‹ Œuvres complètes de François Arago (volume 2)Chapitre 46 sur 117 · PENDANT LES ÉCLIPSES · texte numérisé non relu

PENDANT LES ÉCLIPSES

Lorsque je publiai , quelque temps avant Téclipse 4 1842, des instructions sur les principaux phénomèaÉ qui me semblaient devoir appeler surtout l'attention dl astronomes , je m'exprimai en ces termes : ^

^D n*est pas probable que la lumière de la couronne Kiire doive offrir des traces de polarisation; il sera ^ cependant, de s'assurer du fait, à Taide du pola-

ÉBe passage n'était pas assez développé. En annonçant ^Rrance un résultat négatif, j'ai peut-être, à mon grand Uret, détourné bien des observateurs de se livrer à la fPlierche que je leur signalais. Quoi qu'il en soit, voici Vposé fidèle de nos très-courtes expériences de Perpi-

Jllbsorbé dans la contemplation du magnifique spec- Ik qui venait de se dérouler devant nous, et dont la ■ée devait être, au maximum, de deux minutes et un IVt, je ne pensais plus à la polarisation de la lumière. pin ce phénomène me revint à la mémoire. Quelques ^ndes seulement nous séparaient alors de la fm de lUipse totale : il n'y avait pas de temps à perdre. Je isis sur-le-champ un polariscope à lunules placé à côté I moi ; je remis à M. Victor Mauvais un polariscope à Ipdes colorées, et je me mis à explorer avec mon Btrument les environs de l'auréole Imnineuse, l'auréole le-même, et jusqu'à la région atmosphérique qui se protait sur le disque de la Lune. Partout je vis les deux nules teintes de ces couleurs complémentaires qui indi* aent d'une manière infaillible la présence de rayons Dlarisés dans tout faisceau soumis à l'analyse délicate b l'iostrument. Je n'eus pas le temps de pousser les hservations plus loin. Il me fut impossible d'évaluer ifimériquement l'intensité de la polarisation dans la omière provenant de la couronne, et cette même inten-

m NOTICE SUR LES ËCLIPSBS.

site dans la lumière correspondant aux deux régions, comparativement obscures, entre lesquelles la couronne brillait. En l'absence de ces déterminations numériques, je n'ai aucun moyen de décider, d'aprè&mes observations, si la lumière de la couronne était polarisée par elle-même. Quant à la polarisation apparente, elle pouvait être la conséquence du mélange de la lumière atmosphérique, provenant de réflexions multiples, avec la lumière directe de la couronne. Si le rôle que jouent ces réflexions rool^ tiples dans la distribution et la polarisation de la lumièrt atmosphérique, ne résultait pas déjà, d'une manière évidente, de mes anciennes recherches, on pourrait apprécier toute son importance par les observations dont i vient d'être question. Durant l'éclipsé totale nous avons vu en efiet les réflexions multiples ou secondaires portai de la lumière polarisée jusque dans la direction àà lignes visuelles qui, sans l'interposition de la Lune^ auraient abouti au Soleil. <

Voici maintenant les observations de M. Mauvais : « Pendant l'éclipsé totale j'ai dirigé sur la Lune et soi la couronne le polariscope dit de Savart, et j'ai vu ta| bandes irisées. Le maximum d'intensité correspondait il la position horizontale de ces bndes ; elles étaient trèrij vives sur la couronne et au delà ; elles paraissaient moiui prononcées sur la Lune même. Cependant on les voyvp distinctement. » i

Supposons qu'aucune illusion d'optique n'ait pu fli mêler à ces appréciations de mon confrère; supposoH que les bandes aient été réellement plus vives dans ta direction de la couronne que dans celle de la Lune, et

intre mes prévisions, la lumière de cette couronne aura I être polarisée par elle-même ! Je sais très-bien que itte polarisation se concilierait difficilement, dans l'état 'tuel de nos connaissances, avec l'explication de la couune que les astronomes compétents paraissent le plus £lins à adopter ; mais n'ai-je pas constaté, pendant la amière éclipse totale de Lune, dans la lumière seconire rougeâtre qui éclairait cet astre, une polarisation te-sensible, dont il n'est pas moins difficile de rendre ppte, quand on veut pousser l'explication jusqu'aux prédations numériques ?

lie Mémoire de MM. Pinaud et Boisgiraud renferme 3 quatre lignes :

« Nous n'avons trouvé aucune trace de polarisation dans lumière de l'auréole qui environnait le limbe de la pe pendant l'éclipsé totale. Le polariscope dirigé vers Ite auréole et dans les régions voisines, n'a donné icuue coloration sensible. »

Que puis-je dire après avoir rapporté ce passage, si n'est qu'à Perpignan deux personnes munies d'inlents entièrement différents ont vu, parfaitement vu couleurs dont les observateurs de Narbonne déclarent roir aperçu aucune trace.

lans les nombreuses relations que j'ai dû examiner

Tattention la plus scrupuleuse, je n'en trouve plus

l'une où le mot de polarisation figure : c'est la relation

)Uée par M. Majocchi. J'y lis que M. Alberto Gabba,

rfesseur de mathématiques à Milan, pourvu de tous les

pareils nécessaires de polarisation, constata que la

Hère de la couronne « était susceptible de se pola-

riser» (la luce deir anello d'argento è suscettibile d'e&sere polarizzata ) . Si c'est mon programme de 1842 qui a donné l'idée de rexpérience faite par M. Gabba, j'aurai à m' excuser de n'avoir pas été plus clair, plus explicite. Il s'agissait, en effet, de décider si la lumière de la couronne était polarisée en arrivant sans aucun intermédiaire à l'œil de l'observateur, et nullement de rechercher si les moyens ordinaires de polarisation, qri réussissent sur toutes les lumières connues , célestes ou terrestres, seraient également efficaces quand on lei appliquerait à la lumière de la couronne. J'ose affirme^ que ce dernier côté de la question n'était un objet de doute pour aucun physicien. **

La polarisation de la lumière des protubérances reman-' quée par M. Kutczycki, pendant l'observation qu'il a fairf à Honolulu de l'éclipsé de 1850, ne peut, dans le vagol qui accompagne l'observation, conduire à un résultai certain. Il est possible en effet que cette polarisatîoff n'ait été que fictive et la conséquence de la polarisaticHl réelle ou apparente de la lumière de l'auréole sur laquelli les protubérances se projetaient. Les observations faite! par MM. Dunkin, Carrington, d'Abbadie, pendant l'éclipdl de 1851 4, sont également insuffisantes pour résoudre II problème si important que j'ai posé. Une étude systémaF tique des phénomènes de polarisation semble devoir recommandée expressément aux futurs observateurs di éclipses totales.

J'ai cru pouvoir attribuer la polarisation observée

Page 1