DIBIGÈE CONTRE M. L ABBÉ DE LA MENAÇAIS
sur f Indifférence. Mais, observe M. Flottes, « les » Réflexions de PellissoD furent attaquées. » Par qui? par des protestaos, comme les titres mêmes de ses Réponses, cités par M. Flottes, nous l'apprennent (1).
U ne nous reste plus qu'à examiner le reproche poUj suivant Theureuse expression de M. A. , que le professeur de Montpellier fait à M. de La Mennais , d'avoir alléré^ tronqué j falsifié les textes qu'il cite. S'il n'étoit juste de supposer que M. Flottes n'entend ce qu'il dit qu'au même degré précis où il comprend ce que les autres écrivent, on s'indigneroit profondément d'une pareille accusation, et surtout après avoir lu les inconcevables preuves sur lesquelles il prétend l'appuyer. Quelques courtes observations suffiront pour réduire ces preuves à leur valeur.
Et d'abord, que, dans le nombre immense de citations qui se trouvent dans V Essai, il y en eût quelques unes , qui, soit par inadvertance , soit pour n'avoir pu être vérifiéea par l'auteur , fussent inexactes peut-être , c'est une chose non seulement possible , mais presque inévitable : et tout notre étonnement est qu'avec un désir si vif et si vivement manifesté de découvrir dans l'ouvrage de M. de La Mennais des imperfections de ce genre , M. Flottes n'en ait cependant indiqué qu'un si petit nombre.
Car, premièrement, le seul passage qui, d'après ses assertions , pût paroltre en effet une altération du
(1) Réponse aux objectiong d'u4nglelerre et de Hollande , ou ds l'j^ulonti du grand nombre dofis la religion chrétienne.-^ fj^ychir mères \*f M. Jurieu , etc.
56 SUR UNB ATTAQUE
texte y nous voulons parler du passage remarquable de Tertujlien si curieusement vérifié par M. A. qui crut y trouver une rare et brillante occasion de triomphe ; il fallut bien finir par avouer qu'il n'étoit ni alliréy ni tronqué , ni fakifié: ce qui prouve au moins que M. A. et M. Flottes, même lorsqu'ils s'unissent pour vérifier un texte, ne sont pas [dus à Tabri de se tromper que M. de La Mennais.
Mais, pour faire de suite à M. Flottes les concessions auxquelles il a droit , nous convenons que dans V Essai un passage de Pline le jeune est cité sous le nom de Pline l'ancien; qu'un passage de Cicéron, où il s'agit des vérités morales comparées à celles que nous connoissoQS par le rapport des sens , a été, non pas mal cité, mais mal entendu par M. de La Mennais; qu'enfin l'on peut contester le sens qu'il donne à un vers d'Hésiode , comme aussi on peut le soutenir , de l'aveu de M. Flottes, par l'autorité de Grotius et du P. Petau.
Nous le disons avec une sincérité entière, voilà tout ce qu'en conscience il nous est possible d*accorder à l'adversaire de M. de La Mennais; et encore, si l'on veut, qu'on lit dans I'Essai , viia honesta beor iaque, qui ne fait aucun sens , au lieu de foitœ honestœ beatœque.
Du reste, lorsqu'en cinq ou six autres endroits M. Flottes critique les traductions de M. de La Mennais , qui d'ailleurs cite toujours le texte au bas de la page , ou M. Flottes se trompe évidemment à notre avis , ou sa manière de traduire revient pour le fond
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à ce que l'auteur de ï Essai a eu dessein de prouver.
Mais ce qui pourroit sembler extraordinaire à quelques lecteurs , c'est que presque à chaque page de son opusciJe^ comme il l'appelle , M. Flottes ^ si délicat sur l'exactitude des citations ^ commence sa critique sur la citation qui l'occupe en ce moment , par ces mots : Cette citation est eocacte. Il faut donc savoir y pour comprendre ce qui le choque , qu'il trouve aussi presque toujours que M. de La Mennais n'a pas assez cité. VoUà son grand , son perpétuel grief; et son erreur est d'être tellement préoccupé de l'idée qui l'aiTecte, qu'il oublie parfaitement, supposé qu'il l'ait su jamais, et l'ensemble des idées de M. de La Mennais , et le point précis et particulier qu'il entreprend successivement d'établir dans le développement de son sujet.
Ainsi M. de La Mennais montre-t-il que les philosophes anciens prouvoient les dogmes universels par le consentement commun : Fort bien, dit M. Flottes ; mais vous auriez dû ajouter que ces philosophes les croyoient innés dans la raison de chaque homme ; confondant de la sorte deux questions diverses, que M. de La Mennais a distinguées et traitées à part , savoir , si le consentement commun étoit reconnu pour règle de croyance , et quelle étoit l'origine première et le moyen général de transmission des vérités crues universellement.
De même : s'agit-il d'établir que la règle A'atUiqkiitiy pour discerner la vraie religion , éloit reconnue et admise généralement, que fait M. Flottes? il prouve
sans peine qu'on faisoit de cette règle de fausses applications ; ce que M. de La M ennais ayoit expressément remarqué, et ce qui confirme ce qu'il avance, bien loin de TinGrmer, puisqu'on ne peut appliquer bien ou mal une règle, à moins qu'elle n'existe.
Il avoit fait observer aussi qu'il falloit , dans les philosophes et à leur exemple même, distinguer soigneusement les vérités universelles qu'ils enseignent d'après le consentement unanime du genre humain , des systèmes divers qu'ils ont imaginés , et qui n'ont d'autre fondement que leur raison propre. M. Flottes, au contraire ^ ne veut point admettre ces témoignages rendus à la foi commune , lorsqu'ils ne sont point d'accord avec les opinions particulières des philosophes que l'autorité des croyances générales force à de pareils aveux : et c'est encore ce qu'il appelle citer infidèlement.
. Mais ces critiques fussent-elles aussi justes qu'elles sont fausses et ridicules pour la plupart , il resteroit encore dans Y Essai beaucoup plus d'autorités qu'il ne seroit nécessaire d'en alléguer pour établir ce que l'auteur a eu dessein de prouver. Et à ces autorité déjà si nombreuses, si puissantes, on pourroit encore en ajouter une infinité d'autres , et chaque jour on en découvre de nouvelles. Les fragmens de YOup-neck'al que nous avons cités dans notre dernier numéro , suffisent pour donner une idée de ce que l'Inde seule fournit en ce genre ; et les recherches ne font, pour ainsi dire, que commencer. M. Flottes parott croire pourtant que la tradition du vrai Dieu ne s'est
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pas conservée chez les Indiens ( 1 ) , malgré ce qu'en ont dit William Jones et tant d'autres savans, malgré les livres mêmes des Indiens. Mais enfin cela ne sauroit être, parceque cela contrarie les idées de M. Flottes. Qu'il écoute au moins un missionnaire qui vient de publier un des ouvrages le plus intéressant qui existe sur l'Inde, où il a passé trente ans.
« Les slocas ou stances morales dont on donne ici » la traduction y sont assez généralement connues des. » Indiens qui ont quelque instruction. Dans la plupart » des écoles , on les fait apprendre par cœur aux en- )) fans comme une espèce de catéchisme. Elles sont » écrites en vers samscrntams; mais comme cette » langue savante n'est étudiée et entendue que par » peu de personnes , chaque sloca est accompagné >> d'une version littérale en langue vulgaire. Les In- » diens se plaisent souvent à citer avec emphase dans » leurs discours quelques uns de ces shcas. J'ai cher- » chéy en les traduisant , à m'écarter le moins possible » du texte original (2). »
Or voici une de ces stances :
« Avant que la terre, l'eau, l'air, le vent, le feu, » Brahma, Wichnou, Siva , le soleil, les étoiles, et )) autres objets semblables , existassent , le Dieu uni- » que et étemel Suayambou (celui qui est par lui- » même) existoit (3). »
(]) M. Vabbi F. de La Mewnait réfuté, etc., page 157. (S) Mœurs, institutions et cérémonies des peuples de VIndc, par M. l'abbé J. A. Dobois, tome II , page 186. (3) /M(f., page 103.
^ Le premier des Védas, le Reg-f^eda reôferme cette
^ confession de foi : « Il existe un Dieu vivant et Trai,
'; » éternel et incorporel , impalpable et impassiUe ,
V » tout-puissant y tout savant , infiniment bon, qui fait
i »et conserve toutes choses (1). » Ainsi les mêmes
vérités transmises depuis la [dus hante antiquité se retrouvent et dans les livres sacrés des Indiens, et dans ceux qu'ils mettent entre les mains de Ten-
5f fance.
-fi
Il est facile de comprendre maintenant pourquoi nous n'avions point répondu à M. Flottes, ni ne ré- ;t pondrons désormais à ce qu'il pourroit écrire encore.
11 faudroit^ pour le suivre dans le détail de ses critiques y composer une dissertation sur chaque passage qu'il lui plaît d'attaquer ; et après avoir prouvé qu'il { se trompe , ce qu'il contesteroit d'ailleurs étemeUe-
- ment, la véritable discussion, celle qui tient au fond
des doctrines ^ n'auroit pas avancé d'un pas. Gomme ^ presque tous les autres adversaires de M. de La Men-
•^ nais , enchaîné par les habitudes de son esprit dans
^ le cercle étroit de quelques vieilles idées scolastiques,
Ç il ne se doute même pas de Timmense étendue des
> questions traitées dans V Essaie de leur liaison entre
elles f et de leur rapport avec l'état des esprits entraînés aux dernières conséquences de l'erreur par le développement naturel de la philosophie et du pro^ testantisme. Il n'est pas nécessaire sans doute quo M. Flottes entende cela; mais il n'est pas nécessaire non plus que Ton perde un temps précieux à essayer
(i) Moninnens de Vlnâoslan, lomc I , pa^ 174.
DIRIGÉE CONTRE M. l'aBBÉ DE LA MENNAIS. Gl
de le lui faire entendre. Et après tout pourquoi se plaindroit-il que nous gardions le silence sur ses optiscules ? n'est-ce pas là un silence poli? et n'a-t-il pas en outre le suffrage poh'de M. A.
TRADITIONS DES SAUVAGES
DE i/améiuque septentrionale.
Les traditions religieuses des peuples forment une des parties les plus importantes de Thisloire de Tesprit humain : et c'est pourquoi nous avons cru qu'on ne liroit pas sans intérêt les détails suivans, extraits d'un ouvrage publié récemment à Londres sous le titre de Mémoires d'un captif chez Us Indiens ou sauvages du nord de r Amérique.
a D'après les rapports invariables des personnes qui y à diversas époques depuis la découverte de T Amérique , ont eu Toccasion de vivre au milieu des tribus indiennes , il n'y a rien de plus certain que la ferme croyance de ces sauvages non éclairés à l'existence , la toute-puissance et l'unité de Dieu , et à un état futur de récompenseset de punition. Usadorentle Grand Esprit qui donne la vie , et lui attribuent à la fois la création et le gouvernement de toutes choses^ avec unesagesse, une puissance et une bonté infinies. Quant à l'origine de leur religion , ils croient en général qu'après que le Grand Esprit eut formé des terrains pour la chasse et qu'il les eut fournis de gibier, il créa le premier homme et la première femme rouges , qui étoient d'une très grande taille et vécurent fort longtemps; que souvent il s'eniretenoit familièrement avec eux ; qu'il leur donna des lois à observer et leur apprit à prendre le gibier et àcullivcrle b!é; mais que
64 TRADITIONS DES SAUVAGES
par suite de leur désobéissance il se retira d^eox et les abandonna aux vexations du malin esprit, qui depuis a été la cause de leur dégénération et de leurs souffrances. Us croient que le Créateur est d'un c*ractère trop élevé pour être directement Tauteur du mal y et que , malgré les offenses de ses enfans rouges^ il continue de répandre sur eux tontes les bénédictioBs dont ils jouissent. En conséquence de cette bienveillance paternelle pour eux, ib ont envers lui une piété vraiment filiale et sincère » lui adressent leurs prières dans tous leurs besoins , et lui rendent grâces pour tous les biens qu'ils en reçoivent.
Selon leur manière de se représenter l'état futur, le paradis est une contrée délicieuse » située bien loin au-delà du Grand-Océan, où leurs occupations seront exemptes de peines et de trouble , sans changer pour cela de nature ; où le ciel sera sans nuage , le gibier abondant, et le printemps étemel. Là , dans la jouissance perpétuelle du plaisir et du bonheur, ils espèrent rentrer en grâce et jouir de la présence inunédiate, des conseils et de la protection du Grand Esprit : avec cela ils ont une profonde conviction que la pratique des actions bonnes et vertueuses dans cette vie peut seule leur assurer un heureux avenir ; ils sont également convaincus qu'une conduite, opposée les entratneroit au contraire dans des afflictions , des misères , des malheurs sans fin, dans une terre stérile et déserte, patrimoine et demeure des esprits méchans, dont le plaisir et Toccupation est de rendre les malheureux encore plus misérables. C'est encore un point de
DE i/amérique septentrionale. 65
croyance à peu près universelle que la bienveillance ou Tindignation du Grand Esprit se manifeste au moment que les bons et les méchans passent de ce monde en l'autre. Dans cette importante circonstance, tous sont munis de canots. Ceux qui ont été guerriers ou vertueux et recommandables de quelque manière , le Grand Esprit, soit directement ou indirectement^ les guide à travers l'abtme au port de l'interminable bonheur et de la paix. Au contraire ceux qui ont été lâches , vicieux ou négligens à remplir leurs devoirs , sont abandonnés à la méchanceté des esprits malins qui submergent leurs canots et les laissent se débattre au milieu des flots , ou entretiennent leurs espérances par des perspectives trompeuses et les engagent dans des erreurs inextricables , ou bien les font échouer sur une côte aride et les transforment en certaines bétes , reptiles ou insectes , selon Ténormité de leurs crimes.
Les Indiens en général croient à Texistence d'un malin esprit, quoique, comme nous l'apprenons de Hunter, il y en ait quelques uns qui ont des doutes sur son action; cependant il est certain que le grand nombre lui adressent des prières en certaines occasions, persuadés que par là ils apaiseront sa rage ou le porteront à modérer ses châtimens. Ils n'ont aucun doute qu'il ne soit inférieur au Grand Esprit, dont le caractère est tout-àrfait opposé; mais ils croient qu'il a reçu néanmoins la commission de tourmenter et de punir l'e^ce humaine , et qu'il se plaît dans cet exercice.