‹ Œuvres complètes de François Arago (volume 2)Chapitre 85 sur 117 · DES AVANTAGES DE LA PHOTOGRAPHIE · texte numérisé non relu

DES AVANTAGES DE LA PHOTOGRAPHIE

A l'inspection des premiers tableaux que M. Daguerre a fait voir au public , chacun a songé à l'immense parti qu'on aurait tiré pendant l'expédition d'Egypte tfon moyen de reproduction si exact et si prompt ; chacun a été frappé de cette réflexion que si la photographie avait été connue en 1798, nous aurions aujourd'hui des images fidèles d'un bon nombre de tableaux emblématiques dont la cupidité des Arabes et le vandalisme de certains voyageurs ont privé le monde savant.

Pour copier les millions et millions d'hiéroglyphes qui couvrent, même à l'extérieur, les grands monuments de Thèbes , de Memphis , de Karnak , etc. , il faudrait des vingtaines d'années et des légions de dessinateurs. Avec le daguerréotype, un seul homme pourrait mener à bonne fin cet immense travail. Munissez l'Institut d'Egypte de deux ou trois appareils de M. Daguerre, et sur plusieurs des grandes planches de l'ouvrage célèbre, fruit de notre immortelle expédition, de vastes étendues d'hiéroglyphes réels iront remplacer des hiéroglyphes fictifs ou de pure convention ; et les dessins surpasseront partout en fidélité, en couleur locale, les œuvres des plus habiles peintres; et les images photographiques étant soumises dans leur formation aux règles de la géométrie, permettront, à l'aide d'un petit nombre de données, de remonter aux dimensions exactes des parties les plus élevées, les plus inaccessibles des édifices.

Ces souvenirs où les savants, où les artistes, si zélés et i célèbres attachés à l'armée d'Orient, ne pourraient, ens se méprendre étrangement, trouver l'ombre d'un >lâme, reporteront sans doute la pensée vers les travaux ï^ s'exécutent aujourd'hui dans notre propre pays, sous ^ contrôle de la commission des monuments historiques. i'un coup d'oeil , chacun apercevra alors l'immense rôle |iie les procédés photographiques sont destinés à jouer lans cette grande entreprise nationale; chacun comprendra aussi que les nouveaux procédés se distingueront >ar l'économie, genre de mérite qui, pour le dire en lassant, marche rarement dans les arts avec la perfection les produits.

Se demande-t-on, enfin, si l'art, envisagé en lui-même, loit attendre quelques progrès de l'examen, de l'étude de ^s images dessinées par ce que la nature offre de plus îubtil , de plus délié : par des rayons lumineux ? M. Paul Delaroche va nous répondre.

Dans une note rédigée à notre prière, ce peintre céèbre déclare que les procédés de M. Daguerre portent ri loin la perfection de certaines conditions essentielles de ""art, qu'ils deviendront pour les peintres, même les plus labiles, un sujet d'observations et d'études. Ce qui le Tappe dans les dessins photographiques, c'est que le fini 3' un t précieux inimaginable ne trouble en rien la tranquillité des masses, ne nuit en aucune manière à l'effet Général ». t La correction des lignes, dit ailleurs M. Delaroche, la précision des formes est aussi complète que possible dans les dessins de M. Daguerre, et l'on y reconnaît en même temps un modelé large, énergique et

un ensemble aussi riche de ton que d'effet... Le peini trouvera dans ce procédé un moyen prompt de faire collections d'études qu'il ne pourrait obtenir autre qu'avec beaucoup de temps, de peine, et d'une maniai bien moins parfaite, quel que fût d'ailleurs son talents Après avoir combattu par d'excellents arguments les opinions de ceux qui se sont imaginé que la photograpfni nuirait à nos artistes et surtout à nos habiles graveun, M. Delaroche termine sa note par cette réflexion :iBi résumé, l'admirable découverte de M. Daguerre esta immense service rendu aux arts. » Nous ne comroetlroi pas la faute de rien ajouter à un pareil témoignage.

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