INTRODUCTION
[La Notice sur la polarisation de la lumière a été écrite en 1824 pour Y Encyclopédie britannique; la traduction en anglais en a été faite par le docteur Thomas Young et elle est insérée dans le tome xviii de ce grand ouvrage.
Voici sur les circonstances dans lesquelles cette Notice a été faite une lettre adressée de Metz par M. Arago au docteur Thomas Young, et dont l'illustre auteur a laissé la minute annexée à son manuscrit.
f Mon cher confrère ,
f J'aurais bien de la peine à vous exprimer combien je fus contrarié en revenant de Calais à Paris d'apprendre que vous en étiez parti ; je ne le suis pas moins maintenant , puisque madame Arago m'annonce que vous êtes tâché au vif contre moi. Le fait paraît certain ; reste à Bavoir quels sont les motifs. On dit que je n'ai pas daigné
répondre à votre dernière lettre. Ce mot daigné m'avait paru, je l'avoue, singulier sous votre plume, surtout» songeant qu'il s'adressait à une personne qui a publiquement, sans réserve, en toutes circonstances, professé l'admiration la plus franche pour vos travaux et votre caractère. Aussi m'étais-je flatté qu'il était la traduction inexacte d'un mot anglais qu'on avait mal eo^ tendu ; mais cette ressource même m'est enlevée : la l où ce mot se trouve est écrite en français. Il me r donc à me résigner et à essayer de prouver que je suis pas aussi coupable qu'on l'imagine.
« Je vous ai déjà fait une histoire détaillée de mes tiens avec M. Napier au sujet de cet article Polaris dont je désirerais bien maintenant n'avoir jamais eni parler. J'ai constamment réclamé un temps suffisant; a toujours répondu à mes demandes en m'assîgnantde courts intervalles qu'ils n'auraient seulement pas suffi la lecture des nombreux Mémoires qui ont été publ sur cette branche de la physique. Je sollicite enfin com dernière faveur d'être autorisé à exposer les phénomè de la polarisation dans l'article Réfraction ( double) ; ne répond ni oui ni non, mais seulement que je ne gagi rais rien à ce changement, attendu que les syllabes c prises entre PO et RE sont très-pauvres.
a Je voulais renoncer; des motifs d' amour -p: puisés, je l'avouerai franchement, dans vos flatteuses licitations, m'engagèrent à essayer de remplir vos vu« Je m'occupai donc sans relâche à recueillir les matériaiBi " mais je n'avais encore fait que fort peu de progrès qu» les ordres du ministre de la guerre m'envoyèrent à S
OÙ je suis encore maintenant, occupé du matin au soir à examiner des officiers.
« Vous me demanderez ce que je veux conclure de tout cela. Le voici. Premièrement : que je ne pouvais pas répondre catégoriquement à votre lettre avant d'avoir essayé si j'aurais un temps suffisant pour répondre à vos vues, et que je n'ai point mérité que vous employassiez le mot daigner ; deuxièmement, qu'il ne serait pas possible de rédiger l'article, comme je le conçois du moins, dans le peu de temps qu'on paraît disposé à m'accorder. Pour vous prouver toutefois ma bonne volonté, je vais vous proposer un arrangement contre lequel il serait bien difficile, ce me semble, d'élever quelque objection. Je m'engage, malgré toute la répugnance que cette condition m'avait anciennement inspirée, à rédiger l'article dans les limites que vous m'assignerez; dès lors, je n'arrêterai pas l'ouvrage; M. Napier pourra me réserver l'espace convenu, contiBuer l'impression et le tirage des articles suivants. Gomment serez-vous sûr, me dira-t-on peut-être, de donner à votre article les limites convenues à une ligne près, quand on songe surtout qu'il devra être traduit? Je réponds que vous serez parfaitement le maître de supprimer ce qu'il vous plaira, et mieux encore, que l'article devant être terminé par des tables , on pourra toujours , en leur donnant plus ou moins d'étendue, remplir l'espace à un mot près. Examinez, je vous prie, ma proposition, jugez-la et daignez me faire connaître votre opinion et celle de M. Napier. Si vous l'adoptez, je me mettrai à l'ouvrage tout de suite ; dans le cas contraire, je ne pourrais pas me charger du mot Polarisation de la lumière.
Faire une histoire parfaitement impartiale de la polarisation, élaguer toutes les superfétations, n* est pas l'œuvre d'un jour, et malheureusement Fresnel, sur lequel vous comptiez pour m'aider, ne pourrait m'être d'aucun secours, puisqu'il ne lit pas les langues étrangères. •
M. Arago avait fait recopier son manuscrit en 11 et il avait l'intention de mettre son travail au courant dernières recherches faites dans cette partie de ropti( Sa mort prématurée ne lui a pas permis de réaliser projet.
La Notice sur la polarisation est donc exactei conforme au manuscrit de 1824. Quelques tableaux chiffres restés en blanc et quelques calculs inachevés le manuscrit ont été remplis ou exécutés conforméi au texte anglais de Y Encyclopédie britannique. ]