LETTRE LXXXIX
BC CIVILITÉ BT DE FBLICITÂTI05 A M. DB YILALBA y VIGAIRB GBKBBAL' DB MOSSBIGNBIIB I«\BCHBVPQIIE DE SABAGÛSSEi ^
Vos lettres, monsieur joiit toujours un nouyeL agrément pour moi, puisqu'elles me renouvelleot Je plaisir que j'ai de recevoir des marques de voire, souvenir et de votre amitié, qui me sera toujours précieuse. Je vois par celle de monseigneur rarchevêqUe qu'il jouit d'une parfaite santé , et qu'il m'honore de ses bontés ordinaires ; ce sont deux choses qui font mon ambition et' qui remplissent mes premiers désirs^ aussi sont-elles une partie d0s vœux et des demandes que je fais à Dieu dans ces jours de fêtes. Les nouvelles guerres, après nous avoir occupés durant six mois, nous donnent enfin quelque relâche ; chacun se repose de ses fatigues et se prépare à les reprendre au printemps. M. le duc de Savoie implore toute sorte de secours et de protection , et personne ueTeuC se fier à lui. Les Hollandais ne sont pas contens de l'empereur ni du prince Louis de Bade. Un coup de vent a causé dans leur pays , aussi bien qu'en Angleterre, des dommages incroyables, des brisemens de vaisseaux, des inondations de villages, des subinerMons de peuples et des débris de naufrages dans tons les rivages de l'Océan. Gela a fort étonné Parchiduc, et lui a donné de très-mauvais augures pour sa prétendue royauté. Vous avez su que M. le
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duc de Bavière a pris Augsbourg, et qu'il va assiéger Passau. L'AlIemagae est bien abattue, et Tempereur n est pas sans inquiétude. J'espère que vous mettrez le Portugal à la raison , et que vous le punirez d'avoir osé se déclarer contre deux couronnes, dont l'une Ta élevé et l'autre pu le détruire. Je suis bien aise que vous ayez connu M. le cardinal d'Estrées ; c'est un esprit élevé , vaste et pénétrant , capable de grands emplois et de grands desseins, à qui l'âge a donné beaucoup d'expérience, et n'a rien diminué de sa vivacité ni de son courage ; il est arrivé à la cour. Je vous prie de me conserver toujours quelque part ea votre bienveillance , et de me croire avec tout l'attachement et toute la considération possible , monsieur, votre, etc.
A Montpellier, ce a4 décembre i^oS.
DE CIVILITÉ ET D'^lKST&UCTJOn , A MESDAMES BOCAUD, RELIGIErSES CASVLIKES.
Je reçois, mesdames, comme un heureux augure pour Je cours de cette année , les souhaits que vous faites que je la passe tranquillement. La connoissance que j'ai de la sincérité de vos vœux et la confiance que je dois avoir en vos prières me font espérer que le ciel vous rendra enfin le calme et le repos, après les peines et les agitations que nous avons essuyées. Toutes les communautés religieuses ont intérêt de demander à Dieu la fin des troubles qui désolent cette
DE FLÉGHIEB. iSq
province-, la vôlfe.y est encore plus intéressée qne d'antres. On ne peut obtenir ces grâces que par la patience et par le bon usage qu^on fait des calamités publiques et particulières ; elles doivei^ obliger ati détacbement du monde celles surtout qbi 7 ont déjà renoncé. Elles sont propres à mortifier Famour de nons-mémes, et à inspirer Tesprit de componction et de pénitence > non par les appréhensions des peines de cette vie , mais par les craintes salutaires des ju-* getnens de Dieu. Je ne doute pas que les réflexions que vous faites sur les malheurs du temps où vous vous trouvez enveloppées ne vous affligent , mais il ne faut pas qu^elles vous abattent 9 Dieu n'abandonne pas ceux qui le servent. 11 fera naître , quand le temps marqué par sa providence sera arrivé, la paix de la guerre même, et nous ouvrira les chemins pour vous aller consoler, vous demander la continuation de vos prières, et vous dire que je suis toujours véritablement et paternellement à vous , et à toute votre communauté, mesdames, votre, etc.
A Montpellier, ce 3 janvier 1704.