‹ Œuvres complètes de FléchierChapitre 62 sur 181 · LETTRE LXXXVIII · texte numérisé non relu

LETTRE LXXXVIII

»S BSMBftctMBKT ST DE PSLICITATIOH^ A MOHSBIGIIBUR L^BCBBVVQUB DB 8ARAG08SB.

Je viens de recevoir à Montpellier, monseigneur, où les États de notre province sont assemblés, la

DE FLÉGHIER. l35

lettre de votre excellence , à roccasion des saintes fêtes de la naissance dn Sanveur. C'est une consolation bien sensible dans le temps de tribniation où nous sommes d'être honoré du précieux souvenir, et favorise des vœux et des prières d'un prélat qua le ciel a comblé de ses don^, et que ses honneurs et ses dignités ne rendent pas plus vénérable que ses vertus apostoliques. Jugez, monseigneur, quelle doit être ma reconnoissancë et le désir de mériter vos bontés par mes services , ou du moins par les vœux ardens que je fais pour la prospérité et pour la conservation de votre excellence , à laquelle toute l'Église s'intéresse. Nous avons eu de grands sujets de louer Dieu durant le cours de la campagne passée. Il a béni les armes des deux couronnes , et nous a fait sentir plusieurs fois le plaisir que donnent les victoires qui sont les fruits de la justice , tandis qu'il a confondu les projets des hérétiques et de ceux qui les favorisent , étant le courage à leurs troupes et le conseil à leurs capitaines , et se jouant ^e cette flotte formidable qui menaçoit les mers et les terres, et qui s'est retirée avec la honte d'avoir consumé sans succès des dépenses excessives de la Hollande et de l'Âligleterre. Les vents viennent encore de la dissiper jusque dans leuES ports, et de briser ces navires orgueilleux destinés à porter en Portugal l'attirail d'une guerre injuste. Le duc de Savoie se donne des mouvemens inutiles, et, selon toutes les apparences, sera bientôt réduit à demander la paix qu'il a si indignement violée. Cependant le duc de Bavière

l36 LETTRE»

prend des piaoes dans le cœur de l'empire, au milieu même de l'hiver, et, couvrant son pays, s'ouvre le chemin dans les États de l'empereur. Tout semble se préparer pour le printemps prochain à une nouvelle ^oire. Nous apprenons le zèle des grands et des peuples de votre monarchie , et les protestations sincères d'une fidélité inviolable qu'ils font à leur roi légitime. Nous connoissons la prudence et la valeur de la nation , quand elle combat pour sa religion et pour son prince. Nous savons que vous avez de bonnes troupes et de bons chefs ^ et^par-dessus tout la protection du Dieu des arméejp, auquel nous nuetlons notre principale confiance. Je ne doute pas, monseigneur, que votre excellence n'ait fort regretté le départ d'Espagne de M. le cardinal d'Estrées ; il pouvoit y être utile par la. connoissance qu'il a des cours et des affaires de l'Europe, par la sagesse et la vigueur de ses conseils, et par cette supériorité de génie qu'un heureux naturelet une longue expérience lui ont acquise 5 il est arrivé à Pari$, et il y cherche un peu de repos. Je vous souhaite, monseigneur^ une santé parfaite, et suis avec un parfait dévouement et ^ne vénération profonde, monseigneur, d« votre excellence, etc.

; A Montpellier, ce 24 décembre 1703;.

DE FLÉCHIER. lin

Page 1