‹ Œuvres complètes de F. de La MennaisChapitre 63 sur 108 · PRÉFACE. CXV · texte numérisé non relu

PRÉFACE. CXV

ni leurs enfans qui ont suivi leur mère : ceux-là, ceux-là, monsieur le ministre, ne sont pas des prévenus mais des proscrits. Et sans la Cour de Cassation, qu'eussent été les citoyens qu'un gouvernement violateur de la Charte livroit à des conseils de guerre ? Que sont , à présent même , les bommes qu'ont frappés des juridictions exceptionnelles? H s'est rencontré des corps qui , se croyant offensés , se sont constitués à la fois accusateurs et juges. Merveilleuse justice I Voilà pour l'intérieur : quel a été au dehors le système politique de la monarchie héréditaire? obtenir d'être admise , malgré son origine, parmi les légitimités européennes ; et pour cela combattre, étouffer le principe populaire ; trahir les espérances , éteindre les sympathies des seuls alliés qu'eût la France libre ; se faire sergent de ville et mouchard pour veiller, sous les ordres de la Sainte- Alliance , au salut de l'absolutisme ; humilier aux pieds des rois qui trembloîent devant elle , la nation que toutes les autres appellent grande , trafiquer de son honneur et de ses intérêts sacrifiés sans hésitation à l'intéVêl dynastique : préparer , en affoi-

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blissantle ressort de sa puissance morale, le succès d'une troisième invasion peut-être. Et tout cela parce qu'il falloit affermir la monarchie , pourvoir à sa perpétuité. Est-ce de son habileté qu'on la louera? Elle a paru en effet, cette habileté , dans la question belge , après quatre années de négociations aussi avancée que le premier jour ; elle a paru en 'Portugal , en Espagne, en Orient ; elle a paru à l'occasion de la dette américaine, bien qu'ici voilée de certains nuages que nous laissons à d'autres le soin de percer. Que si^ aveuglé par des préventions, nous ne sommes pas juste envers elle , qu'elle parle elle-même, qu'elle raconte ses œuvres. Mais elle les a racontées, elle a parlé, et nous l'avons tous entendue. Le ministère est venu présenter à la tribune les titres glorieux du gouvernement à la reconnoissance nationale , exalter ses triomphes , étaler ses trophées. A-t-il dit, comme l'auroit pu faire un ministre de Charles X : (k Le roi a délivré l'Europe des pirates africains ; en vengeant la justice et en servant l'humanité, il a doté la France d'une colonie magnifique : en un«nbt, il a pris

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Alger? » est-ce là ce qu'a dit à la Chambre le ministère de Louis-Philippe? non^pas toutà-fait; il a dit : c< Le roi a pris sa nièce. )>

Plusieurs causes ont favorisé le succès passager du système dont la France subit l'inexprimable honte. Partagée en divers partis, elle n'a pas opposé à l'oppression une résistance compacte. Après quelques vaines tentatives d'action , les hommeade la légitimité]et du droit divin, peu d'accord entre eux, sont rentrés dans une inertie politique complète. Débarrassé de ceux-ci , qui ne forment d'ailleurs en France qu'une assez foible minorité , le pouvoir n'a rien négligé pour diviser les autres. H s'est rattaché la haute bourgeoisie , l'aristocratie d'argent, par le monopole industriel ; la bourgeoisie moyenne par le monopole électoral ; la petite bourgeoisie par la crainte de l'émeute. Après avoir ainsi morcelé la bourgeoisie et l'avoir séparée du peuple, qu'il lui représente comme son ennemi naturel , irréconciliable , il a pu travailler , sans risque immédiat , à consommer le servage de celui-ci , détruire Tune après l'autre , avec l'appareil des formes légales ^

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