SCINTILLATION DE MARS
Tycho place Mars au nombre des astres qui scintillent, mais faiblement.
Kepler dit que des yeux exercés parviennent à distinguer une petite scintillation dans cette planète.
Simon Marius lui donne le premier rang après Mercure et Vénus.
Voici comment s'exprime Scheiner :
« Mars scintille beaucoup et avec force, surtout quand il est apogée. »
Après toutes ces assertions catégoriques , comment expliquer que Jacques Cassini ait affirmé, dans son Astronomie y page 42, que « l'on ne distingue pas de scintillation dans Mars » ?
Cassini s'est certainement trompé : Mars scintille quelquefois d'une manière non équivoque.
Remarquons, quant à la scintillation des planètes, qu'aucun astronome ne dit, comme pour les étoiles, qu'elle est accompagnée d'un changement de couleur*
La scintillation dans ce cas serait donc un simple changement d'intensité.
On pourrait s'étonner, après tous ces témoignages concordants sur les scintillations de Mercure, de Vénus et même de Mars, que Cléomède eût soutenu que toute lumière empruntée , que toute lumière réfléchie n'est pas sujette au genre de mouvement de vibration qui constitue la scintillation , si nous ne savions que les anciens ignoraient la nature de la lumière des planètes. L'opinion de Cléomède adoptée par Kepler, à une certaine époque, entraînait une hypothèse devant laquelle l'auteur de V Astronomie copernicienne était loin de reculer. Il soutenait et disait avoir rendu vraisemblable, dans ses thèses publiées en 1602, « que les planètes ont une partie de lumière qui leur est propre et une autre partie venant du Soleil ». La seule partie de lumière propre contribuerait à la scintillation. Vénus n'aurait presque que de la lumière propre ; Saturne , au contraire, que de la lumière empruntée.
Scheiner fit une observation qui, en point de fait, réduisait au néant l'opinion de Cléomède et les théories de Kepler. Cette observation montre de plus la véritable cause, la cause géométrique de la différence reconnue par tous les astronomes entre les scintillations trèsvisibles de Mercure et les scintillations à peine sensibles de Jupiter, si on laisse de côté les considérations imaginaires dans lesquelles l'auteur s'est égaré. Voici l'observation :
« Les images du Soleil , dit Scheiner, réfléchies par les boules dorées qui surmontent les clochers, paraissent
g DE LA SCINTILLATION.
animées d^une sorte de trépidation , semblent sautiller de haut en bas. »
Après avoir fait cette subtile remarque , Scheiner n'a pas ridée si simple que la petitesse de l'angle sous lequel l'image solaire se présente alors à l'œil entre pour quelque chose dans le phénomène observé ; il s'en va étourdiment l'attribuer soit à l'humidité , à la rosée déposée à la surface des boules, soit à des nuages légers interposés entre la boule et l'observateur.
On lit dans Hooke {Micrographie ^ p. 219) : « J'ai souvent remarqué la scintillation de la lumière du Soleil réfléchie sur la vitre d'une fenêtre. »
Cette observation suflBt pour prouver que la scintillation peut appartenir à des rayons réfléchis ; mais l'illustre auteur ne fait pas la remarque que, dans son observation, l'image du carreau de vitre ne sous- tendait qu'un petit angle. [