‹ Œuvres complètes de FléchierChapitre 153 sur 181 · NOUVELLEMENT RECOUVRÉES · texte numérisé non relu

NOUVELLEMENT RECOUVRÉES

A BIADAUB ***.

Fardonutez, madame, à un pauvre missionnaire .qui court la campagne depuis un mois, s'il n*a pas répondu plus lét à votre obligeante lettre. Je n'aVois pas douté que» vous n'eussiez approuvé la grâce que le roi m'a faite , et j'ai reçu totre compliment non pas comme une régularité de bienséance , mais comme une marque sincère d'amitié. Ne doutez pas aussi , madame, de ma reconnoissance, et ne croyez pas, quelque éloigné que je puisse être, que je sois perdu pour tous. Nous traiterons à loisir le» chapitre de la résidence que tous craignez, et vous verrez que dans un temps où Ton ne donne point de bulles , dans une province où Ton tient les états tous les ans , la résidence n est pas si terrible. Croyez cependant, ma- *dame, que je serai bien aise de venir vous dire de temps en temps à Paris que je suis très-sincèrement votre , etc.

A Rennes, ce 17 décembre.

Quelle joie pour moi, madame, de trouver, après le cours ennuyeux d'une visite de diocèse , une lecture aussi délicieuse que celle de vos poésies ! Je croyois n'avoir plus de goût que pour les ^ins de répiscopat, et pour les règles de la discipline de rÉglise ; mais j'ai senti que j'aimois encore les sonnets, les stances et les idylles , et 4|u^u milieu des occupations les plus sérieuses j'étois encore çap^hle d'amusement. Vous m'avez remis devantJes yeux l'image du monde que j'avois presque oublié , et je me suis intéressé aux plaisirs et aux chagrins que yons avez exprimés dans vos ouvrages. Tout y, est juste, poli , judicieux, et, poijr tout dire, digne devons. Toute malade que vous êtes-, rien n'y paroit foible ni languissant, et votre esprit devroit vous danner de la santé. Je vous témoigne ua peu tard la reconnoissançe que j'ai du présent que vous m'avez fait^ ne croyez pas que j'y sois pour cela moins sensible. Je u'avois reçu ni à Lavaur ni ici aucune marque de voire souvenir. Les lettres se sont égarées , et il faut des livres pour venir jusqu'à moi. Envoyez -m'en souvent, et croyez qu'encore que je ne vous écrive que rarenaent je suis pourtant plus véritablement que personne, madame, votre, etc.

A Nismes , ce aS mai.

• DE FLÉCHICR. 357

LETTRE m. '

Jk LA HB»B.

PotJRRiEZ-vous bien croire, madame, que je vous eusse oubliée , et aurîez-vous si mauvaise opinion de ma mémoire et de mon jugement? Si vous vous connoissez,vous savez que vous êtesà couvert de l'oubli. Vous empêchez bien le monde de perdre le souvenir de votre esprit , et tous les beaux ouvrages que vous faites tous les jours , et qui vous font admirer de ceux qui n'ont pas Thonneur de vousconnoîlrev eétretietinént dans Fespril de vos amis Testime qu'ils onl> pour vpus, quelque éloignés, qu'ils puissent être. Vous êtes hohovée, madame, dans la pnôviiioe comme à là cour, et vos vers ont des beautés qui se font estimer de l'académie d'Arles? et de Nismes aussi bien que de ceMe de Paris. Pour moi , qui ne dois plus être compté cjue pour un honnête provincial , je sens que j'ai encore le même goût que j'avois lorsque j'ëtois courtisan , et je vous admire ici comme jevous admirois à Versailles^^ Je né doute point qne M. le duc de Montausier n'ait fait connoître au roi et àmonseigneur le dauphin l'honnetrr qu'ils se feroient de reconnoitre celui que vous 'leur4*aites en les louant si délicatement. Qui ditoit^imadame, que vous fussiez 'encore malade? L'infirmité du corps vous laisse pluS' de force et de liberté d'esprit qu'on ne peut penser; et, quoique vous puissiez m'c^crire de votre mauvaise

Digftized by CjOOQ IC

358 ItETTRRS

santé , j'ai peine à croire que de si beaux vers soient rbuvrage' d'une âme chagrine. Faites -moi part, je vous prie , madame , de ceux que vous ferez à Favenir, et croyez que personne ne les estime, et n'est plus véritablement à vous , que votre , etc.

A TV^ismes, le lo janvier 1689.

, , , A LA MBMB.

C'e$t bien asàeE pour moi, madame, d'être chargé de mes propres fauteiSy sans répondre encore de celles de M. . Anisson. S'il vous faisoît voir le mémoire de&,noms que je lui ai marqués pour la distribution de tnes livres, vous y verriez le vôtre, qui d^aillenrs se distingue assez par lui-métne, écrit en caractères qui font assez conooitre combiea il m'est cher. Appa* remment il se sera acquitté de *<sa commission , car il n'est pas permis, aux imprimeurs et, aux libraires d'ignorer les homniages<[a'il^ vous doivent aussi bien que les auteurs. Envoyez >donc , de votre autorkë , prendre le cardinal Ximenës chez eux, s'ils ne Tout pas envoyé ciiez vous, et reprochez*leur ou lear wh bli , ou du moins let^r paresse: Pour moi, j'ai de grands remerciraens à vous &ire de Votre beau présent. Votre esprit ne s'épuise points et il en sort, svr des sujets ' presque sëmblaMes, dfs inventions et des grâces ton* jours nouvelles. Le repos ou je me trouve ici , près

d'une rivière où jefu^ends les bains , in'a fait recevoir votre ode avec plus de plaisir , et m'en a fait goûter les douceurs avec plus de loisir que je n*afuroïs fait dans le tumulte des affaires que la ville nous fournit. Je l'ai relue plusieurs fois, et j'en ai toujours été plus touché. Tout y est noble ^ -élevé , et , pour tout dire, digne de vous. Je vous prépare un petit présent que je vous avois promis , et qu'il n'a pas été possible de vous envoyer plus tôt , et je vous prie de croire que personne n'est plu* véritaljlenietit que ^e le suis, madame, votre , etc.

A Sommières, ce a4 jiullet.

Je û'àvcHS pas aubfiâ , madame, que je vous avoî» promis du miel de iPïarbonne. Dès que je fus arrivé de î^aris ici, j'en fis t^ier cher*, et , soit que les ab^eilles eussent été plus paresseuses qu'à Fordinaire, soit qu^on eût -enle^vë toutes lès douceurs de ce pays-là , je n'âa |»ue trouver. On me remît au mois de juin pour en avoir plus.sûremenit. J'en ai fait faire exprès par les soios de mes amis, et je crois qu'étant plus^ frais et jchoisi avec plus de soin ce miel vous sera et plus utile et plus agréable. Je vous en envoie donc un baril de vingt livres que j'ai fait donner au messager de Lyon pour ^re mis à la diligence et portiî à rhôtel de Senà, près le port Saint-Paul. J'ai donné ordre qu'on KafFrandilt de toutes sortes de-

36o LETTRES

droits et de port. Je voas prie de Tenvoyer prendre, et de me croire aussi véritablement que je le suis, madame^ votre , etc.

A Nismes , ce ^4 9oût. ^

k HADEMOISBLLE DE ****.

La négligence du .messager, de Toulouse, et le séjour de plus de deux .mois, que j'ai fait à Nîmes pour rassemblée des états de cette province ont bien retardé , mademoiselle , et la joie que j'ai eue de recevoir de Vos dernières conversations, et le plaisir de les lire , et celui de vous remercier. Il me falloit une lecture aussi délicieuse que celle-là pour me délasser des fatigues d'un voys^e, pour me guérir de Tennui des mauvaises compagnies de ce pays-ci , et pour me faire goûter le repos où la rigueur de la saison et la docilité de mes nouveaux convertis me retiennent dans ma ville épiscopale. En vérité, mademoiselle, il me semble que vous croissez toujours en esprit. Tout est si raisonnable , si poli , si moral et si instructif dans ces deux. volumes, que vous m'avez fait la grâce dém'envoyer, qu'il me prend quelquefois envie d'en distribuer dans mon. diocèse pour édifier les gens de bien et pour donner un bon modèle de morale à ceux qui la prêchent. Les louanges du roi sont partout si finement insérées, qu'il s eu feroit , en les recueillant, un excellent panégyrique.

DE FLÉGHIËB* 36l

Recevez donc, mademoiseUe , avec mon remercîment, les louanges que vous donne un homme relégué dans une province , qui n'a pas encore perdu îe goût de Paris , qui vous conserve toujours la même estime qu'il a eue toute sa vie pour vous ^ et qui est très-parfaitement , mademoiselle, votre, etc. •

A Lavaar , ce 36 décembre.

Page 1