CHAPITRE XV
T A-T-IL QUELQUEFOIS SUR LA LUNE DES ESPACES, GRANDS PETITS, LUMINEUX PAR EUX-MÊMES? T A-T-IL A LA SURFACE NOTRE SATELLITE DES VOLCANS EN IGNITION? L*ATMOSPHÈR£ LA LUNE (si cette ATMOSPHÈRE EXISTE) EST-ELLE SILLOi PAR DES ORAGES?
Les questions qui forment le titre de ce chapitre fa^^p posées dans la Notice que je publiai avant réclipao«^(^ 1842 et qui forme le commencement de la Notice actu6|j^ Elles dérivaient des anciennes observations de Halleyi Louville, de don Antonio de UUoa, etc., que j'ai lÉ^ pelées précédemment (cbap. v, p. l/j-i).
Pendant l'éclipsé totale de 1778, UUoa, Aram Wintuisen, ainsi que je l'ai rapporté, virent di«— .^^ région nord-ouest de la Lune, un point lumineux Aj brilla successivement, comme les étoiles de quatrième troisième et de seconde grandeur. UUoa expliqua observation d'une manière singuUère : il croyait aperçu le Soleil au travers d'une fissure du globe h dont la longueur totale, d'après le calcul de Lî n'aurait pas été de moins de 109 lieues (ch. vi, p. il
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Quoique robservation des deux officiers espagnols , en 3t que faite sur un vaisseau en mer, n'eût pas été admise • les astronomes avec une entière confiance, chacun Bpressa, le 8 juillet 18&2, de rechercher si quelque ■ière semblable à celle de 1778 ne se montrerait pas idedans et tout près du contour circulaire et obscur de fee satellite.
Il Perpignan, malgré la force de nos lunettes, nous ne tes absolument rien de pareil. Je ne trouve, non plus, «me observation de cette nature, ni dans les notes que
Eugène Bouvard m'a remises, ni dans celles de ^etit.
k Pavie, M. Baily n'aperçut sur le disque lunaire km point lumineux fixe.
k la Superga, M. Airy ne fut pas plus heureux. ^ilà bien des résultats négatifs ; j'arrive maintenant |te citations toutes contraires.
|kL*un de nous, disent MM. Finaud et Boisgiraud dans p Mémoire , a> vu très-distinctement apparaître tout à j^y vers le milieu de l'éclipsé totale, un point brillant bore d'une vive scintillation circulaire, qui est resté |hriableinent fixé dans la région sud-sud-est inférieure,
ju à gauche du diamètre vertical, près de la circon-
ice du disque. Ce point brillant n'a disparu qu'un
int avant la fin de l'éclipsé totale. » passage laisse beaucoup à désirer. Celui des quatre rateurs de Narbonne qui vit le point lumineux ne
fpas manquer de faire part à ses collaborateurs, de
irition dont il venait d'être témoin. Alors, pourquoi
dire si après cet avertissement de l'observateur
privilégié, le point brillant entouré d'une vive scint tion circulaire continua à rester invisible pour les autres observateurs? Il est présunoable que, voulant mettre à l'abri de toute cause d'erreur, Tobservateur découvrit le point rayonnant essaya de le voir aussi a! une, au moins, des trois autres lunettes placées sous main; on n'aurait pas dû omettre une circonstance essentielle. Ces explications eussent peut-être emp< des esprits difficiles, de regarder à tort une obsem»^ tion précieuse comme un simple efifet de quelque illn*"*^ d'optique.
La figure que MM. les professeurs de Toulouse oi donnée place le point rayonnant à une distance du du disque de la Lune, égale à environ le septième rayon. Celte position, en la supposant exactement tra( ne pourrait pas se concilier avec l'explication de Antonio de Ulloa : elle exigerait que la Lune fût p( d'outre en outre, d'un trou dont la longueur ne saui être admise. Ce trou, à raison de sa position vers le de la Lune, se serait d'ailleurs projeté sur le Soleil, de minutes après le commencement de l'éclipsé, et n'aurait cessé de correspondre à cet astre qu'après la de l'obscurité totale. Le point rayonnant eût donc visible pendant une cinquantaine de minutes, ^
A Barcelone, suivant ce que M. Presas m'a écrit, ud médedn, don Pedro Vieta, annonça qu'il avait vu W trou d'Ulloa vers la partie inférieure de la Lune. W lumière qui passait par ce trou était aussi intense qa* celle du Soleil; le trou, d'après M. Vieta, était courbe. Il fut visible , un quart d'heure après le moment (ta
. conjonction des deux astres, pendant trois minutes.
Je ne devine pas comment M. Vieta a pu reconnaître je le trou était courbe. Je dois faire remarquer que le ©u d'UUoa était dans la partie supérieure et non dans la tgion inférieure de la Lune; j'ajoute, enfin, que don lequiel Calvet, professeur de navigation, qui observait côté de M. le médecin Vieta, ne parvint à voir, malgré us ses efforts, ni de la lumière resplendissante, ni le DU courbe dont son voisin l'entretenait. M. Valz a vu sur la Lune , pendant l'obscurité totale, 58 points lumineux très -vifs. L'explication qu'il en a innée a quelque ressemblance avec celle d'Ulloa. Le rteur, au reste, va la connaître, car je reproduirai Ktuellement les passages les plus essentiels des lettres le j'ai reçues de mon ami M. le directeur de l'Observaîre de Marseille. Les observations que ces passages gnalent diffèrent , par une circonstance capitale , de lies qui furent faites, en 1842, dans toute l'étendue de
zone où régna l'obscurité totale : M. Valz crut voir, en hdans du limbe de la Lune , des points lumineux qui, à îrpignan , à Montpellier, à Narbonne, à Visan, à Tou- D, à la Superga, à Pavie, à Milan, à Padoue, à Vienne, Lipesk (en Russie), se montrèrent évidemment en de- ^rs de ce même limbe *. Ce désaccord est très-extraoriiaire, et, je le dis ici sans détour, si la grande habileté t M. Valz m'était moins connue, je croirais devoir ettre, cette fois, les observations de Marseille entière- «nt de côté.
^. Les observatiODs faites dans ces villes seront analysées plus Lu.
« Quarante secondes, disait M. Valz dans une lettre^ 30 juillet 1842, avant la fin de l'éclipsé totale, je m gir, près du bord de la Lune, où j'attendais Tapparit du Soleil, deux points rapprochés et très-brillants, brillants même que les étoiles de première gn Leur lumière était blanche, pareille à celle du Soleili partait de chacun de ces points une traînée luraii semblable à celle qu'on voit dans une chambre ol partir de l'ouverture par laquelle la lumière solaire tre, mais plus divergente et ayant fort bien la p( des traînées qui forment la gloire des saints. Dès le ment de cette apparition, j'eus la conviction voyais des points du disque du Soleil , et je ne croii que, d'après les détails précédents, on puisse se ref*-^ à l'admettre. Quinze secondes après, un troisième brillant se montra plus au nord, produisant ausàp'' traînée divergente et concourant à former une portic la gloire des saints. » »^"
M. Valz nous apprend que des points lumineux oi vus, à l'œil nu, vers le bord de la Lune à Marseill Aix, à Anduse, au château de Massillargues, à Nîmes,<^< 11 ajoute que M. Billet, professeur de physique au J" lége de Marseille, distingua bien le faible intervalle^, séparait les points lumineux du limbe de notre satdÉ^ à l'aide d'une lunette de Rochon à double image, f grossissait 24 fois. Ij
M. Valz continue ainsi : « D'après le mouvement wj* des deux astres, les premiers points lumineux étai»l 20 secondes du bord de la Lune, c'est-à-dire à 1/50^1 rayon, ou à une profondeur de 8 lieues comptées àp*
» la périphérie, dans le sens de ce même rayon. A la ^fondeur de 8 lieues , un trou allant de la surface anté- Wire de la Lune, supposée sphérique, à la surface postéfore devait avoir 150 lieues de long. Voilà qui est pro- ^eux sans doute. Ce résultat paraîtra peu admissible ; pus les chiffres ne sauraient fléchir. Je ne supposerai p, au reste, comme UUoa, qu'il y a dans la Lune une fte de puits foré, la traversant de part en part le long |De de ses cordes ; mais je crois à une grande et longue ^ée de soulèvement qui, lorsqu'on la voit de loin, pnble fennée par le haut à cause de la superposition, p voie de projection, des angles saillants des flancs ^xitagneux qui la limitent, tandis que le fond est resté burellement rectiligne. Comment croire, dira-t-on, à B vallée enfoncée de 8 lieues au-dessous de la surface
raie de la Lune? Ceux qui refuseront d'admettre explication devront trouver mieux. Du reste, la con-
tion physique du bord de la Lune ne nous est pas
ue , et il peut y être survenu des phénomènes dont n'avons pas d'idée... »
ans une autre lettre du 6 octobre 1842, M. Valz ^ écrit :
J'ai vu, dans un journal, que vous n'admettez pas
explication des points lumineux. Pour moi, cette
ilication m'a paru la conséquence obligée des faits.
volcans ne pourraient produire des rayons de pareille tture. . . Dans la relation de son voyage le long de la lîère des Amazones, La Condamine parle d'une localité, lissage -du Pongo, où l'on voit des formes analogues .celles qu'il faut attribuer aux vallées lunaires, pour
expliquer T apparition des points lumineux près bords...
« Quant aux points lumineux extérieurs et rouges quelques observateurs ont parlé , je n'en ai pas a la moindre trace. S'ils étaient réels, on les aurait généralement. Je les considère comme des ill d'optique. »
M. Valz était mal informé, lorsqu'il supposait que points lumineux extérieurs n'avaient pas été vus g ralement. On reconnaîtra plus loin que l'observation Marseille doit seule être appelée l'exception.
Je ne sais si mon ingénieux ami et confrère a rem que, dans son hypothèse, il devrait y avoir, de tem autre, près du bord de notre satellite, le jour de l'o] sition, le jour de la pleine lune, des parties complé obscures. Des ouvertures traversant la Lune d'oui outre, des espaces sans matière solide, ne réfléchi vers la Terre aucune lumière sensible. On dira que, rendre compte des points lumineux, il n'est pas n saire de donner aux ouvertures de grandes dimensii mais je répondrai qu'avec les grossissements dont astronomes font usage aujourd'hui, on aperçoit dans Lune des objets extrêmement petits. Je ne pourrais corder, en outre, qu'à 20 secondes du bord , l'exisl d'une vallée de 8 lieues de profondeur ne se serait réviMée aux obsenateurs.
Venons mahi tenant aux lumières serpentantes Louville.
Poi^^nno n'en a aperçu , malgré la force des lunetll et le soin attentif qu'on a donné aux observations.
Quant à des éclairs, à des jets lumineux momentanés b non serpentants, les seuls observateurs qui en aient Brlé sont ceux de Venise :
• De temps en temps, dit l'abbé Zantedeschi, on voyait ■Dr la Lune) de faibles éclairs intermittents, comme WB jets de lumière phosphorique entremêlés de traits Dirs. »
f € La surface de la Lune, suivant M. Wûllerstorff , était ■ temps en temps traversée par des traits lumineux. • A Venise, où Téclipse totale fut de très-courte durée, le Drobre de ces éclairs, de ces jets lumineux dut être trèspmé. On peut donc, à toute rigueur, les expliquer, sans Bn admettre d'inflammable à la surface de notre satel- Ipy en supposant simplement que plusieurs bolides , que jfisieurs étoiles filantes s'interposèrent entre la Lune et observateur. Trouve-t-on quelque chose de forcé dans Itte hypothèse , voici ma réponse :
«Au moment de l'éclipsé totale du 8 juillet 1842, un de 1^ camarades d'enfance, M. François Gonsalvo, vit, à ^gel, deux météores lumineux traverser le ciel vers la Bgion même qu'occupaient les astres en conjonction. On e peut guère douter qu'en se déplaçant convenablement jurait vu les météores se projeter sur le disque même pla Lune.
la Placez dans cette seconde station un astronome obsermnt le phénomène avec une lunette. Le météore pénètre kttns le champ de l'instrument ; si sa lumière ne prédocrine pas assez sur celle de l'auréole, il n'est point encore DBible; mais bientôt le mouvement qui l'entraîne l'amène i se projeter sur le disque obscur de la Lune ; alors il
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f/i'/»fi.; .: t\t,u '>, .\'y^ L': i.arrii.1 à découvrir la pJufi
Sgère trace des ligaments. Des montagnes lunaires, «isines des extrémités des cornes , détachaient par moments ces extrénodtés du reste du croissant; mais il y avait HQ de là aux chapelets décrits par T astronome anglais , t annoncés conune une des phases caractéristiques des idipses annulaires ou totales.
fHM. Finaud et Boisgiraud parlent de « ligaments noi* lires qui paraissaient unir les deux bords du croissant. » k les virent pendant 20 à 25 secondes. MM. les deux Deervateurs de Narbonne remarquèrent aussi des denteres nombreuses, mobiles. D'après leur Mémoire, rien ^ s me semble, n'autoriserait à dire qu'ils virent le chapelet. A Montpellier, M. l'abbé Peytal vit le chapelet à l'inpnt où l'éclipsé totale allait commencer : il ne dura a*une demi-seconde. Ce phénomène avait été précédé, IHI, de l'apparition de lignes noires « dont on ne pouvait IB déterminer la position sur le croissant, car elles avaient feir de courir. »
»M. Roche remarqua, comme M. Peytal, des lignes 1^ marchant le long du croissant , parallèlement à fcfi-mêmes ; il ne vit pas le chapelet. UL Valz n'aperçut à Marseille aucune trace ni des ligal^ttts ni du chapelet proprement dit.
|Vout le monde comprendra que M. Baily ait dû cher- |kr avec un soin extrême les ligaments et les chapelets qui liraient frappé si vivement en Ecosse. Ces phénomènes fcent le principal objet de son voyage en ItaHe. Eh bien, fc*l842, à Pavie, par le ciel le plus favorable, M. Baily Ifc-^l aucune trace des traits noirs, des ligaments. Au ibraire, ce que nous avons appelé le chapelet se montra
à lui distinctement {the beads, diMl, were dulif visible).
A la Superga, près de Turin, M. le directeur de r( servatoire de Greenwich essaya, mais en vain, d*apei voir des ligaments , et les séries de points lumineux chés qu'on a appelés les grains de chapelet II donna son attention à cette recherche, soit au moment où H clipse totale allait commencer, soit inmiédiatement a[ la réapparition du Soleil.
A Padoue, le croissant devenu excessivement délié, rinstant même où il allait disparaître, s'offrit à M. comme un composé d'étoiles séparées.
A Venise, le nombre de ces étoiles, autrement cBti nombre de points distincts auquel se réduisit le deroii filet visible du Soleil, fut de huit à neuf.
A Naples , quoique l'éclipsé ne dût pas y être tôt M. Antoine Nobile ne s'en livra pas moins, au moi convenable, à la recherche des ligaments et du chapek Il n'en aperçut aucune trace.
Une conclusion importante découle de Tensemble ces observations :
Les ligaments n'ont rien de réel ; ils ne se rattat à aucune particularité dépendante de la constitution sique du Soleil ou de la Lune ; on doit les conadérf comme le résultat de jeux de lumière, dans l'atmospliME dans la lunette ou dans l'œil de l'observateur. S*il * était autrement , les astronomes les auraient aperçus *• Perpignan, à la Superga, à Pavie, tout comme on lesïB à Narbonne et à Montpellier. Le phénomène en quesli* ne se manifeste pas, en effet, par une de ces nuan*
botométriques fugitives qui exigent, pour être saisies, ne réunion de circonstances extraordinaires. Des traits KÛrs se projetant sur le Soleil n'échapperaient pas à observateur le moins exercé, ne disposât-il que d'une nette médiocre , même par un ciel brumeux ; or, dans I cas-ci, les astronomes de profession n'aperçurent aume dent de peigne , tandis que des amateurs , moins ibitués au maniement des instruments, en virent un bon imbre.
Je me suis assuré que les ligaments tiennent à une use beaucoup plus simple qu'on n'avait semblé le sup- ^ser : j'ai trouvé qu'ils sont une conséquence nécesîre, inévitable, de la vision confuse. L'astronome qui a is sa lunette très-exactement à son point de vue, ne doit is apercevoir le phénomène ; hors de cette position de >culaire, les ligaments ne peuvent manquer de se entrer.