‹ Œuvres complètes de FléchierChapitre 83 sur 181 · LETTRE CXXI · texte numérisé non relu

LETTRE CXXI

DE CIVILITÉ POCR LE COMMEMCEMBRT DE lVnRBB, ET DE HOVTELLBS StfE LES AFFAIRES PUBLIQUES, A M. DB FRBJU8.

Apres vous avoir rendu , monseigneur, vœux pour vœux , souhaits pour souhaits à ce renouvellement d'année , agréez que je vous témoigne là joie que nous avons d'être tranquilles , et le chagrin où nous sommes de voir partir M. le maréchal de Villars. Il a pour lui la satisfaction de laisser la province calme. On ne tue plus , on ne voit plus de gens armés , on voyage sans danger et sans escorte^ ^t, quoiqu'on ne puisse répondre de l'avenir dans un pays aussi variable que celui-ci , on peut espérer présentement que nous jouirons de ce repos cqmme vous nous le souhaitez. Les gens de la campagne commencent à ouvrir les yeux, et^paroissent résolus de manger leur pain , et de dormir à leur aise dans leurs maisons. Les rebelles même sont las de mener une vie si difficile et si dangereuse, et se rendent à tous momens. Nous avons vu paroître

ici tous leurs prédicateurs et leulrs prophètes ^ plus gueux et plus fous les uns que les autres, qui $ont allés heureusement porter dans les pays étrangers leurs extravagances et leurs misères ; ainsi M. le maréchal de Yillars a sujet d'être satisfait d'avoir sauvé la vie à une infinité de gens de: bien , et d'avçir même épargné le sang de tant de rebelles. Les états^i ont fait un présent de douze mille livres, et à madame ia maréchale un de huit mille, avec tous les éloges qu'ils ont mérités, car ils ont gagné le cœur de tout le monde. Je suis persuadé, monseigneur, que cela vous fera plaisir. Nous aurions bien désiré qu'il eût commandé Tarmée sur la Moselle, où il auroit pu briller davantage *, mais qui sait ce qu'il faut désirer dans l'état où sont nos affaires? Vous allez à Paris ; j'y irois bien volontiers au&si , mais je crains" et je ne doute presqçe pas que le troupeau -n^ait encore besoin du pasteur. En quelque endroit que je sois , je suis avec un attachement çt un respect très -sincères, monseigneur, votre, etc.

A Montpellier, ce 8 janvier 1705.

LETTRE GXXII.

DB PIBTB BT D^lNSTllIlCTIO»^ ▲ LÀ •OKCR ABGiLIQOB DU SAINT-BSPBIT.

J'a.1 reçu votre lettre , ma chère sœur, depuis quelque temps , avec beaucoup de plaisir d'apprendre de vos nouvelles , et j'y aurois déjà répondu, si les affa^ires de la province dont nous sommes chargés dans ces

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commencemens d etàts ne nous avoient entièrement occupés. Je me sers donc de mon premier loisir pour TOUS* témoigner Fintérét que je prends à tout œ qui vous regarde, et le désir que j'aurois de pouvoir contribuer à votre 'sanctification et à la tranquillité de votre esprit , connoissant fes bonnes intentions que vous avez ije vous perfectionner dans l'état que vous a¥ez si généreusement et si pieusement embrassé. Le père Picot , en passant à Nismes après la visite de votre monastère, me parla devons, à la vérité d'une manière qui me donna beaucoup de consolation, louant votre zèle pour la religion, -votre exactitude dans les observances de la règle et votre patience dans vos maladies. Il me fit entendre qu^vous aviez quelques peines d'esprit, et qua vous 'n'étiez pas pas assistée comme il l'auroit souhaité dans ces petites inquiétudes spirituelles qui ti'oublent pourtant votre repos, etpréjudicient même à votre santé. Il nes^xpliqua pas davantage, et je ne voulus pas pénétrer plus avant dans des secrets de conscience. Ainsi , je vous écrivis en général qu'il falloit servir Dieu en simplicité de cœur, qu'il étoit à propos de recourir souvent à sa miséricorde avec confiance, de le regarder comme un père qui aime ses enfans avec leurs défauts même , quand ils ne sont pas volontaires ; et qu'il n'y a rien qui soit si cojitraire à la solide dévotion que ces troubles et ces tentations de scrupules' mal fondés. Il faut corriger ce qu'il y a de défectueux et de trop humain en nous. Du reste, il faut se donner la paix à soi-même. Vous aimez votre supérieure, et

D£ FLÉCHIER. l8l

(M)urquoi non? elle le mérite par sayertu, parles soins qu'elle a de vous porter à Dieu paf ses discours, par ses exemples , par ses secours. Quand vous ai'én direz davantage , je vous donnerai nfon conseÛ , et serai toujours avec une affection patedrnelle, ma chère sœur, entièrement à vous , etc.

A Montpellier y ce lo janTiér 1705.

LETTRE ÇXXHI.

' DJK8 AYAKTAGSS DB Lk &BTEA1TB, BT DB L^ TABITB DU MOBDB , •4 M&DAMB LA HABQCISB DB SBHBCTBVIB.

. L'heuheux commencement d'année pouf moi > madame y puisque je reçois ^es marques«de votre souvenir et de la copfiance, dont vous m'avez toujours honoré ! Je comprends , par votre lettre , que votre santé est bonne, que vous êtes toujours unie d'une étroite amitié avec une dame qu'on ne sauroit assez aimei^ et estimer », et qu'ayant eu chacune votre part des tribulations de la vie vous vous servez de consolation l'une et l'autre d^ns vos solitudes , et dans les exercices d'une piété commune. Je ne puis que louer le dessein que vous avez pris de vous retirer. Il y a long*temps que je vous ai vue désabusée et dégoûtée du monde , aussi: bien que votre amde^ les traverses et les agitations rudes et longues vous ont assez fait sentir ses vanités et ses inconstances ; et , comme vous êtes plus capables dé réflexions , et plus attentives à votre salut que d'autres, vous avez aussi plus souvent

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connu les motifs et cherché les moyeas de faire un heureux et solide retour du c^té de Dieu. Je vous plains, "madame, ^i'avoir perdtf M. le curé de Saint^^ JsQcques et le père fiburdaloue , qui étoient des guides éclairés et fidèles qui eussent pu par leurs conseils vous mettre dans les voies d'une prudente et sûre retraite. Que ne suis-je assez près de vous pour pouvoir vous être de quelque usage , ou du moins de quelque consolation dans Texécution d'un projet de séparation du monde, qui ne laisse pas d'avoir ses difficultés, quelque résolution qu'on en ait prise ! Je prie le Seigneur qu'il vous conduise lui- même dans le lieu que vous aurez choisi.' Ayez la bonté de nous en donner quelque connoissance , afin que je puisse vous demander quelquefois de ^ros nouvelles, et vous assurer qu'on ne peut être plus parfaitement que je le suis, madame, votre, etc.

A Montpellier, ce aa janvier 1705.

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