CHAPITRE IX
PROGÉDé DE M. TALBOT
M. Talbot a communiqué son premier Mémoire à la Société royale de Londres, le 30 janvier 1839 ; ce travail intéressant a été publié en entier quelque temps après dans VAthenœum. M. Talbot recevait les images de la :hambre noire sur du papier imprégné d'une substance particulière ; il ne disait encore ni quelle était cette substance, ni par quel procédé le papier était préparé, ni par juelle méthode, après une première exposition à la lumière, on lui enlevait sa sensibilité. D'après le Mémoire du célèbre physicien anglais, on serait porté à croire que sur ses dessins , le blanc coiTespond aux régions éclairées , et le noir aux parties privées de lumière ; mais le contraire semble résulter d'un article de la Literary Gazette du 2 février, où l'on rend compte de l'exhibition de divers dessins qui a eu lieu dans les salons de l'Institution royale. Sur ce point encore, il fallait donc attendre de plus amples renseignements.
D'après le même Mémoire, M. Talbot se sert de ses procédés pour obtenir des copies exactes, des fac-similé de dessins, de gravures et de manuscrits. La feuille dont on désire une épreuve est pressée, les traits en dessous,
i90 LE DAGUERRÉOTYPE.
sur le papier préparé. La lumière du Soleil la traverse graduellement, excepté dans les lignes noires et opaquei de la gravure, du dessin ou de l'écriture, et dès lorselk en trace une représentation exacte, mais où le noir correspond au blanc et réciproquement. En reproduisant la copie renversée, tout se retrouve dans l'ordre naturel.
Dans cette dernière application de l'action lumineuse, M Talbot éprouva encore le déplaisir d'avoir été devancé par M. Niepce. Les personnes qui ont eu des relations avec M. Charles Chevalier, opticien, peuvent se rappeler avoir vu chez lui, sur une plaque métallique, une figure du Christ transportée d'une gravure sur le métal à l'aide des rayons solaires. La planche en question avait été donnée à M. Chevalier en 1829. Ce jeune artiste a bien voulu , depuis l'annonce de la réclamation de M. Talbot , la déposer dans mes mains. Les blancs et les ombres s'y trouvent reproduits comme dans l'original, c'est-à-dire sans inversion. M. de Laguiche avait une planche du même genre qu'il tenait aussi de M. Niepce.
Je professe une profonde estime pour M. TalboL Je n'ai discuté les titres de cet habile physicien et ceux de M. Daguerre, qu'avec la ferme volonté de rester dans les limites de la plus stricte justice. Personne, et moi moins encore que tout autre, n'a pu mettre en doute la parfaite sincérité de M. Talbot; mais lorsque, mal informé, ce savant ingénieux réclamait formellement la prioriie d'invention, M. Biot et moi nous eussions manqué à notre devoir si nous n'eussions fait connaître des détails 4^ nous tenions de la confiance de M. Daguerre et q' démontrent avec une entière évidence que la priorit*^
itrairement aux prétentions du physicien anglais, aprtient sur tous les points à nos deux compatriotes. Au -plus, les procédés employés en 1839 par M. Talbot, tant qu'il est possible d'en juger par le Mémoire du janvier, étaient ceux que MM. Niepce et Daguerre t essayés à l'origine et auxquels M. Daguerre a substitué méthode, beaucoup plus parfaite, dont le public a miré les résultats.
Xa photographie sur papier a fait depuis 1839 de iDabreux progrès ; on sait aujourd'hui qu'en principe elle nsiste à prendre deux épreuves successives de l'image de l)jet à représenter. Dans la première épreuve, dite néga- >€, l'image de la chambre obscure exerce son action r un papier rendu sensible par de l'iodure et de l'azote d'argent; on plonge l'épreuve dans une dissolution acide gallique, et l'on voit alors les clairs et les demiiBtes se traduire en noir plus ou moins foncé , tandis 16 les ombres restent blanches. On fixe l'épreuve par i lavage dans une dissolution d'hyposulfite de soude , >inme pour les plaques daguerriennes, et on laisse sécher \ papier. En recouvrant une feuille de papier sensible à action de la lumière par l'épreuve négative et exposant 'ensemble des deux feuilles renfermées dans un châssis ^ Vaction de la lumière diffuse du Soleil , on obtient une épreuve positive ^ l'action de la lumière traversant les clairs et ne pouvant pénétrer à travers les noirs de l'épreuve négative ; on développe l'image et on la fixe par les mêmes moyens que nous venons d'indiquer. On conçoit qu'avec nne seule épreuve négative on peut obtenir un grand nombre d'épreuves positives.