‹ Œuvres complètes de FléchierChapitre 18 sur 181 · LETTRE XXIX · texte numérisé non relu

LETTRE XXIX

LBTTBS DOGMATIQUE SUR LB MARIAGE D^UIf PROTISTART AVEC URE CATHOLIQUE.

Puisqu'on vent bien s'en rapporter àjnon sentiment et^à Tnsage de mon diocèse sur le mariage qo'on vous propose entre un gentilhomme calviniste , faisant aetuellement profession de la rdigion prétendue r^ormée , et une demoiaelle catholique de naissance et de profession ; et puisque vous m'ordonnez dç vous mander ce que nous pensons et ce .que nous pratiquons en pareilles occasions , je vous dirai en peu de mots ce que saint Paul disoit sur un autre sujet : Ce n'est pas notre coutume, non plus que celle de l'Église : Nos talem consuetudinem non habemus , nec Ecclesia. L'Église n'a jamais permis cette sorte de mariage. Les pères et les conciles ont toujours représenté qu'il étoit difficile qu'il y eût une union de cœur véritable entre deux personnes de religions difiérentes ; que , comme elles n'ont pas la même foi , elles ne peuvent -glorifier Dieu ensemble par les mêmes prfères et par les mêmes œuvres de piété ^ que la partie catholique s'expose à être |iervertiepftr les conseilset par les persuasions de l'autrei

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qa^elle se met en danger de voir ses enfans élevés dans uni làaavaise créance , et ses domestiques for* ces à condesoendre à des pratiques d'erreur , ou de manquer aux devoirs de leur conscience ; ce qui est contribuer au péché et donner lieu à la propagation de Thérésie. Enfin ils ont toujours condamné ces sociétés qui ne se peuvent faire sans quelque mépris de la religion , et sans la profanation du mariage , que tout chrétien doit regarder et révérer cdmme sacrement. Ce sont là apparemment les raisons de votre refus , qui ne peuvent qu'avoir été approuvées par toutes les personnes raisonnables ou désintéres-

Pour ce qui concerne Tusage de mon diocèse , il est vrai que, dans le.temps que la religion prétendiie réformée avoit ses exercices libres dans le royaume , et qu'il ne se trouvoit que peu de familles catholiques dans rGsmes , on y a sonfiërt quelqves-uns de ces mariages qui subsistent encore aujourd'hui ; mais ça été une liberté , ou plutôt une licencp que par des raisons politiques on a tolérée. Les évéques n'y ont jamais consenti. Mes prédécesseurs s'y so«t opposés autant quib ont pu , mâme par voie d'exoommunication et de censures ecclésiastiques» Et èi les ménps cas furent arrivés^ depuis que f ai Thonneur d^ remplir leur siège ^ je me seroîs ténu obligé d'avoir k même exactitude qu'eux. Présentement que i'édit de Nantes est aboli et qu'on ne sDu£fre plus en France d'autre exercice public de religion que celui de la catholique/ih>uflPsuivons les règles que l'Église i

prescrites po«r les mariages. Nous regardons- les noa* veaux convertis comme un peuple aeqnfs( et rentré dans notre communion par l'abjuration qu'ils oiit faite de leurs erreurs. Neusles obligeons d'aller auvent, durant un certain temps^, chez leur- curé pour être instruits <îe nos mystères et du sacrement qu'ils vont isecevoir-, d'assister au sermon et à la messe; de se présenter au tribunal dé la pénitence, et de donner des marques de leur conversion par ces pratiques ordinaires de la religion cathc4ique. Enfin ^ nous prenons toutes les précautions possibles pour les disposer à se marier m domino , selon le terme de l'apôtre , c*est-à*dire, chrétiennement. Que si quelqu'un faisoit profession ouverte de calvinisme ; si je * savois qu'il n'eût point fait d'abjuration ; s'il me disoit qu'il neerok pas à quelque article denotrq créance; s'il refiisoit de faire le*s fonctions de catholique , je le tiendrois indigne de la bénédiction ecclésiastique et incapable de recevoir la grâce du sacrement , et je ne consentirois pas que le prêtre les épousât. Voilà la <tiscipline que j'observe dans mon diocèse. Je sais bèen qu'il faut se défier de ces dispositions apparentes dans les^ nouveaux convertis 5 que leur foi est bien souvent feinte et dissimulée -, et qu'il est à craindre qu'ils n'aient» dans lé cœur d'autres sentiii|6ns que ceux qu'ils font paroître au dehors 5 maisil n'appartient qu'à Dieu de connoître ie cœur et déjuger des dispositions intërieures ^e l'homme. Je reviens donc à la difficulté que vous faites de permettre le mariage qu'on vous propose dW caLviftiste'avec une catho-

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liqiie. Je Ja trouve très^bien fondée -, j'en userois niùsi selon mes petites lomiëoss , et je ne crois pas qaa nous puissïops consentir à ces sortes d'alliances contraires à Tordre et ^ Thonneur de FEglise, moiqs encore dans un pays'comme.Ie vôtre , de tout temps entièrement catholique , ou le coHfoile de Trente est reçu^ et obsei:vé dans toute sa discipline , et où apparemment on n a. jamais vu de tels exemples... Vous n'^tviez pas besoin, de ces ëclaircissemens , vous qui savez si bien Içs règles et les usages de TÉglise ; mais vous avez voulu , par bonté et ponr vous délivrer .des pressantes sollicitations qu'on vous fait , vous en remettre à ma décision , ou pluldt au témoignage qae je vous rends des pratiques de mon diocèse , qui sont conformes à celles de toute FÉglise, et répondre par là à ceux qui vous ont.allégué des abus autrefois tolérés en ces pays-ci , que les évéques n'ont jamais approuvés comme une coutume et une discipline permise, à laquelle nous consentîoii^. Je vous demande pardon de la longueur de ma lettre , et je suis , avec un sincère et respectueux attachement , votre , etc

ATÏismes/oe 17 feVrier 1697. • •.

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