‹ Œuvres complètes de François Arago (volume 2)Chapitre 82 sur 117 · CHAPITRE YII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YII

PROCÉDÉ DE M. DAGDERRE

Dans le procédé auquel le public reconnaissant a donné le nom de daguerréotype ^ Tenduit de la lame de plaqué, la toile du tableau qui reçoit les images est une couche jaune d'or dont la lame se recouvre lorsqu'on la place horizontalement, pendant un certain temps et Targent en dessous, dans une boîte au fond de laquelle il y a quelques parcelles d'iode abandonnées à l'évaporation spontanée.

Quand cette plaque sort de la chambre obscure, on n'y voit absolument aucun trait. La couche jaunâtre d'iodure d'argent qui a reçu l'image paraît encore d'une nuance parfaitement uniforme dans toute son étendue.

Toutefois si la plaque est exposée , dans une seconde boîte , au courant ascendant de vapeur mercurielle qui s'élève d'une capsule où le liquide est monté, par l'action d'une lampe à esprit-de-vin, à 75 degrés centigrades, cette vapeur produit aussitôt le plus curieux effet : elle s'attache en abondance aux parties de la surface de la plaque qu'une vive lumière a frappées; elle laisse intactes les régions restées dans l'ombre; enfin elle se précipite sur les espaces qu'occupaient les demi-teintes en plus ou moins grande quantité, suivant que, par leur intensité,

ces demi-teintes se rapprochent plus ou moins des parties claires ou des parties noires. En s'aidant de la faible lumière d'une bougie, l'opérateur peut suivre pas à pas la formation graduelle de l'image, peut voir la vapeur roercurielle, comme un pinceau de la plus extrême délicatesse, aller marquer du ton convenable chaque partie de la plaque.

L'image de la chambre noire ainsi reproduite, on doit empêcher que la lumière du jour ne l'altère, M. Daguerre arrive à ce résultat en agitant la plaque dans de l'hyposulfite de soude et en la lavant ensuite avec de l'eau distillée chaude.

D'après M. Daguerre, l'image se forme mieux sur une lame de plaqué (sur une lame d'argent superposée à une lame de cuivre) que sur une lame d'argent isolée. Ce fait, en le supposant bien établi, semblerait prouver que l'électricité joue un rôle dans ces « curieux phénomènes.

La lame de plaqué doit être d'abord poncée et décapée ensuite avec l'acide nitrique étendu d'eau. L'influence si utile que joue ici l'acide pourrait bien tenir, comme le pense M. Pelouze, à ce que l'acide enlève à la surface de l'argent les dernières molécules de cuivre.

Quoique l'épaisseur de la couche jaune d'iode, d'après diverses pesées de M. Dumas, ne semble pas devoir s'élever à un millionième de millimètre, il importe, pour la parfaite dégradation des ombres et des lumières, que cette épaisseur soit exactement la même partout» M. Daguerre empêche qu'il se dépose plus d'iode aux bords qu'au centre, en mettant autour de sa plaque une

languette du même métal , large d'un doigt , et qu'on fixe avec des clous sur la tablette en bois qui porte le tout. On ne sait pas encore expliquer d'une manière satisfaisante le mode physique d'action de cette languette.

Voici une circonstance non moins mystérieuse : si Ton veut que l'image produise le maximum d'effet dans la position ordinaire des tableaux (dans la position verti* cale), il sera nécessaire que la plaque se présente sous l'inclinaison de 45* au courant ascendant vertical de la vapeur mercurielle. Si la plaque était horizontale au moment de la précipitation du mercure, au moment de la .naissance de l'image, ce serait sous l'angle de 45' qu'il faudrait la regarder pour trouver le maximum d'effet.

Quand on cherche à expliquer le singulier procédé de M. Daguerre, il se présente immédiatement à l'esprit l'idée que la lumière, dans la chambre obscure, détermine la vaporisation de l'iode partout où elle frappe la couche dorée; que là le métal est mis à nu; que la vapeur mercurielle agit librement sur ces parties dénudées pendant la seconde opération, et y produit un amalgame blanc et mat ; que le lavage à l'hyposulfite a pour but : chimiquement, l'enlèvement des parties d'iode dont la lumière n'a pas produit le dégagement ; artistiquement, la mise à nu des parties miroitantes qui doivent faire les noirs.

Mais, dans cette théorie, que seraient ces demi-teintes sans nombre et si merveilleusement dégradées qu'offrent les dessins de M. Daguerre? Un seul fait prouvera d'ailleurs que les choses ne sont pas aussi simples :

lia lame de plaqué n'augmenta pas de poids d'une nière appréciable en se couvrant de la couche d'iode ne d'or. L'augmentation, au contraire, est trèssible sous l'action de la vapeur mercurielle. Eh bien, Pelouze s'est assuré qu'après le lavage dans l'hypofite, la plaque, malgré la présence d'un peu d'amalne à la surface, pèse moins qu'avant de commencer >ération. L'hyposulfile enlève donc de l'argent. L'exan chimique du liquide montre qu'il en est réellement

Pour rendre compte des effets de lumière que les tôins de M. Daguerre présentent, il semblait suffisant dmettre que la lame d'argent se couvrait, pendant 3tion de la vapeur mercurielle, de sphérules d'amalme; que ces sphérules, très -rapprochées dans les irs, diminuaient graduellement en nombre dans les ni-teintes, jusqu'aux noirs où il ne devait y en avoir îune.

La conjecture du physicien a été vérifiée. M. Dumas îconnu au microscope que les clairs et les demi-teintes t réellement formés par des sphérules dont le dia- ;re lui a paru, ainsi qu'à M. Adolphe Brongniart, \ très-régulièrement d'un huit-centième de millimètre, s alors pourquoi la nécessité d'une inclinaison de la jue de 45* au moment de la précipitation de la vapeur •curielle? Cette inclinaison, en la supposant indispenle avec M. Daguerre, ne semblait-elle pas indiquer terventîon d'aiguilles ou de filets cristallins qui se preeut, qui se solidifiaient, qui se groupaient toujours ticalement dans un liquide parfait ou dans un demi-

liquide, et avaient ainsi, relativement à la plaque, m position dépendante de Tinclinaison qu'on avait donoée à celle-ci.

On fera peut-être des milliers de beaux dessins avec le daguerréotype avant que son mode d'action ait (A bien complètement analysé.

En prenant la contre-partie des imperfections que fi signalées plus haut (p. /i72) dans le procédé de M. Niepce, on aurait une énumération à peu près complète des mérites de la méthode que M. Daguerre a découverte à h suite d'un nombre immense d'essais minutieux, pénibles, dispendieux.

Les plus faibles rayons modifient la substance (hti daguerréotype. L'effet se produit avant que les orabrB|i solaires aient eu le temps de se déplacer d'une manière appréciable. Les résultats sont certains si l'on se conforme à des prescriptions très-simples. Enfin, les images une fois produites, l'action des rayons du Soleil, continuée ^ pendant des années, n'en altère ni la pureté, ni Téclal, ni l'harmonie.

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