CHAPITRE XIV
T A-T-IL UNB ATMOSPHÈRE AUTOUR DE LA LUHfi?
J'ai signalé (chap. vi, p. 152) un genre partici d'observations qui peut conduire à des conclusions ne et certaines touchant l'atmosphère de la Lune. Je ajouter que ces observations seraient sans efficacité, l'atmosphère lunaire ne dépassait pas les sommités montagnes dont l'astre est couvert. Cette restriction comprise, je vais rappeler la méthode et dire ensuite résultat l'éclipsé de 1842 a donné.
Pendant ime éclipse de Soleil , la Lune se projette noir sur le Soleil et dans sa \Taie forme. La région Soleil restée visible est donc toujours Umitée par portions de circonférence de cercle. Dans les points ils se rencontrent, ces deux arcs forment des aiigles
•ilignes qu'on appelle les cornes. A certains moments, ^s cornes peuvent devenir très-aiguës, très-effilées. . Les rayons lumineux provenant du Soleil , qui dessî- «nt extérieurement les sommets mêmes des cornes et les larties environnantes, ont ou rasé ou presque rasé la iime.pour arriver à Tceil de l'astronome. Si la Lune est Éitourée d'une atmosphère sensible, chacun de ces rayons fcmineux se sera dévié dans une direction perpendiculaire à la région de la surface lunaire au-dessus de laquelle ^ aura passé, et avec une intensité dépendante de sa distace à cette région. Par l'effet de ces réfractions iné- ^es, la forme circulaire du limbe du Soleil près des ornes paraîtra altérée.
Aucune altération permanente de cette nature ne fut perçue à Perpignan pendant les diverses phases de éclipse du 8 juillet iSli% De temps à autre, les cornes bevenaient obtuses ou tronquées; mais c'était le résultat h l'interposition de quelque montagne située sur le bord tu disque lunaire. En effet, ces troncatures se montraient fimtôt sur une corne et tantôt sur l'autre ; l'atmosphère le la Lune, au contraire, aurait engendré une défonnabn permanente.
Le fait résultant de nos observations de Perpignan, ia forme toujours circulaire de l'arc extérieur des cornes, 1 trop vivement occupé les astronomes depuis qu'on lonne une attention sérieuse aux éclipses, pour que je ne Boive pas citer nominativement tous ceux qui, en 1842, tent arrivés à la même conclusion.
M. Airy vit toujours, à la Superga (près de Turin),
\ès cornes régulières et parfaitement pointues.
A Padoue, les cornes parurent toujours à M. Santimi aiguës et très-nettes. 11 n'y aperçut ni gonflement ni torsion d'aucune sorte.
M. Conti confirme les remarques de son collègue.
M. Biela, qui observait aussi à Padoue, dit dans relation : « Les pointes des cornes étaient extrêmemei aiguës; elles ne présentèrent ni prolongements ni ce bures irrégulières. »
Ce n'est pas seulement par l'observation de la fo; des cornes que nous espérions arriver à quelques notio; précises sur l'existence et les propriétés de l'atmosphè lunaire. Des observations d'une autre espèce, celle passage du disque de la Lune sur les facules allon que présente la surface du Soleil, semblaient pouv conduire au même but (chap. vi, p. 153).
Pendant l'éclipsé du 8 juillet 18i2, on voyait sur disque du Soleil des facules qui, à raison de la fo; qu'elles avaient et de l'uniformité de leur lumière, prêtaient parfaitement à rechercher si les parties facules rectilignes voisines du disque noir avaient même intensité que le reste , si elles éprouvaient légère distorsion attribuable à une réfraction subie les rayons lumineux dans l'atmosphère de notre sai lite. Cependant , malgré tous nos soins et nonobstant nombre considérable d'immersions et d'émersions facules qu'il nous fut donné de noter, nous ne parvîn pas, mes collaborateurs et moi , à saisir la moindre trai d'une atmosphère lunaire. M. Eugène Bouvard, à Digo^ ne fut pas plus heureux. Aucune des facules qu'il vi|. s'enfoncer sous le disque obscur de la Lune ou repat(
ttre, ne sembla altérée ni dans sa forme ni dans son tensité.
Je n'ai pas à m'occuper ici des descriptions de l'éclipsé "US lesquelles on n*a fait aucune mention des facules : r auteurs de ces descriptions ne cherchèrent peut-être iS à découvrir ces curieux accidents de lumière , soit ^îls fussent pressés par le temps, soit que l'observation Dt j'avais tracé le plan ne parût pas leur offrir des Ébices de réussite. Le mot facule ne se trouve, à ma Ihnaissance, que dans la brochure de MM. les profes- ÉTS de physique de Toulouse. « Quant à l'observation, Ibnt-ils, des facules du Soleil, que M. Arago avait re- ÉEimandée, pour savoir si, autour du disque de la Lune, 6e formait une pénombre provenant de la présence me atmosphère enveloppant ce satellite, il nous a été j^ssible de les découvrir à l'aide de nos lunettes trop H puissantes sans doute; nous devons dire toutefois, fk en juger par une inspection aussi attentive que pos- WRj la surface visible du disque solaire nous a toujours Pta, à travers nos verres colorés, douée d'un éclat uni- 6, d'une intensité égale de lumière en tous ses
luoique les faits négatifs soient généralement sans îur en présence de faits positifs bien constatés ; quelle passage qu'on vient de lire ne puisse pas infirmer observations des trois astronomes de Perpignan et FFastronome de Digne, je dirai, pour l'honneur des IbcipeSy à MM. les professeurs de Toulouse qui, par fe curiosité digne d'éloges, s'étaient transportés à Narhne, que, s'ils n'aperçurent, le 8 juillet 1842, au-
cune des nombreuses facules dont le Soleil était parsemé, on ne saurait l'attribuer exclusivement au de puissance des lunettes et du télescope grégorien donti faisaient usage. Les facules furent découvertes par lée et étudiées par Scheiner, avec des instruments eit moment médiocres, et à l'aide de très-faibles amplil tions. La meilleure lunette dont Galilée se soit jî servi, grossissait trente-deux fois.