‹ Œuvres complètes de FléchierChapitre 69 sur 181 · LETTRE XCVII · texte numérisé non relu

LETTRE XCVII

»X PIBTB k VS CtBB, AU 8UJBT DBS FBàTBUKS CàOftBXS FAM I.B8 FAZIATIQDBS.

Il m'est bien sensible de ne pouvoir tenir ni confé-' rence ni synode , et de ne reconnoître plus ni brebis ni pasteurs avec lesquels tout commerce me paroit rompu. Quand est-ce que les voies de Sion seront libres à ceux qui veulent venir aux solennités? Quand est-ce que le Seigneur rassemblera les dispersions d'Israël? Quand est-ce que la parole du Seigneur sera déliée? Ce sera sans doute quand nos péchés cesseront. Je suis bien aise de savoir les consolations que Dieu vous a données cette quinzaine de Pâques. Dominus morti/îcat et vwifîcat. J'y prends la part que je dois, et je loue le Seigneur de ce qu'en nous frappant même il ne nous abandonne pas. Vous devez contenir les catholiques armés. Ils doivent combattre et faire les guerres du Seigneur , non pas piller les amis et les ennemis. Nous allons voir une nouvelle scène et de nouveaux acteurs, et peut-être des projets nouveaux. Il faut renouveler nos vœux et nos prières, et rallumer notre zèle. Je parlerai à M. le maréchal 4^ Villars. Donnez -nous de vos nouvelles, et croyez -moi, monsieur , de tout mon cœur, etc.

A Triâmes, ce lo ayril 1704.

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LETTRE XCVIIL

SUR LUS MAUX DX LA RXLroiOn XT LKi HALHKUE8 OK8 PS<irLKS| A nADAMK LA IIAXQUI8X DX 8KXKCTKXXK.

Que Vous êtes heureuse , madame , de vous être tirée de Tennui et de la sujétion du couvent, d'avoir trouvé une retraite aisée et libre , d'être logée commodément, et ce que j'estime par- dessus tout , près de madame de Guénégaud! Quelle douceur pour vous et pour elle de mener ensemble une vie pieuse et tranquille, de prier le Seigneur que vous avez à votre porte , de parler quelquefois du monde , dont les nouvelles Vont jusqu'à vous, d'avoir le plaisir de vous trouver sans avoir la peine de vous chercher , et d'être enfin , ce qu'on appeloit autrefois, des amies de toutes les heures ! Jouissez long-temps l'une et l'autre d'un repos que le ciel vous donne et que vous avez mérité, et faites -moi la grâce de souhaiter, ou qu'il m'en arrive un pareil , ou que je puisse aller prendre part au vôtre.

Vous avez raison de me plaindre dans la triste situation où je me trouve ici depuis près de deux ans , voyant les nouveaux convertis de mon diocèse qui, comme vous savez, sont en grand nombre dans la ville et dans la campagne , que j'avois instruits , servis, assistés, traités avec beaucoup de douceur et de charité depuis leur conversion , presque tous entièrement pervertis et devenus tout d'un coup enne-

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mis de Dieu , du roi , des catholiques , et surtout des prêtres. L'exertice de notre religion est presque aboli dans trois ou quatre diocèses, plus de quatre mille catholiques ont été ëgorgës à la campagne, quatre* vingts prêtres massacrés , près de deux cents églises brûlées. Voilà Vétat de Tafiaire en général.

Pour nous , nous sommes dans une ville où nous h^avons pointMe repos ni de plaisir , non pas même de consolation. Quand les catholiques sont les plus forts, les autres craignent d'être égorgés; quand les fanatiques sont en grand nombre près d'ici, les catholiques craignent à leur tour. Il faut que je console et que je rassure tantôt les uns, tantôt les autres. Nous sommes ici comme bloqués, et Ton ne peut àortir de la ville cinquante pas sans crainte et sans danger d'être tué 5 il n'est pas permis de se promener ni de prendre l'air. J'ai vu de mes fenêtres brûler toutes nos maisons de campagne impunément. Il ne se passe presque pas de jour que je n'apprenne à mon réveil quelque malheur arrivé la nuit. Ma chambre est souvent pleine de gens qu'on à ruinés , de pauvres femmes dont on vient de tuer les maris, de curés fugitifs qui viennent représenter les misères de leurs paroissiens. Tout fait horreur, tout fait pitié 5 je suis père j je suis pasteur ; je dois soulager les uns, adoucir les autres , les aider et secourir tous. On a défait une grande troupe de ces rebelles , et l'on croit que tout est fini. On se trompe, les esprits sont si gâtés que leurs pertes ne font que les irriter. C'est là mon état et mes occupations. Quelquefois de vos nou-

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velles et de celles de notre fidèle et vertueuse amie j TOUS me devez cette consolation. Je grossis mon paquet de deux lettres pastorales qui vous feront mieux connoitre nos malheurs^ et je vous prie de croire qu'on ne peut être plus parfaitemeat que je le suis , madame , votre , etc.

A NismeSy ce 27 ayril 1704.

LETTRE XClX.

COMrUUIRT A M. L^ABB^ AR8BLHK , PRXOICATSUE OKDINÀIRB BU KOI , 8im LB PRXSBUT DB 8B8 ORAISONS 7L'llàBBBS.

Ce n'est pas un présent que vous me faites, monsieur, c'est plusieurs, quand vous m'envoyez le recueil de vos. oraisons funèbres. Chacune a son mérite e.t son prix à part, et toutes ensemble font un trésor que je conserverai chèrement, comme des productions de votre esprit et des marques de votre amitié. J'ai eu le plaisir d'assister à quelques-unes quand vous les avez prononcées , et je leur ai payé sur-lechamp le trH)ut de l'approbation qui leur étoil dû. Je lis les autres et je vous envoie mes applaudissemens ; ils sont sincères aussi bien que l'estimé et la considération avec lesquelles vous savez que je suis;^ monsieur, votre, etc.

ANismes, ce 4n>Ai 1704»

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À M. X»S GÀLVI$SO!f ,' SVR VV COHMEKOMBRT »S RBGOClATIOIf AVKG LIS PAKATIQUK».

On aura sans doute appris à la cour, monsieur, les espérances que nous avons de voir enfin finir nos maux. Frère Cavalier, général des fanatiques, semble vouloir entendre raison4 II a député à M. de la... un de ses plus affîdés et plus scélérats officiers. La négociation s'est liée, l'entrevue s'est faite à un pont. Cavalier à la tête de sa troupe de trois à quatre cents, d^ttit il y en avoit environ quatre-vingts à ckevaL M. de la... n'avoit que vingt dragons, et s^est approché d'eux avec tant de résolution qu'à force de leur marquer de la confiance il leur en a donné pour lui. La conférence avec Cavalier a duré une heure et demie. Les raisonnemens du pdysan sont assea grossiers et sauvages, quoiqu'il soit prédicateur, prophète et général d'armée ; mais il ne laisse pas d avoir un bon gros sens qui va à ses fins. Il a fait diverses propositions qu'on envoie à la cour, dont vous entendrez parler. Il demande surtout de sortir du royaume avec sa troupe, ce qui sera fort agréable à tout le pays. Il y a cependant trêve de part èl d'autre jusqu'au retour du courrier. Ces gens battus à l'affaire de Nages, ayant perdu leurs meilleurs hommes et leurs armes, n'espérant plus de secours, ayant peine à. trouver des vivres, ennuyés de leurs

DE FLÉCHIËR. tSi

continuelles fatigues, se voyant serres par la dispo-' sition et par le mouTement des troupes du roi , voyant, luire un rayon d!espërarice de pardon qu'on liur O0roit , et craignant les rùdès poursuites dont on les menaçoit) ont enfin fait réflexion à leur ëtàt. ClaV2H lier a eu peur d'être abandonné et d'être livré. Les autres pays ne rie^nuent point pour lui. On lui a caché quelques-^As de ses amis. Là cabale n'a pas cru pouvoir Içs soutenir davantage*, voilà ce qui . pourra nous procurer du repos. Nous ne chantons pas encore victoiie; nous nous réjouissons cepen-^ dant. Cela pourra peut-être vous inviter à venir ici , où je serai r^ivi de vous dire qu'on ne peut être plus parfaitement, etc.

A Nismes , ce iS mai 1704. l

»K COirSOLàTIOR Kt D^IKSTAIICTION ▲ L& SOfBUft AKciLlQUE DU SAIM- XSPiaT OK CàHA&BT , SUR SS8 MAI<AD1KB.

J'ai reçu votre lettre avec plaisir, ma chère sœur, parce qu'elle me donne de vos nouvelles, mais en même temps avec chagrin , parce qu'elle m'apprend que vous êtes incommodée. Je ne doute pas que l'austérité de votre règle et le changement de vie, auquel on est long-temps à s'accoutumer, n'aient fort éprouvé et affoibli votre tempérament ^ mais le même courage qui vous a fait entreprendre cette profession de retraite et de pénitence, vous en fera supporter les

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difficultés. Il faat porter sa croix si Tôa ne peut arec joie du moins av^c patience. Les maladies sont des ailQQuctions touchantes, parce qu'elles mortifient le corps et Tesprlt, et rendent une religieuse incapaUe deiaire tout le bien qu'elle voudroit, et'qu'elle seroii obligée, de faire selon son état. Mais cet état de souf* france, quand on en fait unisaînt^^age par un esprit de eonformilië et d'union avec Jëst^Christ souâfrant et crucifié, tient; lieu de tous les /autres devoirs de religion. Je suis per$ua*dé que Ja charité çt TaJOTection que votre mère abbesse et tO)ite la communautë piit pour vous , vous sont d'Une- grande consolation et d'un grand secouirs. J'attribue à Ipurs bonnes prières le repos dont nous espéron^jouir par la sou* mission où se sont mis les fanatiques, implorant la clémence du roi , et s'offrant à le servir ou à sortir du royaume. Louez-en le Seigneur , continuez-moi vos prières, demandez pour moi celles de vos chères sœurs, et croyez-moi avec toute l'affection possible» ma chère sœur, etc.

A liâmes ^ ce i8 mai 1704^

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