LETTRE XCII
^ DK CIVILITÎ , A MADAME LA t^aiSIDBlITB DE MARBOEOF.
Il n'y a personne , madame, de qui je reçoive les souhaits avec plus de plaisir , et pour qui j'en fasse plus volontiers que pour vous, soit dans le commen-
DE FLÉGHiER. l4l
cernent , soit dans le cours des années -, il me semble que le ciel vous doit écouter, et que ceux dont vous désirez le bonheur ne peuvent manquer d être heureux. Je sens bien aussi que personne ne s'intéresse plus que moi à ce que vous souhaitez le plus , je veux dire votre salut et votre repos , et que nous- avons sujet de nous réjouir des grâces que Dieu vous a faites, et d'eispérer qu'il vous fera celles dont vous pouvez avoir besoin.... Nous sommes encore dans]a*désoI:H tien où les fanatiques nous ont réduits^ ils jie sont pas moins révoltés qu'auparavant, mais ils tuent moins , soit parce qu'il ne leur reste pas de monde à égorger à la campagne, les catholiques ayant été ou tmis égcH'gés ou tous réfugiés dans les villes, soit parce qu'ils attendent des secours de la Savoie, ou qu'ils veulent prendre les subsides et non pas la religion pour prétexte de leur révolte. Quoi qu'il en soit, nous sommes toujours comme bloqués dans lios villes, sans oser en sortir. Dieu veuille finir ces 'maux et nous laisser enfin la liberté de vous aller revoir à Paris^ ce sera une grande consolation pour moi , si cela arrive. NosÉtatssont encore assemblés jusqu'à la fin du mois. Nous sommes ici un peu plus tranquilles qu'en Bretagne-, et, quoique nous donniorfs peut»-étre un peu plus d'argent, nous le donnons dans ces pays plus chauds d'un plus grand sang-froid que dans les vôtres. Je vous prie de continuer à nous honorer de votre amitié , à nous aider de vos prières , et à me croire le plus parfaitement du monde , madame , votre , etc.
^ Montpellier, ce lo janvier 1704.
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LETTRE XCHI.
DS COUPLIHBST BT DE CIVII.ITfi ▲ M. LZ YICOMTB DX LA CHA8SB.
Ce sont de bons commencemens , monsieur, et de bons présages d année que de nouveaux témoignages d'une amitié oomme la vôtre. Si je n'ai pas ]e plaisir de pouvoir raisonner avec vous comme je faisoisil y ai quelques mois^ je vous rends du moins souhaits pour souhaits, vœux pour vœux, et je demande au ciel pour vous meilleure santé , meilleure fortune ^ ou la vertu nécessaire pour vous passer de Tunet de l'autre. Vous me donnez une grande idée du jeune prédicateur dont vous me parlez , monsieur 3 il £siut bien qu'il soit digne de votre estime, car vous êtes bon juge, et vous aimez à dire vrai. Je ne doute pas que le temps et l'exercice de la chaire n'augmentent beaucoup ses talens , et qu'il ne soit appelé à des auditoires plus augustes que celui oà vous l'avez vu. J^aurois un graod plaisir de Voir entrer dans la vigne duSeigneur de tels ouvriers évangéliqnes. Vous qui les voyez , apprenez m'en quelquefois des nouvelles , et croyez-moi avec un parfait attachement, monsieur, votre, etc.
A Montpellier, ce la jauTier 1704.
DE FLÉCHIER. l43