LETTRE. CCXII
COMPLIMENT A UN PREDICATEUR , SUR Ulf SERMON Qli^lL DEVOIT PRECHA ET -qu'il LUI AVOIT COMMUlfl^^UB.
Les affaires, motisieùr, qui noas retiennent ici depuis plus de deux mois et les dissipations inévitables qui les accompagnent m'ont empêche de vous renvoyer plus tôt votre cahier. Je vois aveeplaisir la noble occupation que Vous vous donnez. Vous sortirez de votre doitre comme un prophète pour aller anneacer au rôi les vérités évàngéliqoés , et prêcher Thamilité stax grands du monde. J'ai lu plus d'ube fois cette première partie de votre sermon , que ^iroas avez bien v6u1u me communiquer. Je l'ai trouvée fort propre poU( la cérémonie du jour et pour, l'auditoire du pays où. vous prêcherez. Ce que vous Ijpur direz les instruira et ne les effarouchera point. L'humilité ne leur pai^ditra pas impraticable avec les tempéramens raisonnables cpe vous avez pris *, et je suis persuadé qu'on sera satisfait de vous, et que plusieurs se reconnoitrbntdans les portraits que vous faites d'eux.
Je n'ai fait que quelques petites ratures par-ci parlât ; et, coiïlme je n'avois en maîn que cette première partie, je n'ai pu juger si elle n'étoit pas un peu trop longii^ , et j'ai présumé que quelques endroits ou quelques circonstances du mystère ou de la cérémonie de. la cène , que j'aurois souhaité voir entremêlés y
DE FLÉGHIER. ^83
eaiït dans la seconde partie. Pardénnez ma liberté,
et€f€>yeÈ-mdtrès-pàrfditement, monsieur, totre, etc. * A Qf(mtpeli£er;<ie i*j jauTier 1709.
I/ETTRE CCXUI.
DE KOUVELLE^, A M. l\bbÉ MBKARD.
J'ai reçQ depuis deux jonrs , monsieur , votre lettre du premtàr de ce moisi Elle est restée à Montpellier après mon départ des éta(s. Me yoici présentement à Ktsiiie$; oft lé froid surprenant ide la saison a fait » €btiime> partent ailleurs, de grands ravages. Nous avons' acçordévâu m tout ce qfu'il nous a démandé. Lesiaîsères sont grandes, les besoins de l'État le sont ai)ssi« {I -est difficile et pourtant nécessaire d'accom^ tnioder Tun avec l'autre. 11 n'est pas vrai que nos fanatiques remtar^t. Si de^ étrangers ne s'en mêlent, ceux du pays vivront en j;>aix. J'ai f^it depuis quelques mois' lin mandement contre l'opéra $ apparemment vous l'aurez yu. Aimez-moi toujours , et croyeZ'^moi , mousieur , parfaitement à Vdtis, etc.
A Nnmeà, ce ao f<fTrîér 1709.
LÎETTRE CCXIV.
DB CITILITB, A U. MABOUL, ROUHB ÉVBQUB d\lBT , 80R uns DB SES OBAI^NS FUNEBRES.
Me
M. l'abbé Guillot ne m'a rien appris sur votre sujet dont je ne fusse déjà bien persuadé , quand il m'a écrit
284 l^ETTHES
du bien de vous; il vous a fait moins d'honneur qu'il ne s'en est fait à lui-même, et vous pouvez lui être obligé de son amitié , mais non. pas de niion estime. L'oraison funèbre de madamô de Puberland, dont vous avez bien voiilli me faire part, m'a paru si noble 'dans ses sentinens, si juste dans ses expressions, si judicieuse dans ses louanges' qu'encore que nous l'eussions lue en bonne compagnie aux états de Montpellier, j'ai eu un plaisir nouveau de la relire et d'en faire connoitrë ici tes beautés que j'y <ïonnpissoi$« .Vous avez! donné l'éclat qu'il falloit à des vertus qui d'ellesr'mémes n'étoient pas Brillantes* Voti^ avez tiré d^ la yie d'une religieuse toute la gloire que la religion pouvoit attirer sur elle ; et , quoique vous me flattiez, d'avoir laissé , dans le genre d'écrire, à ceux qm viendront après moi quelque bon exemple, je sens iîen que je n'ai fait que vous préçédef , et que vous ne pouvez trouver en cet art de meilleur maître que Tous-méme. J'attends avec impatience, monseigneur, la satisfaction de vous voir, dan^ cette province avec M. l'abbé Gnillot, votre ami et le mien. Comme je suis le premier de vos confrères sur votre passage, je serai le premier à vous recevoir, et le^lus porté à V0U3 témoigner rattachement et le respect avec lequel je suis, monseigneur, votre , etc.
A Nismes , ce ¥% mars 1 709.
DE FLÉGHIËR. 285
LETTRE CGXV.,
SC& LA IIBCESSITB D^ASSISTfeR LBS l>AI}YRBS, PLUTOT QUB DK BAtltl DES BGLISBS. * **
J'ai reçu votre lettre , mon révérend père. Je vous accorde la permission que yous souhaitez d'absoudre un cas réservé, et de'bénir les deux chapelles de votre nouvelle église ; dont Tyine est dédiée à Saint- François, et l'autre *à Saint-Antoine 4e Padope.
Quant au secours que vous me demandez , on n est pas 'en état de vous le donner 5 les aiîmônes de l'assiette sont réduites à si peu de chose, et la misère du temps est devenue si grande qu'il ne s'y peut, rien ôter aux pauvres. Je conviens que c'est une bonne œuvre de ibâtir des églises; maisle^ pauvres, qui sont les temples vivans du Saint-Esprit, soi^t préférables. Vous ne savez pas apparemment que , du temps de monseigneur de Seguier , les' aumônes de l'asâiette étoient considérables. Les états les ont retranchées. On retiroit encore upe pensif du diocèse ; moi je' n'en retire point.
Pourquoi vous piquez-vous de la gloire d'avoir achevé votre église ? David laissa le temple à bâlir à Salomon. Ua autre le fera aUasi bien que vous-. Quelle imaginatiçn de croire ou de vouloir faire croire que vous mourrez cette année! Laissez votre vie entre les mains de la providence de Dieu. Craignez qu'il n'entre dans votre dessein autant d'amour-propre que de zèle pour le service de Dieu. Laissez cette année assister
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lés pauvres, et leur procurer du pain. Je suis, moa révéréhd père , tout à vou3 , etc.
A Nismes , ce a3 mars 1709.
LETTRE CCXVI«
SliR LA nORT DS M. LB PRIKCB DE COKTI.
Je sais, monsieur, que vous avez été sensiblement touché de la mort de M. le prince de Conti. Toute la France l'a regretté avec raison et avec justice, et vous l'avez pleuré par reconnoissance et par amitié. Il étoit ton\bé dans un état si triste et si languissant qu'il étoit difficile que sa santé se put rétablir. Son grand mérite lui a été long-temps à charge, et. je ne sais ce qu'on doit plaindre davantage , ou que ses jours soient si tôt finis , bu qu'ils aient été si peu^employés. Ses années auroient été peut-être plus longues, si elles avoient été plus heureuses. Mais enfin Dieu a voulu le sauver par les adversités et les infirmités de ce monde ; et sa patience , sa résignation et les autres vertus chrétiennes qu'il a pratiquées en mourant lui valent mieux pour son salut que les grandes actions qu'il auroit pu iaire pour sa gloire pendant sa vie. Je suis, votre, etc.
Mars 1709.
DE FiÉCHIER. 287
LETTRE GCXVII.
DB CIVILITÉ BT OB PIBTB , A M. LE rBLLBTTER, POL'R LE BBMBRCIBR 'DfJK m tes LllTBBS.
J'attendois , monsieur, avec im patience, et j'ai reçu avec plaisir lejivre qu6^ vous nTavez lait Thonpeur de . m'envoyer. Il m'accompagnera aussi bien que Yous^daiis les jours avances de mon pèlerinage , et m'2\pprendra les devoirs d'une saiute et sage vieillesse. Dieu veuille que j'en profite au milieu de mes occupations comme vgus le faites dans le sein de votre solitude! car, encore que nos giinistères soient fondes sur la charité , et que notre sollicitude regarde le sal ut des âmes , il ne laisse p^s dé naître de ces soins extérieurs une dissipation presque inévitable dans ces temps *d'agita);ion, ou une triste lassitude dans Fâge où nous sommes. Ce pays-ci est i]ort, affligé. La perte des blés que Thiver a étouffée dans x
la terre,' et des oliviers qu'il a desséchés jusqu'à la racine , a désolé toute cette province que les charges publiques avoient déjà bien fatiguée. Cette misère particulière , qui est devenue générale dans tout le royaume, nous doit bien faire*souhaiter et' demander au ciel cette paix si nécessaire au inonde, et que Pieu seul peut -lui donner. Je oe doute pas , monsieur, que du port où vous avez heureusement abordé avant les tempêtes vous ne voyiez avec douleur lès troubles et les malheurs d'un État que nous avons vu si florissant. Le Seigneur le veut ainsi. Il nous
humilie , il nous punit.. Le roi et ceux c[tii*gottYerneiit sous lui' sont 'bien à* plaindre. Î*a1 envoya à M. de BasVille l'exemplaire de ^btre livre cjui lui étoit destiné. 11 Ta reçu /et vous recevrez son.rÊp^ercimeiU presque ai?$itôt qye iè raXetu ^a goutte et ton travail \e vieilHsséht^* plus que ses années.* Youf awèz été desprtnuers à- ccmnottre et k l'acre valoir son mérite. Pepsqnn^ ne sert le roi 9vec plu^ 4e papacité, plus d'affë(;(ioniet plus dcr succès^ ^q^e luiôtNo^ voudrions bien ^uvoir nous rendre soiita^'retf ppuc quel' ques jours avec ^pus, et fiousTemplir .des reflexions que vous faites à Toimr dans votre retraite ^ mais nous sommes liés également à nos emplois^ «quoique dif* féreijs. Je prie le Seigneur qu^îf vous conserve ce que Fâge dc^i^e de vénérable, et qu'il Vbps adoucisse tout ce qu'ir peut avoir^ d'incommode. Je suis toujours avec un respectueux «atttichement, monsieur, votre, etc. ' ^ ^ * .
A IVisines, ce a8 avril 1 70g. ^ • ^ * • • .
LRTtRE CCX'VIH.
itB ClVlLfTB ET DZ PIETE, k H. Lt PEtLlTlEia
J'ai appris, ^monsieur, dans le beau livre que Vous m'avez fait l'honneur de m'envoyer, que la vieillesse ne doit pas être paresseuse , moins encore dans les evêques que dans les autres hommes ; parce qu'étant chargés de la conduite' des fidèles sujels à misères, à foiblesses, à ignorances, à dérégfemens, ils doi-
DE FLÉCHIER. aSp
vent sans cesse ou les consoler , ou les insticuire , ou les corriger. La disette , qui fait gëmir aujourd'hui presque toute la France^ a tenu tout ce pays-ci , par la perte des blë»et des oliviers, et par la mortalité même des bestiaux , dans une désolation et dans une inquiétude particulières. Les pauvres, c'est-à-dire, les peuples , ont beaucoup souffert par Fa varice des usuriers et par la crainte de la famine. Nous nous sommes donné de grands, mouvemens. M. de Basville a pris et prend encore, beaucoup de peine, et jusqu'ici le pain n,'a pas manqué, et les petits grains dans six semaines mettront le monde en repos. Qu'est devenu., monsieur, ce royaume que nous. avons vu si florissant ? J'ai cru être obligé, pour Finstruction et pour la consolation de mes diocésains et de ceux qui sont dans le même cas, de faire imprimer la lettre pastorale que je prends la liberté de vous envoyer. La paix pourroit nous faire espérer l'abondance ; il faut l'attendre du ciel. Je suis toujours avec un tendre et respectueux attachement, monsieur, votre , etc.
A NismeSy ce 3i mai 1709.