‹ Œuvres complètes de François Arago (volume 2)Chapitre 87 sur 117 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

UTILITÉ SCIENTIFIQUE DE L'iNYENTION DE If. DAGDERU fq'-l

■Ifî'JS

L'académicien qui connaissait déjà depuis qoelqner^oiic mois les préparations sur lesquelles naissent les bean dessins obtenus par la fixation de$ images de la chainbi obscure , n'a pas cru devoir tirer parti alors du secnl qu'il tenait de l'honorable confiance de M. Daguerre.B a pensé qu*avant d'entrer dans la large carrière de » cherches que les procédés photographiques viennent fot fcrçoit vrir aux physiciens, il était de sa délicatesse d' attend» fcarfai qu'une rémunération nationale eût mis les mêmes mflti loa d d'investigation aux mains de tous les observateurs, ù I iine parlant de l'utilité scientifique de l'invention de note \l vi compatriote, il ne pouvait guère en 1839 procéder (f» par voie de conjectures. Les faits, au reste, sont clairs, \ Apalpables, et il avait peu à craindre que l'avenir te \; démentît. On va en juger, car nous reproduisons textafillement ici les remarques que nous avons présentées daw notre Rapport à la Chambre des députés.

f La préparation sur laquelle M. Daguerre opère e^ un réactif beaucoup plus sensible à l'action de la lumière que tous ceux dont on s'était servi jusqu'ici. Jamais les rayons de la Lune, nous ne disons pas à l'état naturel, mais condensés au foyer de la plus grande lentille, au foyer du plus large miroir réfléchissant, n'avaient produit d'effet physique perceptible. Les lames de plaqué préparées par M. Daguerre, blanchissent au contraire à tel

SOUS l'action de ces mêmes rayons et des opérations i succèdent, qu'il est permis d'espérer qu'on pourra des cartes photographiques de notre satellite. C'est [u'en quelques minutes on exécutera un des travaux us longs, les plus minutieux, les plus délicats de )nomie,

ne branche importante des sciences d'observation calcul, celle qui traite de l'intensité de la lumière, Hométrie, a fait jusqu'ici peu de progrès. Le physiirrive assez bien à déterminer les intensités compas de deux lumières voisines l'une de l'autre et qu'il oit simultanément; mais on n'a que des moyens faits d'effectuer cette comparaison, quand la conde simultanéité n'existe pas ; quand il faut opérer [le lumière visible à présent et une lumière qui ne v^isible qu'après et lorsque la première aura dîs-

38 lumières artificielles de comparaison auxquelles, les cas dont nous venons de parler, l'observateur duit à avoir recours, sont rarement douées de la mence, de la fixité désirables ; rarement, et surtout l il s'agit des astres, nos lumières artificielles ont ncheur nécessaire. C'est pour cela qu'il y a de fort les différences entre les déterminations des intensités aratives du Soleil et de la Lune, du Soleil et des s, données par des savants également habiles ; c'est cela que les conséquences sublimes qui résultent s dernières comparaisons, relativement à l'humble J que notre Soleil doit occuper parmi les milliards oleils dont le firmament est parsemé, sont encore

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entourées d'une certaine réserve, même dans les ouvragil|^ des auteurs les moins timides.

t N'hésitons pas à le dire, les réactifs découverts pal ^ M, Daguerre hâteront les progrès d'une des sciences qé honorent le plus l'esprit humain. Avec leur secours, te physicien pourra procéder désormais par voie d'intoisités absolues : il comparera les lumières par leurs effets. S'il y trouve de l'utilité, le même tableau lui donnera des empreintes des rayons éblouissants du Soleil, des rayoBB trois cent mille fois plus faibles de la Lune, des rayon des étoiles. Ces empreintes, il les égalisera, soit en aff»blissant les plus fortes lumières, à l'aide de moyw excellents, résultat des découvertes récentes, mais dont l'indication serait ici déplacée, soit en ne laissant agir les rayons les plus brillants que pendant une seconde, par exemple, et continuant au besoin l'action des autres jusqu'à une demi-heure. Au reste, quand des observateuis appliquent un nouvel instrument à l'étude de la nature, ce qu'ils en ont espéré est toujours peu de chose relativement à la succession de découvertes dont Tinstruinent devient l'origine. En ce genre, c'est sur l'imprévu qu'on doit particulièrement compter^. Cette pensée semble-t-elle paradoxale ? Quelques citations en montreront la justesse.

1. Voici une application dont le daguerréotype sera susceptible et qui me semble très-digne d'intérêt.

L'observation a montré que le spectre solaire n'est pas continu, qu'il y existe des solutions de continuité transversales, des raies entièrement noires. Y a-t-il des solutions de continuité pareilles dans les rayons obscurs qui paraissent produire les effets photogéniques? S'il y en a, correspondent-elles aux raies noires du spectre lumineux?

Puisque plusieurs des raies transversales du spectre sont visibles

- c Des enfants attachent fortuitement deux verres lenti- Snolaires de différents foyers aux deux bouts d'un tube. JUb créent ainsi un instrument qui grossit les objets éloi- :^és, qui les représente comme s'ils s'étaient rapprochés. ^£es observateurs s'en emparent avec la seule, avec la ^aodeste espérance de voir un peu mieux des astres ^SQDnus de toute antiquité mais qu'on n'avait pu étudier ^iOsque-là que d'une manière imparfaite. A peine, cepen- ^iant, est-il tourné vers le firmament, qu'on découvre des myriades de nouveaux mondes ; que, pénétrant dans la ^;X»l8titution des six planètes des anciens, on la trouve • UMdogue à celle de la Terre, par des montagnes dont jn mesure les hauteurs, par des atmosphères dont on jmt les bouleversements, par des phénomènes de forjoation et de fusion de glaces polaires, analogues à ceux Jes pôles terrestres; par des mouvements rotatifs sem-^ ^^.idables à celui qui produit ici-bas l'intermittence des Jours et des nuits. Dirigé sur Saturne, le tube des enfants ia lunetier de Middlebourg y dessine un phénomène dont J*étrangeté dépasse tout ce que les imaginations les plus ;^,Mrdentes avaient pu rêver. Nous voulons parler de cet .anneau, ou, si on l'aime mieux, de ce pont sans piles, jie 71 ,000 lieues de diamètre, de 12,000 lieues de lar-

"geur, qui entoure de tout côté le globe de la planète,

à rœll nu, ou quand eUes se peignent sur la rétine sans amplification aucune, le problème que je viens de poser sera aisément ré- \ohL On fera une sorte d'œil artificiel en plaçant une lentille entre ^e prisme et Técran où tombera le spectre, et l'on cherchera ensuite, fût-ce même à l'aide d'une loupe, la place des raies noires ^e l'image photogénique par rapport aux raies noires du spectre jQmineux. *

al

sans en approcher nulle part à moins de 9,000 lieixi Quelqu'un avait-il prévu qu'appliquée à Tobsenati des quatre lunes de Jupiter, la lunette y ferait voir les rayons lumineux se meuvent avec une vitesse à 77,000 lieues à la seconde ; qu'attachée aux instrumenii gradués, elle servirait à démontrer qu'il n'existe poU d'étoiles dont la lumière nous parvienne en moins à trois ans; qu'en suivant enfin, à son aide, certaines olm vations, certaines analogies, on irait jusqu'à concloi avec une immense probabilité, que le rayon par hpi^ dans un instant donné, nous apercevons certaines oéto leuses, en était parti depuis plusieurs millions d'aonéoi en d'autres termes, que ces nébuleuses, à cause de II propagation successive de la lumière, seraient wiHi de la Terre plusieurs millions d'années après leur aoéiih tissement complet,

« La lunette des objets voisins, le microscope, donnerai lieu à des remarques analogues, car la nature n'est pal ; moins admirable, n'est pas moins variée dans sa petitessa que dans son immensité. Appliqué d'abord à Fcbservation de quelques insectes dont les naturalistes défr raient seulement amplifier la forme afin de la miem reproduire par la gravure, le microscope a dévoilé ensuite ^ et inopinément dans l'air, dans l'eau , dans tous te liquides, ces animalcules, ces infusoires, ces étranges productions où l'on peut espérer de trouver un jwff les premiers germes d'une explication rationnelle i^ phénomènes de la vie. Dirigé récenmient sur des fragments menus de diverses pierres comprises parmi te plus dures , les plus compactes dont l'écorce de notre

jlobe se compose, le microscope a montré aux yeux étonnés des observateurs que ces pierres ont vécu, qu'elles wnt une pâte formée de milliards de milliards d'animalzvles riiicroscopiques soudés entre eux.

€ On se rappellera que cette digression était destinée à détromper les personnes qui voudraient, à tort, renfermer les applications scientifiques des procédés de M. Daguerre dans le cadre actuellement prévu dont nous avons tracé le contour; eh bien, les faits justifient déjà nos espérances. Nous pourrions, par exemple, parler de quelques idées qu'on a eues sur les moyens rapides d'investigation que le topographe pourra emprunter à la photographie; mais nous irons plus droit à notre but en conagnant ici une observation singulière dont M. Daguerre nous entretenait hier : suivant lui, les heures du matin et les heures du soir également éloignées du midi et correspondant dès lors à de semblables hauteurs du Soleil au-dessus de l'horizon, ne sont pas cependant également favorables à la production des images photographiques. Ainsi , dans toutes les saisons de l'année , et par des circonstances atmosphériques en apparence exactement semblables, l'image se forme un peu plus promptement à sept heures du matin, par exemple, qu'à cinq heures de l'après-midi, à huit heures qu'à quatre heures, à neuf heures qu'à trois heures. Supposons ce résultat .vérifié, et le météorologiste aura un élément de plus à consigner dans ses tableaux, et aux observations anciennes de l'état du thermomètre, du baromètre, de l'hygromètre et de la diaphanéité de l'air, il devra ajouter un élément que les premiers instruments n'accusent pas,

et il faudra tenir compte d'une absorption particulière, qui peut ne pas être sans influence sur beaucoup d'autres phénomènes, sur ceux même qui sont du ressort de la physiologie et de la médecine *. »

i. La remarque de M. Daguerre sur la dissemblance comparatiTe et constante des effets de la lumière solaire à des heures de la joQ^ née où Tastre est également élevé au-dessus de Thorizon, semble, U faut Tavouer, devoir apporter des difficultés de plus d^un genre dans les recherches photométriques qu'on voudra entreprendre a?ee le daguerréotype.

En général , à Torigine de la divulgation des procédés de M. Daguerre, on s'est montré peu disposé à admettre que le même instniment puisse servir jamais à faire des portraits. Le problème renfermait, en effet, deux conditions en apparence inconciliables. Four que rimage naquit rapidement, c'est-à-dire pendant les quatre on cinq minutes d'immobilité qu'on devait exiger et attendre d'une personne vivante, il fallait que la figure fût en plein soleil ; mais en plein soleil une vive lumière force la personne la plus impassible à un clignotement continuel; elle grimace ; toute lliabitude faciale se trouve changée.

M. Daguerre a reconnu, quant à l'iodure d'argent dont les plaques sont recouvertes, que les rayons qui traversent certains verres bleus y produisent la presque totalité des effets photogéniques. En plaçant un de ces verres entre la personne qui pose et le Soleil, on pouvait donc avoir une image photogénique presque aussi vite que si le verre n'existait pas, et cependant la lumière éclairante étant alors très-douce, il n'y avait plus lieu à grimace ou à clignotements trop répétés.

On n'a pas tardé, du reste, à trouver des matières plus sensibles à l'action de la lumière que l'iodure d'argent seul ; après avoir ioduré une plaque argentée, on la soumet pendant quelques instants à l'action du chlore et de la vapeur de brome ; il sulBt ensuite de moins d'une minute , de 30 à 40 secondes , pour qoe rimage de la chambre obscure s'imprime sur la couche sensiblCi

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