LETTRE CLV
DS ftili A UKS DVMOTS8LLB , SDR SA VOCATION k L^BTAf DE RELlGIBtJSE HOSPITALlillE.
J'avois toujours attendu , ma chère fille , la visite que vous m'aviez annoncée de M. l'abbé Poquelin en qui vous avez confiance , de qui j'aurois appris plus particulièrement vos dispositions présentes, et à qui j'aurois dit plus précisément mes pensées* Mais puis-
qu'il ne vient pas, je ne puis diâTérer de vous répondre à vous-même sur ce que vous souhaitez , comme m'intëressant kvec toute Taffëction possible à tout ce ce qui regarde votre salut et votre repos.
Je ne puis pas douter, ma chère fille, que vous ne soyëfS .appelée de Dieu , puisque vous sentez votre vocation et que vous Tavéz rendue certaine par vos bonnes œuvres, par le mépris du monde , par le goût que vous avez pris pour la retraite , et par le désir ardent que Dieu vous a donné depuis long -temps de vous consacrer à lui. Je ne doute pas non plus que votre résolution n'ait été bien éprouvée et bien aflermié , puisque v^us avez tant fait que de la déclarer ; je conçois votre cœur, qui n'est pas capable de se démentir , et j'espère que le Seigneur , qui fait naître les bonnes intentions , fera fructifier les vôtres. Les oppositions que vous trouver dans votre fi^mille ne doivent pas vous étonner. 11 n'jr a point d'entreprise de piété qui ne soit traversée qitelquefois , même par les personnes qui devroient le plus les favoriser. Les hommes ^e considèrent plus eux-mêmes que Dieu. Une fausse tendresse ou liné fausse pitié leur prend quand ils voient une jeune fille renoncer au monde, dont ils aiment les plaisirs , et dont ils ne connoissent ou ne craignent pas les dangers. Il faut un peu de patience ; tous ces obstacles cesseront , et vous serez plus confirmée dans votre pieux dessein par la grâce que Dieu vous aura faite d'y persévérer. Je suis bien aise que vous ayez choisi la profession des religieuses hospitalières , et que vous sentiez en vous un
DE FLÉCHIER. ftaJ
attrait particulier pour le service dés pauvres. Votre S9|itë ne soutiendroit pas une règle austère. La s<^itude entière ne conviendrait pas à votre esprit « qui demande un peu d'action. Le service des pauvres à son mérite 9 son occupation , son utilité , et même son austérité. Je voudrois que vous eussiez vu nos filles de THôtel-Dieu de cette ville; avec quel zèle , quelle pieté et quelle gaUé même elles, remplissent les de* voirs les plus rebutans de leur institut ! Je vous prie de croire qu'on ne peut vous souhaiter plus de bénédiction, ni faire dei .vœux plus ardens pour vous que je fais. Donnez *- nous souvent de vos nouvelles , et croyez qu'on ne peut être avec plus de zèle ni plus paternellement que je le stiis^ ma chère fille, votre, etc.
Notre croix est en grande vénération en ce pays^ Grand concours de peuple de partout. Beaucoup de miracles vrais on faux. Le véritable, et qui m'est le plus connu , est une dévotion très-édifiante.
A lîismet, ce «5 Juin 1706.