‹ Œuvres complètes de François Arago (volume 2)Chapitre 51 sur 117 · CHAPITRE KXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE KXI

OBSERVATIONS DES PROTUBÉRANCES PENDANT L^'iCLIPSE TOI

DE SOLEIL DU 8 AOUT i850

Les protubérances colorées, aperçues sur le bc la Lune pendant TécEpse totale de Soleil de 18/i2 dniairent dans le monde savant une surprise bien lég «Tai réimi dans le chapitre précédent toutes tes ( valiifins de ce phénomène qui m'avaient été transi •Cette même apparition de protubérances, de fia débordant considérablement le bord de la Lune, as Téclipse totale d'Honolulu du 8 août li&5CL La parkr à ce sujet M. Kutczycki lui-même :

« Je vais rendre compte maintenant du phénomi plus cnrieux et le .plus frappant de Téclipse tota Soleil : ce sont les protubérances roses violacées ( ¥ées pour la première fois en 18/i:2. le ne m'ex] pas comment les anciens observateurs n'en font mention. 11 faut, ou qu'elles n'aient âsisté dan cune des anciennes éclipses , ce qui est peu prot puisque les voilà observées pour la seconde fois; ou n'y ait pas fait attention , ce que lear aspect frapp la facilité avec laquelle on les voit à Taide des lu ordinaires ne me permettent pas d'admettre non pli première chose qui m'a frappé, quand j'ai aj^liqué à l'oculaire de la lunette dégagé du verre coloré examiner le contour de la Lune, c'était la singulièn teté avec laquelle on y voyait les objets. Le bord Lune était parfaitement tranchant en noir sans la mo

dulation sur la lumière douce de Tauréole ; les traits nbres de cette auréole étaient d'une netteté admirable, îdîs qu'à d'autres égards la lunette laissait beaucoup à ârer. Sur le champ blanc de perle de T auréole se tachait au point presque exactement est du disque de Lune, une protubérance d'une couleur et d'une netteté hnirables. Il y en avait une autre plus large parallèleent au bord de la Lune, près de laquelle se trouvait un ait rose très-délié et considérablement plus long. Une Dîsième moins saillante, mais plus épanouie, se trouvait ars la partie ouest du disque tirant un peu sur le nord. I partie sud et le bas du limbe étaient complètement :empt5 de tout appendice ; c'était cependant là que le sque de la Lune dépassait le moins celui du Soleil. «La protubérance orientale, la plus remarquable de otes, avait la forme de la moitié d'une ellipse appliquée cr son petit axe contre le limbe de la Lune. Le grand % normal à ce limbe paraissait être deux fois aussi long te le petit.

• La codeur rose très-légèrement violacée de cette Dtubérance était plus foncée sur les bords, se dégradait wiite vers le centre en se perdant, de manière à ne rmer qu'une ceinture de largeur uniforme qui n'était is de plus d'un tiers de la base. Le milieu, bleuâtre sur lie, se fondait ensuite en blanc, avec Fentourage rose, etout imitait parfaitement la flamme d'une bougie, mais affaissait très-fixe et immobile. Aucune aspérité n'exis- Ûl sur le fimbe de la Lune à l'endroit où ce singulier ppendice s^en détachait. J'ai tenté de mesurer au microi^tre de Bochon la saillie de cette protubérance; j'ai

obtenu la dimension énorme de 3' 58'^ Cette mesure fst fi plus que douteuse ; et je me fie plus à l'estime du rappot de sa longueur avec le champ de la lunette qui me peft|f met de fixer à 1' ou 1^5 tout au plus cette dimension.

«Une circonstance que j'ai remarquée pendant que ji^i m'efforçais d'obtenir la mesure micrométrique, c'est l'une des deux images de la protubérance changi considérablement d'intensité, sans changer de couleafj ni disparaître complètement, quand on tournait la lun prismatique : sa lumière est donc au moins en partie p(H larisée. La lumière de l'auréole ne me paraissait pas paM ticiper à cet effet. J'avoue que, préoccupé de la mesum avant tout , je ne donnai pas à ce changement d'intensi* toute l'attention qu'il méritait ; l'existence du fait et cependant parfaitement certaine.

ff Les deux autres protubérances avaient le même caractère que celle que je viens de décrire ; elles étaient seulement bien moins saillantes et plus épanouies. Aulieiï de se terminer en pointe arrondie , elles étaient toutes deux bifurquées , ce qui leur donnait une apparence de flammes. Le trait rose paraissait d'une couleur uniforme j sans rien de bleuâtre dans son centre; son épaisseur d'ailleurs ne dépassait pas le sixième de la ceinture rose des autres appendices; sa longueur était plus grande que celle de la protubérance orientale.

« Au second examen, je me suis aperçu incontestablement que la grande protubérance avait diminué et que les autres avaient augmenté de dimension. Je suivis ces changements avec soin et je crois pouvoir affirmer poativement que ces émanations ou appendices provien-

t du Soleil. Plus tard (au troisième examen), quand lersion approchait, les appendices du nord et de Fouest grandi considérablement, et le trait délié, qui se ivait près de celui du nord , a paru complètement iché du bord de la Lune ; il s'était lui-même divisé en K portions séparées par un petit intervalle. Les extré- 5s tournées vers cet intervalle étaient un peu épaies, ce qui lui donnait l'aspect de deux petites flèches résentant les pointes , celle du dehors étant deux fois ;i longue que celle du dedans. Un instant avant l'aption du Soleil , les deux protubérances nord et ouest it encore grandi considérablement, sans cependant indre la dimension primitive de celle de l'est, et le . se trouvant comme je l'ai décrit ci-dessus, il a api sur le bord de la Lune , se projetant sur la portion -lumineuse de la couronne, une multitude de petits its très-rapprochés, de la même couleur rose , et éviiment de la même nature que les appendices plus sidérables. Le tout faisait l'effet d'une très -mince ture de flammes occupant au moins 60 degrés, dont sommets roses formaient un cercle rouge vif sur le 3 de la Lune avant l'émersion.

Ce serait peut-être le même cercle rouge vif dont parence a été citée par Louville dans la relation de lipse de 1715. Ce cercle présente avec la colonne trèsèe de fumée que Ferrer a vue pendant l'éclipsé totale .806, la seule circonstance citée dans les anciennes îrvations qui se rattache probablement au phénomène eux dont je fais la description *.

Pour ôter toute incertitude au lecteur, je crois devoir faire

c Ces appendices sont-ils invariablement fixés sur dh verses parties de la surface du Soleil? Sont-ils msMifl comme les taches et facules solaires? Voilà deux suppçt sitions à choisir ? Si la première était vraie , il faudoS,^; pour la vérifier et retrouver les appendices hlà même un concours de circonstances qui ne pourraient se p: ter que très-rarement, même dans une multitude d'ol vations. La seconde supposition me parait phispro parce que d'abord elle est plus d'accord avec la coi tution physique connue de la photosphère solaire ; ei je trouve dans Fobservation même de Honolulu, une constance qui Tappuie , et qui peut-être même pouna prouver positivement. Cette circonstance , la voici : protubérance orientale était située de manière que F placement qu'elle occupait devait être amené sur ledisip '" quelques jours après l'éclipsé par l'effet de la rotation atlaire. Je me suis donc attaché à examiner le disque è Soleil dans la région orientale pendant plusieurs joai consécutifs après l'éclipsé. Eh bien, le 9 août dans laflitinée, j'ai cru apercevoir dans cette région orientale el aussi exactement qu'il est possible d'en juger à l'œil, à II place correspondante à la protubérance, une large facot L'imperfection de la lunette , qui ne laissait voir que trtfr indistinctement les facules, jette quelques doutes sur cettf assertion, mais elle pourra très-probablement être vérffii par les observations plus précises qui auront été faites srf les taches et facules dans les observatoires de l'Europe»

observer que toutes les apparences, tant pour la couronne pour les protubérances, se rapportent à la position réeUe dei <)^ astres, non à la position modifiée par la lunette.

KOTICfi 6Ua LBS «CLIVSES. 9ft

Tù rem la même fiicalè arraoçait Teille oentre da Soleôl, le 10 et le ftl aoAt^ nuds jamais assez dÎElinctement pour me éxmner une- canvictioii positive, Gda étant, voici mm l'explication de oes cuneox appendices, mais une suppooltion très-proiiable qin se rattacdie & leur liiëarie» Les grandes protabérances seraient produites par les émanations des gmdes faccdes et iucules, et varieraient dans leur forme et dimension depuis celle de la moitié d'une rilipse jusqu'à un trait délié, d*après la forme ou la position de la facule ou lucule. De plus, toute la surface dn Soleil edialerait une émanation semblable, produisant tue infinité de protubérances excessivement petites, d'où ressort cette bordure de flammes roses que Ton voit un Estant avant Témersion de son lin^. Cette supposition q[q>rochera bien de la certitude, si dès observations plus exactes que les miennes constatent qu'entre le 7 et le 15 août 1850, il a apparu une facule considérable dans la région est du Soleil. Quant à la petite bordure, je suis désolé de ne pas pouvoir afiGirmer l'avoir vue dans la région sud-ouest du Soleil après le commencement de réclipse totale, mais j'ai l'espoir que son existence contiBoe sera constatée dans les éclipses totales à venir. »

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