CXVIII PRÉFACE
les libertés conquises en juillet , identifiant ces; libertés avec la république , et la république avec l'anarchie.
Mais ces déceptions ne peuvent avoir qu'un temps. D^'à chacun s'éclaire et sur les choses en général et sur sa position particulière. Le vieux légitimisme se dissout. JD s'en forme un nouveau qui, dominé par l'esprit du siècle , prend son point d'appui dans la liberté. JD ne lui reste plus qu'à comprendre l'incompatibilité radicale de cette liberté qu'il veut sincèrement avec les principes qu'il soutient encore. Cela viendra , et plus tôt qu'on ne pense , car la logique est irrésistible , et l'on ne dispose pas de ses propres convictions à sa fantaisie.
Les frayeurs conununes qui jusqu'à présent ont fait le lien des trois classes de la bourgeoisie y se dissipent peu à peu; et ce qu'elles unissoient y l'intérêt le divise. Déjà la moyenne bourgeoisie demande compte à la haute de son monopole industriel , comme la petite bourgeoisie demande compte à la moyenne de son monopole électoral, en même temps que le peuple pèse cette grande question : Pourquoi
PRÉFACE. GXIX
un monopole quelconque ? pourquoi des pri- ' yilégès ? pourquoi tous les Français j égaux par
nature, égaux devant la loi, ne participeroientils pas tous également à Texercice de la souveraineté nationale? Nous ne vous contestons pas votre droit , à vous qui maintenant avez part à la puissance politique ; nous voulons au contraire que vous en jouissiez pleinement : mais nous voulons en jouir comme vous , parcequ'il nous appartient comme à vous; et qu'il n'existeroit pour personne , si quelques uns pouvoient en dépouiller les autres à leur gré. Le sentiment de la justice , inhérent au cœur de chaque homme , prête à ce langage une \
force invincible. Un peu plus tôt , un peu plus tard, il produira donc son effet. Ce qui trouble \
encore quelques esprits, ce sont les inquiétudes qu'ont fait naître certaines maximes violentes qui n'enfanteroient , au lieu de la liberté voulue de tous, qu'une tyrannie exécrable. JD est possible que des tètes désordonnées , des âmes sombres, aient rêvé dans leur délire une semblable tyrannie. JD est possible aussi que les despotismes européens aient évoqué ce fantôme sanglant , pour contenir les peu-