‹ Œuvres complètes de F. de La MennaisChapitre 81 sur 108 · EXPOSITION DES SENTIMENS · texte numérisé non relu

EXPOSITION DES SENTIMENS

Eh ! bon Dieu , Monseigneur^ que dites-TOus donc là? Nous connoissions bien les horreurs de Tépouyantable persécution dont vous parlez : mais qu*elle ail fait périr sur Féchafaud tous les hommes religieux et vertueux; en vérité^ avant votre mandement, nous ne l'avions jamais ouï dire. Permettez-nous an moins de faire une exception ; sans quoi il y auroit trop à plaindre le diocèse de Saint-Bricuc , qui assurément Test assez déjà.

Monseigneur Le Groing n'a pas des raisons moins fortes pour tranquilliser ses diocésains sur le sort futur de la religion catholique en France. D'abord toute alarme à ce sujet est visiblementun piège du démon (1) : car qui peut , si ce n'est le démon , s'inquiéter des attaques renouvelées chaque jour avec plus d'astuce et de fureur contre le royaume de Jésus-Christ? Et puis, ajoute très judicieusement le prélat, que pouvezvous craindre? vous n'avez qu'à conserver la foi, vous ne la perdrez jamais. Chrétiens pusillanimes, rassurez-vous donc. Souvenez-vous du prophète Elie, du Dieu de Clotis et du Dieu de saint Louis; et ne doutez pas un seul moment que « si vous persévérez dans » l'attachement à la foi que vous avez montré constam- » ment dans le temps de la persécution, et qui s'est » réveillé plus que jamais pendant le dernier jubilé , » aucune puissance ne parviendra à vous ôter le pré- >i cieux trésor de votre religion (2). »

Plein de sécurité sur tout le reste, l'unique souci de

(9) Ibid.

DES CATHOLIQITES BRLGES. 129

Monseigneur Le Groing de La Romagère^ c'est qu'on se départe du premier article de la déclaration de 1682. Nous ferons grâce à nos lecteurs de toutes les pauvretés qu'il entasse , à ce sujet , dans dix grandes pages de son mandement. Gela est trop au-dessous de toute réfutation. Il n'a pas même la première idée de l'importante question qu'il discute avec une si rare ignorance, et qu'il décide y le croiroit-4)n ? par l'autorité de l'Église romaine, qu'il a l'audace de rendre complice de ses dangereuses erreurs. Romahcuta est; causa finiUi est , dit-il , et nous le disons avec lui , mais dans un autre sens , et appuyé sur une suite non interrompue d'actes et de constitutions du Siège apostolique , qui y depuis cent cinquante ans , ne cesse de réprouver^ casser, annuler la déclaration tout entière de 1 682.

Et veut-on voir la conséquence que Monseigneur Le Groing tire lui-même de la doctrine qu'il soutient si savamment : « Fidèles à Dieu , dit-il , ainsi que vous » le fûtes toujours, vous continueriez d'obéir, dans » l'ordre civil , à celui qui tiendroit du ciel la puis- » sance souveraine, quelque déréglées que fussent ses » mœurs , quelle que fût sa croyance religieuse , quels » que pussent être les abus apparens ou réels de son » gouvernement , quelque impies enfln et tyranniques » que fussent les lois qu'il dicteroit pour vous per- » vertir... » Se peut-il qu'il y ait dans le monde, je ne dis pas un chrétien , mais un homme croyant en Dieu, dont Tâme ne se soulève pas d'indignation en entendant de semblables paroles !

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