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soutenir^ que lorsque le souverain, violant fondamentalement la loi divine de justice qui est la source unique de toute vraie légitimité , opprime le peuple et lui ravit ses droits religieux , politiques , civils , ce peuple a le droit incontestable de se donner un autre souverain ; et vous-même vous reconnoissez que le principe de Ugitimilé ( vous eussiez mieux dit de Uga^ Uti), dans les cas extraordinaires, est subordonné au principe du salut public, qui est la loi souveraine des Étals. Si donc il existe des pays où le peuple gémisse sous une oppression semblable , nous applaudissons d'avance auœ révolutions à y faire, et , à moins de renoncer à vos principes, vous devez y applaudir comme nous. Nous vous défions de montrer que jamais nous ayons dit autre chose ; et certes ce seroit aussi une trop exécrable maxime que de prétendre , avec les gallicans , qu'un prince une fois établi peut tout se permettre impunément, et que la tyrannie n'a d'autre remède que la volonté du tyran même. Au surplus nos doctrines à ce sujet , fondées , croyons-nous , sur renseignement des pontifes romains et la tradition de rÉglise , ont été clairement exposées dans la déclara* lion que nous avons soumise , avec une docilité sans réserve, au jugement du Siège apostolique (1), et je ne pense pas que, sur ces doctrines, il y ait entre vous et nous aucune opposition.
hajos regiminis non habet rationem seditionis ; nisi forte quandè sic iaordinaté pertnrbatar tyranni regimen, quôd mulUtado nilûecU mijos detrimentum patitur ex perturbatione conséquent! qaàm ex tyranni regimine. Sum, 22 , q, xliii , art. 1 1, ad. 3. (1) Voyex VAtenir da S féTrier.
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En fait, nous avons applaudi à rinsurrcclîon de la Belgique et de la Pologne ; et nous y aj^laudissons encore de toutes les forces de notre àme : car nous croyons qu'il ne fut jamais d oppression plus inique , plus odieuse et plus accablante que celle qui écrasoit ces deux malheureux peuples , chez lesquels il n'existoit plus de sécurité réelle ni pour les personnes ni pour les propriétés , et à qui le despotisme , infidèle à ses sermenSy s'efforçoit de ravir leurs droits politiques et civils, leur religion et leur langue même. Et lorsque , ignorant ce que l'Europe sait , vous pourriez à cet égard vous faire illusion , il s'ensuivroit bien que , n'admettant pas les faits dont nous tirons la conséquence , vous devez rejeter cette conséquence , mais non pas que nous sommes des réviJutionnnaires dans le sens où vous usez de ce mot ; car vos principes vous obligeroient à tirer de ces faits la même conséquence que nous, si vous en admettiez la vérité comme nous. El peu importent vos prévoyances sur le résultat final des efforts généreux de ces deux nobles peuples. Nous ne doutons pas du succès des Belges, malgré les ruses d'une ténébreuse diplomatie ; nous tremblons pour la Pologne, seule en face des Tartares prêts à se précipiter sur elle : mais quand ces deux belles nations , lâchement abandonnées, succomberoient dans une lutte inégale ; quand, au lieu des palmes de la liberté, elles ne cueilleroient que celles du martyre ; quand il ne resteroit d'elles que deux grands tombeaux, tout ce qui a un cœur d'homme , une àme cathdique , s'en
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iroit mouiller de ses larmes les froides pierres qui recouvriroient les ossemens de ceux qui , sans tant de calculs f se confiant dans le ciel qui protège la cause juste et sauve quelquefois miraculeusement les pauvres opprimés, s'écrièrent d'une voix unanime : Mourons pour Dieu et pour la patrie !
Et en vérité y quoi qu il arrive , il faut que vous ayez y mon Révérend Père, un singulier courage , pour venir attrister par vos paroles lugubres et vos conjectures désolantes ces infortunés catholiques qui, pour sauver leur foi et tout ce qui , avec elle , donne du prix à la vie humaine^ ont appris de leurs évèques et de leurs prêtres à ne reculer devant aucun danger ni devant aucun sacrifice. Ah! jusqu'à ce que la Providence ait décidé dans ses impénétrables conseils y qu'après tout elle ne vous a pas plus dévoilés qu'à nul autre ^ que leur suhfime dévouement demeureroit encore stérile pour un temps , laissezleur y mon Révérend Père , laissez-leur au moins l'espérance !
Continuant de gourmander V Avenir avec je ne sais quel ton de maître qui régente des écoliers mutins , vous voulez bien nous avertir qu'à d'autres égards encore nous avons encouru votre désapprobation. « Je ne puis non plus^ dites-vous, pardonner à » V Avenir de s'extasier devant larévolution de juillet. » Je ne suis ni carliste ni philippin. Je sens aussi la » nécessité où s'est trouvée la France de se ranger » autour du roi Philippe pour échapper à l'anarchie . . . » Mais je ne puis passer à T^rentr cette exprès-
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» sion : La nation a recouoré ses droits... Dods » votre bouche ^ qu'est-ce que cela signifie? Quels » droits avez-vous ? La Hberté de la presse? vous, » sur lesquels pèsent deux procès? La liberté de » la religion? tandis qu'on brise ses croix ^ qu'on » incarcère ses prêtres^ qu'on expulse ses curés , » qu'on régente ses évéques? La liberté de l'ensei- » gnement? tandis qu'on pousse le despotisme uni- » versitaire au-delà des bornes posées par MM. Frays- » sinous et Feutrier I »
Sachez bien^ mon Révérend Père^ en premier lieu, que t Avenir ne demande ni n'accepte de pardon de personne; et, en second lieu, qu'en ce qui touche aux affaires intérieures de notre pays, la doctrine catholique et la conscience une fois à l'abri, rien au monde ne nous importe moins que l'opinion individuelle d'un étranger quel qu'il soit. U est à croire que nous , nés en France et qui ne l'avons jamais quittée, nous la connoissons un peu mieux qu'un homme qui ne la vit jamais et qui en est à quatre cents lieues. Nous pouvons, sans trop de présomption , nous flatter d'être des juges plus compétens que lui de nos propres intérêts ; et quelque honorable que puisse être d'ailleurs sa tutelle , avant de l'exercer comme de plein droit il eût été plus convenable peut-être d*attendre qu'elle fût sollicitée.
Du reste, placé sous l'empire d'une préoccupation inexplicable, vous nous avez, encore ici, lu sans nous entendre ; et après vous avoir lu moi-même, je doute s'il existe en Europe un homme moins instruit de
Tétat de la France, de ce que, pour les cathoUques, il est sage de craindre , de ce qu'il est raisonnable d'espérer. Reprenons vos paroles. Vous ne nom pardonnez pas de nous extasier devant la révolotion de juillet. L'expression, mon Révérend Père, est aussi juste que si nous disions de vous que vous tous extasiez devant le despotisme moscovite. En général, comme nous le répétions encore dernièrement, nous tremblons devant toute révolution, « parce que la ré- » volution la plus juste, même quand elle rétMsit, » traîne après elle de longues et pesantes cala- » mités (1). » C'est ainsi que nous sonunes révolutionnaires.
Et pour ce qui est en particulier des événemens de juillet , sur lesquels d'ailleurs vous n'avez pas eru devoir vous expliquer nettement; nous qui n'avons point de position à ménager ou à compromettre, nous n'avons non plus rien qui nous empêche de dfire hautement toute notre pensée. Nous disons donc d'ahord que cette révolution étoit inévitable, par différentes raisons qu'il est inutile de rappeler, et il y a en effet plusieurs années que nous l'annoncions cooMiie imminente. Nous admirons de plus la modération qui en a fait une sorte de combat régulier , et l'espèce de sentiment élevé et généreux qui, dominant une multitude ardente d'indignation et momentanément affranchie de tout pouvoir qui pût la contenir, a maintenu un ordre merveilleux dans une armée sans chef,
(1) Avenir du 57 janyier.
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dans une population palpitante des émotions les plus fortes^ et prévenu les horreurs qui accompagnent d'ordinaire ces commotions terribles : exemple , je ne dis point rare , mais unique dans Thistoire , et que sans doute il est beau , il est glorieux aux Français d*ayoir donné.
Enfin^ en plaignant le pouvoir qui s'est perdu lu^méme par un aveuglement qui n'exclut ni des intentions droites ni des vertus dignes de respect, nous nous sommes réjouis d'un changement politique dans lequel nous avons vu comme le signal de la délivrance de l'Église et de l'affranchissement de la religion, condamnée parmi nous à périr sans retour peut-^tre si le régime précédent s'étoit prolongé encore quelques années. Opprimée par les lois et l'administration, enveloppée de servitude , avilie par les honneurs mêmes dont elles subissoit l'opprobre et qui n'étoient que le prix de sa docile obéissance , le peuple se détachoit d'elle rapidement, et l'on pouvoit compter les jours qui lui restoient à vivre , les jours après lesquels le dernier chrétien , fermant ses yeux appesantis d'angoisse , Temporteroit avec lui dans ht tombe. Tel étoit notre état, lorsque soudain la terre a tremblé. Alors nous avons dit : Dieu est grand; il se souvient de ses promesses ! et notre foi s'est élevée au dessus des pensées et des affections humaines, pouF admirer les conseils suprêmes et bénir le salut qui nous venoit d'en-haut. Tout en effet étoit changé, et nous avons pu, nous avons dû dire que la nation avait recouvré ses droits^ et non seulement ses droits reli-
gieux^ mais encore ses droits politiques, fondés sur des engagemens réciproques^ sur un contrat sacré que des ministres, honorables d'ailleurs en tant qu'hommes privés, violèrent ouvertement par les ordonnances de juillet. Car, à moins que vous ne reconnoissiez aucuns droits aux peuples, aucuns droits que le pouvoir ne puisse leur ôter à sa volonté; à moins que vous n'admettiez d'autre pouvoir légitime que le despotisme illimité , doctrine qui implique l'athéisme y il est plus clair que le jour qu'en 1 830 le pouvoir , dont encore une fois nous ne scrutons pas les intentions et dont nous respectons l'infortune , enleva aux Français des droits légitimement acquis, et renversa de fait la Loi fondamentale, c'est-à-dire la société telle qu'elle existoit. La question dès lors n'étoit plus s'il y auroit révolution, mais si elle s'accompliroit au profit de l'absolutisme, ou au profit de la liberté. Or entre ces deux alternatives désormais inévitables , je vous demande à vous-même, mon Révérend Père , ce qui étoit le plus désirable et le plus juste en soi; je vous demande ce qu'auroient fait les catholiques du moyen-âge, alors que le sentiment de la dignité des peuples, et de la sainteté des promesses qui formoient le lien entre eux et le pouvoir , étoit si vivant dans les âmes ; je vous demande ce que les pontifes romains , choisis pour juges , auroient décidé, je ne dis pas sur les intérêts qu'ils se seroient sans doute et avec succès efforcés de concilier, mais sur le fond même du droit. Écartez de votre esprit toute préoccupation relative aux temps
et aux hommes^ et^ la main sur la cooscience, répondez.
Mais f laissant à part les conséquences purement politiques des événemens de juillet , et ne considérant que celles qui nous touchent en qualité de simples catholiques, avons-nous en effet recouvré nos droits? Vous le niez, et en outre vous faites entendre que nous ne les recouvrerons jamais. Que Dieu détourne un pareil augure ! et qu'il nous préserve de prêter l'oreille à ces prophètes de servitude , dont la parole glacée ne descend dans Tâme que pour la frapper d'un mortel engourdissement, pour y tuer, dans leur germe ^ tout courage, tout mouvement, toute espérance ! Là où vous voyez , mon Révérend Père, un nouveau triomphe du mal, nous apercevons, nous , le commencement d'une magnifique régénération , l'aurore du jour où s'accomplira cette solennelle promesse : Et erii unum ovtle et unus pastor. Oui, le catholicisme se réveille, et, hrisant ses fers, il s'élance comme un géant dans l'immense carrière qui s'ouvre devant lui : Exuhavit ut gtgas ad currendam viam. Craignez donc , craignez qu'il ne vous soit dît : Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté? n semble que vous attendiez tout des rois, et alors nous concevons comment l'espoir fuit de votre âme : pour nous, nous n'en attendons rien; mais nous attendons heaucoup des peuples qui, malgré ce qui leur manque encore, malgré la direction une et fixe dont ils sont privés et que hientôt peut-être ils recevront de Rome , quand la liberté aura prévalu , nous sem-
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blent être les instrumens choisis de Dieu pour rétablir son règne sur la terre.
Mais , pour tous faire comprendre ce que le catholidsme a gagné à notre dernière révolution, lisez la Charte du 7 août , et vous y verrez la liberté religieuse et la liberté d*enseignement stipulées d'une manière bien plus formelle qu'elles ne Tétoient dans l'ancienne Charte. Nous avons donc recouvré sinon l'exercice, au moins la reconnoissance de notre droit. Et ceci c'est beaucoup, c'est tout , car la Charte nouvelle nous fournit de plus des moyens légaux d'arriver à la jouissance effective et pleine de ce droit reconnu; et ces moyens sont principalement la liberté de la presse et la liberté d'association.
Ici vous m'arrêtez. La liberté de la presse? vous ^ sur lesquels pèsent deux procès? Oui, mon Révérend Père, deux procès nous ont été intentés ; et nous en rendons grâces aux magistrats qui , par une erreur de bonne foi sur le sens de nos paroles , nous ont fourni l'occasion précieuse de les expliquer plus clairement devant la justice du pays. Et le pays nous a entendus, et le ministère public a loué nos doctrines , et nos concitoyens , nos juges , les ont sanctionnées par leur arrêt ; et quelles que fussent les opinions religieuses de chacun , la foule qui assistoit à cette mémorable audience a salué de ses acclamations le catholicisme , qui lui apparoissoit pour la première fois sous ses traits véritables, le catholicisme romain. Qucn'avezvous, mon Révérend Père, été témoin d'un spectacle si nouveau en France ! vous n'auriez pas à regretter
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le faux jugement que vous portez d'die sur de vieux i
souvenirs qui obsèdent votre esprit et Tenveloppest i
comme d*une voile funèbre. |
Nous avons à vaincre ^ il est vrai y la résistance du j
ministère enseveli dans les traditions du de^otisme de 1
tous les régimes , et l'opposition du libéralisme per- i
sécuteur que dominent encore les préjugés de la jiùr losophie du dix4iuitième siècle. Mais le ministère ne peut^ quoi qu'il fasse^ empêcher de sortir de la Charte I
ce qu'elle contient^ ce que la volonté ferme de la ^
nation y a mis ; et à l'ancien libéralisme qu'animent \
des idées de tyrannie a succédé un libéralisme véri- S
table ^ éclairé, généreux^ qui repousse toute oppres- \
sion, et qui veut fortement la liberté réelle, une liberté égaie pour tous , entière pour tous. Unis à ce libéralisme loyal, les catholiques seront invincibles ; et déjà partout cette union s'opère. On s'est expliqué, on s'est entendu ; la confiance nait et se manifeste par des efforts communs. Voilà l'état delà France; et^ quoi qu'en puissent penser ceux qui ne la connoissent pas, quelles que soient les épreuves qui lui sont réservées encore, elle peut fixer un regard tranquille sur l'avenir qui se prépare pour elle. Pour vous qui semblez ignorer ces choses, pour vous qui n'avez encore devant les yeux que la révolution de Voltaire et de Rousseau et le fantôme sanglant de 93 , nous concevons vos terreurs, mais nous ne les partageons pas.
Je finis, mon Révérend Père, cette lettre déjà trop longue peut-être. Vous avez complètement méconnu les doctrines et travesti les intentions des rédacteurs
de revenir ; vous vous êtes permis à leur égard des imputations aussi fausses que violentes , vous êtes descendu jusqu'à l'outrage. Vous savez à quoi vous oblige, eu cette occasion, le devoir rigoureux de rhonnète homme et du chrétien. L'offense a été publique, la réparation doit l'être; et, pour user de vos propres mots, c'est à celte condition que je vous assure la continuation de mon estime et du respect avec lequel je suis
Votre trèshumhle serviteur,
F. DE La Mennais.
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