapidations, les corruptions publiques et secrètes. Considé* rez seulement les nécessités où a été produit le principe dynastique pour sa propre conservation ; ses actes au dedans de la France , sa

politique au dehors.

Neuf cents millions ajoutés au déflcit , voilÀ

d'abord votre gain à vous, peuple, qui payez. On vous a gracieusement ménagé ce placement de vos fonds , comme le plus avantageux de tous , selon la doctrine économique du ministère. Peut-être demanderez-vous pourquoi ces dépenses énormes ? Pour solder quatre cent mille soldats qu'exige la défense du trône. Faudroit-il quatre cent mille soldats pour dé-

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fendre le |>euple contre le peuple? Il est vrai qu'alors vous n'auriez ni état de siège, ni mitraillades , ni des drames tels que ceux de Lyon et delà rue Transnonain. On ne sauroit où faire de Tordre public.

Passons à ce qui touche la liberté. Celle de la presse , qu'en a-t-on fait ? Aprèf l'avoir surchargée d'entraves fiscales , jugée dangereuse encore pour les intérêts dynastiques , on l'a ruinée par des amendes, et jetée pêle-mêle avec les brigands, les voleurs, les assassins dans les bagnes et dans les cachots. Sur toutes choses, que le peuple ne lise point. Où en serionsnous si l'instruction arrivoit jusqu'aux prolétaires , jusqu'à ces barbares qui Menacent notre civilisation , qui sont tout près de penser qu'eux aussi sont hommes, qu'eux aussi ont une patrie , et des droits dans cette patrie , an moins celui de vivre ? Quelle arrogance I vite , la loi des crieurs publics , et , pour sûreté plus ample , celle contre les associations , puis celle du désarmement. Certes les ministres de la royauté citoyenne ont eu bien raison de dire qu'aucune nation en Europe n*étoit libre

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