CONTRE M. DE LA MENNAIS
A l'occasion de son ouvrage : De la Religion considérée dans ses rapports avec l'ordre politique et civtl.
Jaillct 1896.
Monsieur ,
Le zèle de la polémique ayant tout-à-coup saisi la famille de M. l'évèque d'Hermopolis , je me suis vu attaqué presque à la fois par M. Glausel de Montais , évèque de Chartres^ par M. Tabbé Glausel de Coussergues^ conseiller de TUniversité, par M. Glausel de GoussergueSy conseiller à la Gour de Gassation, et par M. Fabbé Boyer, directeur au séminaire de Saint-Sulpice, tous compatriotes et parens de l'illustre auteur des fWais principes de l'Église gallicane. Ainsi^ par le seul dévouement des siens, monseigneur d'Hermopolis a pu s'entourer d'une sorte de concile domestique,
dans lequel M. de Coussergues , en sa double qualité de député et de magistrat^ représente sans doute Tévèque du dehors. Je ne nie pas que cette autorité n'offre quelque chose de fort imposant. Toutefois , comme j'ai le malheur de ne pas croire extrêmement à la souveraineté du concile séparé du pape , encore moins du concile opposé au pape , j'oserai r^ister aux décisions de celui dont j'éprouve les rigueurs, yti^gu'à ce que le consentement du SttinlSîége intervienne; car, pour moiy c'est là mon quatrième article.
Très affermi dans ce sentiment, je me proposois, comme vous Tavoz annoncé, Monsieur, de répondre à la lettre de M. l'évèque de Chartres. J'avois même interrompu à ce dessein un ouvrage plus étendu sur les grandes questions traitées dans mon dernier écrit, lorsque j'ai appris qu'un ecclésiastique plein de science et de talent s'occupoit de défendre la doctrine de FÉglise romaine contre les attaques de MM. Clausel et de M. Tabbé Boyer. Je me suis alors décidé à reprendre mon premier travail^ d'autant plus que cette controverse avec des hommes respectables mais préoccupés exclusivement de quelques idées de famille ne m'auroit pas fourni une seule fois l'occasion d'entrer dans le fond du sujet que j'ai à cœur d'éclaircir autant qu'il me sera possible. Si on retranchoit de leurs écrits les aménités gallicanes qui en ornent presque toutes les pages, il ne resteroit guère que de vieux sophismes réfutés depuis des siècles , et trois ou quatre suppositions fausses sur lesquelles ils raisonnent constamment avec une confiance imperturbable.
Ainsi j quoique nous eussions dit , dans une lettre connue de M. Tévèque de Chartres^ puisqu'il la cite : )) Il y a donc manifestement une ignorance profonde » ou une insigne mauvaise foi dans le reproche qu'on » adresse aux papes de s'arroger sur le temporel des » rois un pouvoir que Jésus-Christ ne leur a pas » donné.Us ne s'attribuent d'autre pouvoir que le pou- » Yoir spirituel qui leur appartient de droit divin , et » que nul catholique ne leur conteste. La question » agitée aujourd'hui avec tant de chaleur consiste )) uniquement à savoir jusqu'où s'étend ce pouvoir » spirituel, dans ses rapports avec la société politique » chrétienne et la souveraineté qui la constitue (1) : » malgré, dis-je, des paroles si claires, M. l'évèque de Chartres n'en persiste pas moins à nous attribuer un sentiment tout différent , parce qu'enfin nous devons avoir dit ce qu'il lui convient que nous ayons dit : c'est sa méthode de réfutation. Il eût été plus utile peut-être d'examiner un petit nombre de questions simples telles que celle-ci :
Le droit de commander a-t-il, comme le devoir d'obéir, son fondement dans la loi divine?
Si le souverain n'a le droit de commander, et si les sujets ne sont tenus d'obéir, qu'en vertu de la loi divine, par qui doivent être résolus, chez les peuples chrétiens , les doutes qui peuvent naître sur ce droit et sur ce devoir?
Est-ce par le souverain ? est-ce par le peuple ? ou par l'autorité à qui Jésus-Christ a confié k garde de
(I) Voyez ci-dfXftM page 77 et tam
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la loi divine , et qu'il a chargée de la maintenir et de Tinterprétcr?
La souveraineté peut-elle se perdre? Si elle peut se perdre, comment sait-on certainement qu'elle est perdue ? Sont-ce les événemens qui décident? Mais qu'estce que les événemens , si non des faits qui constatent de quel côté est la plus grande force? La force et le droit, est-ce une même chose? Que si la force ne suffit pas pour savoir quand un droit est réellement éteint, et pour créer un autre droit s'il faut encore un jugement certain y qui rendra ce jugement? Qui déterminera pour la conscience le moment où il est permis d'obéir à un souverain nouveau? etc.
Des réponses précises à ces questions eussent été plus instructives qu^un commentaire sur des passages de rÉvangile, que tout le monde connolt, dont personne assurément ne conteste l'autorité , mais que M. Tévèque de Chartres se flatte de mieux comprendre que les souverains pontifes et même que les conciles œcuméniques.
A l'entendre , il sembleroit que nous eussions déclaré hérétique de fait quiconque professe les maximes de 1682; et il montre très doctement qu'un simple prêtre n'est pas l'Église universelle , n'est pas le Vicaire de Jésus-Christ : qu'il n'a le pouvoir ni de prononcer une sentence infaillible , ni de porter juridiquement des censures contre aucune doctrine. En vérité f nous nous en doutions. Mais où avons-nous donc annoncé ces prétentions extravagantes? sur quelle preuve nous accuse-t-on d'une pareille folie? Y
aaroit-il aussi une justisse gallicane qui permit , pour combattre plus aisément ses adversaires, de leur prêter des absurdités auxquelles ils ne songèrent jamais? Nous avons dit et nous répétons que les maximes de 1682 renferment des conséquences hérétiques et schismatiques, qu'elles contiennent substantiellement des propositions déjà condamnées ; en un mot , nous avons dit ce que tout théologien a le droit de dire : et au lieu de dénaturer nos paroles, il eût mieux valu réfuter nos raisonnemens; mais ou ne Ta pas même essayé : c'étoit en effet plus difficile •
Dès qu'on s'écarte de la droite voie. Dieu ôte le sens ; on ne sait où Ton va , on marche au hasard , afin qu'il soit visible à tous que cet aveugle s'égare. Ce n'est pas sans douleur que nous transcrivons ce passage de Vj^ntidote^ rappelé par M. Glausel de Cousserguesy dans la Quotidienne du 28 juin : « L'É- » glise gallicane pose des principes contraires aux » vôtres... D'où vous vient le droit de souffler le feu » de la révolte dans la maison de Dieu, d'y soulever » les enfans contre les pères, les jeunes élèves du » sanctuaire contre leurs évêques? »
A cette violente interpellation du professeur de Saint-Sulpice , voici ma réponse : Ce que vous appelez mes principes f comme si j'avois dans l'Église de Dieu des sentimens particuliers, ce sont les principes de mon chef et du vôtre, ks principes constans du Saint-Siège et de toutes les églises, une seule exceptée, ou plutôt excepté un petit nombre d'hommes dans une seule église. C'est donc à vous qui combattez la
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doctrine de TÉglise universelle et du pontife romain, c'est à TOUS que nous demandons de quel droit vous soufflez le feu de la révolte dans la maison de Dieu, de quel droit vous soulevez les enfans contre le père du PEUPLE CHRÉTIEN (1), les jeunes élèves du sanctuaire contre le souverain pontife des évêques (2), fondement IMMOBILE DE LA FOI (3) ; COntrC la PIERRE QUE NE PEUVENT VAINCRE LES PORTES DE l'eNFER (4)?
Avez-vous des promesses que n'ait pas le successeur du prince des apôtres? votre autorité doit-elle l'emporter sur la sienne? Laissez, laissez-nous croire ce que croit celui à qui Jésus-Christ a dit : JTai prié pour toi y afin que ta foi ne défaille point; laissez les brebis et les agneaux suivre celui qui a reçu de Dieu la charge de les guider : et s'il vous platt d'être vousHtnème votre guide ^ votre docteur, votre maître, n'accusez pas au moins de révolte ceux qui , soumis pleinement à la conduite du premier pasteur, n'ont d'autre |>nficipe que de lui obéir.
« La Société de Saint-Sulpice, dites^^imu enseigne » dans ses écoles les quatre articles. C'est l'héritage » que lui ont transmis ses pères. •• Tous les supérieurs » généraux de cette Société n'ont cessé de dire aux » maîtres et aux disciples : Ne renversez pas les bornes » anciennes,' suivez, sur la controverse du pape et de » t Eglise j les doctrines de la Sorbonne. »
Donc lorsqu'il s'agit des plus hautes questions^
(I) 4^. j4ugu$t., ep. clxi.
(9) ConciL Chalced. in pra^f.
(3) S\ ^ttguêt., Scrm. xxiv, de tcmp.
(i) /d. in Psalm. cont. part. Donal.
et, comme le reconnolt M. l'évâque d'Hermopolis luimême f de la constitution divine de t Église, ce ne sera ni rÉglise ni son chef que nous devrons écouter, mais la Sorbonne! la Sorbonne est, en ces matières, audessus du pape, au-dessus des conciles et de l'Église universelle ! Voilà ce que les supérieurs généraux de SaintrSulpice n^ont cessé de dire aux maîtres et aux disciples l Où en seroit-on si de pareilles maximes venoient à prévaloir? Noua connoissons, pour nous, des bornes plus anciennes, une règle de foi dictée-^ dit Bossuet, |>ar le pape Hormisdas, reçue par tous les évéques d'Orient et d'Occident, proclamée dans le huitième concile œcuménique j approuvée de toute l'Église catholique; et cette règle est de suivre en tout les sentimens du Siège apostolique ^ dans lequel réside l'entière et vraie solidité de la religion chrétienne. Si TÉglise gallicane a posé des principes contraires ^ nous répudions ce triste et funeste héritage; et nous l'abandonnons à ceux qui , à la face du monde catholique, en présence de Dieu et de son Christ , oseront dire : Nous Tacceptons (1) !
(1) M. Claasel de Coussergues a ayancé qae « les j4phoriêmeê de • M. l'abbé de La Mennais n'ayoient pas entrée dans les séminaires » de la Compagnie de SainlSulpice , sons peine d'exclusion à l'é- » gard de ceux qai propageroient cet écrit et les antres ouvrages de » M. Fabbé de La Mennais où la même doctrine est enseignée » (Quotidienne du iSjuin 1836). Ce fait, s! on le supposoit rrai, seroit tellement graye que nous nous croyons, en conscience, obligé de le nier aussi long-temps que la Compagnie de Saint-Sulpice ne l'aura pas expressément ayoué. Qu'une congrégation religieuse interdise Ventrée des séminaires qu'elle dirige aux ouvrages où la doctrine du Saint-Siège est professée, et parce que cette doctrine y est professée ; qu'elle exclue du sacerdoce de Jésus-Christ les jeunes iéyites dont
Afin de nous mettre en contradiction apparente avec noufr-mème au sujet des quatre articles , on a rappelle quelques lignes d'un écrit que nous pnbliAmes en 1818. Nous avions prévu cette objection; et nous y avions répondu d'avance , dans notre volume de la Religion considérée dans ses rapports avec l'ordre /h>liiigue ci civil. L'explication que nous en donnons en ce Hou ne sauroit être suspecte d'avoir été arrangée pour les circonstances, puisque nous avons, en 1820, exposé les mêmes sentimens en rendant compte dn bel ouvrage de M. le comte de Maistre, sur le Pape (1). Que si néanmoins on ne vouloit pas ad* mettre cette explication , il en résulteroit seulement que de mûres réflexions nous auroient conduit à nous réfoimer nous-même; il en résulteroit qu'ayant reconnu la vérité catholique, nous aurions aussitôt quitlé pour elle l'erreur qui nous préoccupoit, et qu'à loxemple de saint Augustin, nous n'aurions pas hésité un moment à rétracter ce qui pouvoit nous être
Tunique crime est d'obéir à renseignement do Vicaire de JésuM^hrif U un pareil excès de hardiesse, jusqu'à présent inouï dans TEglise, ne sauroil être admis pour C4)nstant sur le seul témoignage de M. Clansel d(^ Coussorgues. On ne présume point le schisme, et 11 nous semble qu'il s'est hàlé beaucoup d'eu accuser une congrégation respectable que nous aimons à défendre contre lui. Il ^oute que « dans • les séminaires dirigés par les disciples de Saint-P^ineent de Paui^ » appelés communément LazarisleSf la même exclusion est pro- » noiicée contre les jeunes théologiens qui propageroient la doctrine » des j4phoHtn\e$,T» Il est presque superflu d'avertir que cette aaserlion est entièrement fausse. Les disciples de Saiut-Viucenl de Paul seront , au contraire , toujours les premiers à donner rezemple du respect et de Fobéissance dus à l'enseignement du pontife romain.
(f) Voyez tome VIII, Mélanges religieux et pkiloiopkiques.
échappé de contraire à la doctrine de l'Église et de son chef. Dans ce cas , tout notre désir seroit que nos adversaires nous imitassent en cela. Avec quelle joie nous nous verrions uni à eux aux pieds du père
commun!
On nous reproche encore d'avoir omis ces mots : soit directement, soit indirectement, en citant la déclaration des évÊques d'Irlande , dans une lettre à la Quotidienne. Le passage se trouvoit tel que nous l'avons transcrit dans l'article de V Étoile, auquel nous répondions. En le vérifiant depuis dans un autre journal , nous avons reconnu qu'en effet les évèques irlandais ajoutent : soit directement^ soit indirectement. Mais alors nous ne dirons plus qu't/ n'est pas un car tholique qm ne fût prit à signer cette déclaration; car, pour nous borner à une raison que tout le monde sentira, certainement plus d'un catholique répugneroit à signer une proposition aussi fausse de fait. Quand l'Église appose au mariage des empèchemens dirimans, quand elle étahlit ou supprime des fêtes, quand elle consacre des vœux de pauvreté et de chasteté, quand un simple prêtre commande , dans le tribunal de la pénitence , à un voleur de restituer; dans toutes ces occasions , et en beaucoup d'autres , il y a manifestement un pouvoir au moins indirect exercé sur les choses civiles et temporelles, et ce pouvoir appartient à l'Église essentiellement: nos adversaires mêmes ne le contesteront pas.
Il étoit nécessaire que nous donnassions nous-même ces éclaircissemens à monseigneur l'évêque de Cliar-
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très. Le reste de sa lettre ne demeurera pas non plus sans réponse ; et pour ce qui tient au fond des doc- Irines, touchant le pouvoir spirituel, ses fonctions et son étendue , nous espérons pouvoir répandre dans un autre ouvrage quelques nouvelles lumières sur oe sujet y un des plus importans à traiter aujourd'hui.
Ce n'est pas qu'on puisse se flatter de vaincre une certaine opposition qui a existé , qui existera toujours, parce qu'ayant sa cause plutôt dans la corruption de la nature que dans l'aveuglement de la raison, la raison ne peut rien contre elle ; et c'est ce qu'il faut bien comprendre. Un secret principe de révolte caché au fond du cœur humain , et que la vertu même n'étouiïe jamais entièrement, combat sans cesse au dedans de nous tout ce qui semble menacer notre indépendance. On se soumette moins possible; et comme la volonté , selon la remarque profonde de Pascal , e$î une des principales pièces de noire créance ^ elle incUne la pensée à tout ce qui plaît. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner si l'on dispute des choses les plus claires. Telle est même la foiblesse de l'homme, qu'on le verra repousser la vérité manifeste, non par aucun intérêt puissant, par aucune haine violente, mais par im motif souvent si léger qu'à peine lui-même Tarpercevra-t-il; quelque ancienne prévention, des affections particulières, des liens de parenté, une cer^ taine position publique , un engagement pris , que sais-je enfin ? un simple caprice : et cependant la vérité, c'est Dieu!
Dans tous les siècles il s'est rencontré de ces esprits
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superbes que Tobéissance fatigue. Tantôt ils ont opposé leurs opinions à la foi de TÉglise ; tantôt ils ont attaqué son pouvoir de gouvernement et la souveraineté de son chef : ilabU par Jésus-Christ le suprême défenseur du droit et de la justice sur la terre (i), nécessairement son autorité doit sembler pesante à toute puissance qui redoute la règle. Et conmie il y a toujours dans rhomme quelque chose qui se précipite du côté de la puissance ; comme il est peu de regards assez fermes pour n'être pas éblouis de son éclat: lorsqu'elle s'égare , il ne manque jamais d'apologistes de ses actes; et les gens de bien mêmes , devenus flatteurs en croyant n'être que soumis , s'efforcent par respect de justifier ses prétentions les moins soutenables.
Ainsi naissent et se perpétuent les maximes d'indépendance qui détachent les nations du centre commun et relâchent les liens de la société universelle. L'Église et la cité se séparant de plus en plus , la vraie notion de l'une et de l'autre s'altère dans les esprits. Aux doctrines professées unanimement , peu à peu l'on substitue des doctrines arbitraires créées pour le besoin qu'on en a; et comme on ne sauroit s'écarter en un seul point de l'enseignement du premier pasteur f sans être forcé de combattre le principe même de son autorité^ tôt ou tard ou est conduit à ébrauler dogmatiquement les bases delà monarchie spirituelle et de la constitution divine de l'Église.
(1) Romanus pontifex quem Salyator et Doiuiiius noster squi boniqoe supremum assertorem in terris constituit... Bulle de ClcmeM XI du 10 des calendes de mars 1714.
Oi LETTRE AU RBD ACTEUR
Telle a été la marche de toutes les erreurs, et en particulier du gallicanisme. Il a pu sans doute être soutenu d'abord par des hommes de bonne foi; il peut même Têtre encore , quoique plus difficilement aujourd'hui qu'on en a vu les terribles conséquences. Des maximes au nom desquelles fui prodamée la dipUn rable Constitution citile du clergéf au nom desqueltes le pontife romain fui persécuté ^ dépouillé , jeté dans les fersj et notre Eglise bouleversée de fond en comble (1), ne sont guère propres à inspirer beaucoup de confiance aux catholiques. Cependant que quelques hommeSy malgré ces tristes expériences, tiennent encore à ces maximes avec une sorte de sincérité , à toute force cela se conçoit. N'y a-t-il pas aussi des prote»tans sincères? A quelque degré que Ton proteste contre TÉglise et contre son chef, il seroit donc téméraire d'assurer que l'on ne proteste pas sincèrement. On doit néanmoins avouer que les injures, l'emportement , les lâches délations, ne prouvent pas bien clairement cette bonne foi qui semble être, en quelques circonstances, une sorte d'excuse de Terreur même.
Que si, du reste, des opinions regardées comme nationales à une époque encore récente, accréditées par un grand nom et protégées par la politique , étoient attaquées ouvertement dans un ouvrage consacré à la défense de toutes les doctrines catholiques ,
( f ) Les vrais principes de V Eglise gallicane. ATerUssement, troisihne édit.
il seroit impossible qu'un pareil ouvrage n'éprouvât pas une vive opposition^ et de la part des ennemis de rÉglise catholique, et de la part de ceux qui, en lui demeurant d'ailleurs attachés, ne laissent pas de soutenir des sentimens qui ne sont pas les siens, et même qu'elle réprouve. On ne^ peut guère espérer de trouver cette candeur d'esprit qui cède d'abord à l'évidence du raisonnement humain, là où manque cette candeur de foi qui cède sans hésiter à l'autorité divine , avant même qu'elle en ait fait un devoir absolu.
Aussi nous attendions-nous, en publiant nos réflexions sur les rapports de la reUgtan avec f ordre po^ UUque et civil, à tout ce qui a suivi ; nous n'ignorions pas qu'il faudroit rendre compte de cet écrit aux passions et aux préjugés. Les passions , comme il étoit naturel, ont parlé les premières, et l'on croiroit encore les entendre en écoutant les préjugés.
Il en devoit être ainsi , c'est l'ordre de la terre ; et jusqu'à la fin des siècles quiconque défendra l'Église de^Dieu, toute sa doctrine et tout ses droits, aura la même destinée. Mais le chrétien ne se trouble pas de ces tempêtes, de ce bruit du temps qui gronde autour de l'édifice éternel; il ne craint point, il ne doute point , il sait à qui la victoire restera.
Lorsque la Vérité vivante parut dans le monde qu'elle venoit sauver, elle eut à subir trois grandes épreuves , l'épreuve de la calomnie , l'épreuve de la dérision , et l'épreuve de la violence. L'orgueil blessé chercha contre elle de tous côtés de faux témoignages ; les accusateurs accoururent , mais leurs dépositions ne
s'accordoient pas (i), dit rhistorien sacré. Alors le prince des prêtres Tinterroge au nom de Dieu : Qui étes-YOus? Elle dit ce qu'elle est , elle proclame la puissance qui lui a été donnée; et à TinstaDt un cri s'élève: « Elle a blasphémé; qu'avon&-nous encore » besoin de témoins? Vous venez d'entendre le blas- » phème : que vous en semble? » Tous conclurent qu'elle étoit digne de mort (2).
Bientôt s'ouvre une autre scène : on voit le pouvoir temporel environné de ses courtisans. La Vérité comparolt devant eux : les princes des prêtres et les Scribes persistent opiniâtrement à V accuser (3). On lui fait plusieurs questions y mais elle ne répond rien (4). JElle H inspire à cette assemblée que du mépris (5) ; ses ennemis même déclarent qu'elle n*est plus dangereuse à force de paroître ridicule (6) : on la revêt d'une robe blanche , et en cet état on la livre à la populace.
Elle la traîne en présence du magistrat romain ; foible et non aveuglé, il résiste au crime qu'on lui demande. « Qu'a-t-elle fait? Je ne trouve rien eu » elle qui mérite la mort. Je vais donc la faire châtier, » et puis je la renverrai. Mais la multitude redouble » SCS clameurs : Crucifiez-la ! qu'elle soit crucifiée (7) ! »
On sait le reste : une croix est plantée sur le Gol-
(1) il/flrc. XIV, 5C.
(2) Id. XXVI, 65 ot fiG.
(3) Luc. XXIIIp 10.
(4) /6fd., 0.
[h] Ibid., II.
;c) Voyez le Moniteur du i9 mai l8?(i.
v7) Luc, XXIII, 22, 23. MalUi. XXVll. 33. Marc, XV, 14.
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gotha; les préjugés , les passions triomphent. Cela se passoit la veille du jour où tous les peuples tombèrent au pied de cette croix et de la Vérité.
L'abbé F. de La Mennais.