‹ Œuvres complètes de François Arago (volume 2)Chapitre 89 sur 117 · SUR LA GRAVURE PHOTOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

SUR LA GRAVURE PHOTOGRAPHIQUE

Peu de temps après la divulgation des procédés de M. Daguerre, plusieurs personnes songèrent à graver les images photogéniques et à les reproduire par l'impreftsion. Je dus faire remarquer alors que M. Niepce père avait, lui aussi, transformé, à l'aide d'un mordant, les images photogénées en planches propres à donner des épreuves. Quant à M. Daguerre, quoiqu'il eût essayé depuis longtemps l'action de certains acides à l'état de liquide et à l'état de vapeur sur les images au mercure, il n'en avait rien publié, parce que les résultats lui semblaient être et devaient rester infructueux.

Voici les explications que M. Daguerre m'a adressées

œ sujet, et que j'ai communiquées à l'Académie des Lcnces le 30 septembre 1839 :

m On sait que dans le procédé de M. Niepce père, avec [uel je m'étais associé, on emploie un vernis de bitume Judée appliqué sur une planche métallique, et que, m: l'effet d'un dissolvant qu'il indique, le métal est entièaient mis à nu dans les endroits où la lumière n'a pas ippé. Comme M. Niepce se servait principalement de a procédé pour la copie de gravures mises en contact ©c la couche sensible , il n'est pas étonnant qu'il ait »sé à attaquer sa plaque au moyen d'un acide, puls- L^elle se trouvait découverte dans les endroits bruns, et :i.t à fait couverte dans les endroits clairs , conditions t-ièrement semblables à celles qu'exige la gravure. D'un .tre côté, le travail était, aussi, convenablement dessiné »xir être gravé, puisqu'il consistait dans la reproduction une gravure. Cependant, comme il n'était pas possible î mordre à différentes reprises sans faire intervenir l'art i graveur, et que par conséquent les tailles avaient Utes la même profondeur, le résultat n'était que trèsfcfectueux, comme vous en pourrez juger d'après la Bnche que je vous soumets et l'épreuve qui en a été ^ée. { Cette épreuve m'avait été donnée par M. Niepce ''ant notre association. ) On conçoit que cette applica- )n du procédé de M. Niepce à la gravure ne pouvait \B avoir lieu pour les images obtenues dans la chambre lire, parce que dans ces dernières le vernis n'est entièment enlevé que dans les grandes vigueurs, et que les mi-teintes n'étant produites que par le plus ou le moins épaisseur du vernis, il est impossible que l'acide agisse

dans le même rapport, ce que j'ai déjà dit dans une que j'ai ajoutée au procédé de M. Niepce. Cet inc nient n'existe plus depuis les modifications que f ai a tées au procédé , car j'ai substitué au bitume le i de l'huile essentielle de lavande, et ce résida, di dans l'alcool et étendu sur une plaque de métal ( verre, ne produit pas une couche continue, mais pre sur toute la surface une suite de petites ^hérol résine qui laissent entre elles le métal à découvert, pourquoi on peut ainsi mordre la plaque ao moyeD acide, et c'est ce que j'ai fait sur une épreuve sur y obtenue dans la chambre noire, au moyen de l'acidf rîque, et, pour en voir le résultat, j'ai chargé de n( parties du verre attaquées par l'acide.

• Mais cette image était très-défectueuse, parc Tacide ayant agi partout également, il n'y avait paj do dôicradation dans les teintes, inconvénient qii îmjvssîblo d'éviter en attaquant, par une seule mo une planche dont le travail n'a pas été disposé poui Ce^ détails suffisent déjà pour prouver que je lu occu^v de la gra\^.uv des images, et si je n'en parlé dans la description des mcKiifications que f ai î lèes au proeèJè de M, Niepce, c'esî que jen ai ju rv:s;hîals trvp iîî>[vir:i:îs^

c H est bien pr.^uvê, par la coirespondaD \l* Niepoe* que fa: d-AVJiverL dans le mois d IS;^!. les pr,pr:è:ès Je îa /jini^re sar Tio^de mîs ei t»ot avec Tirc^^iut. Je n'ii dêouvert Tapplicatio rciercurv qu\:: ISoô», O:: peu: jessser que, dan ^JtiU^iL iiLi^ dfinîen tlk rc**re ks deox

L faire un grand nombre d'expériences, et qu'employant jjours, pour ces expériences, des planches métalliques, a dû souvent me venir à l'idée de fixer Timage par la avure.

« A cette époque, je ne savais pas que Fimage existe r l'iode avant d'être apparente, et j'attendais qu'elle se : manifestée par la coloration de l'iode. Cette image lit fugace, puisqu'elle se colorait indéfiniment, et d'ailixs les clairs et les ombres y étaient transposés. Cepennt, dans cet état, les acides agissaient difl*éremment r les parties de l'iode non colorées par la lumière, et r celles qui étaient colorées, et j'obtenais, par leur plication, une gravure extrêmement faible. « Une expérience, faite sur une plaque sortant de la ambre noire et sur laquelle l'image était devenue appaite par la coloration de l'iode par la lumière, m'avait txiontré que le gaz acide carbonique , en contact avec plaque légèrement mouillée, avait produit, par sa nabinaison avec les parties de l'iode frappées par la Dière, un composé très-blanc, et avait ainsi remis les irs et les ombres dans leur état naturel ; mais la dégration des teintes était imparfaite. Cette expérience m'a ané plusieurs fois le même résultat, « J'avais remarqué qu'en mettant dans une capsule du lorate de potasse, et qu'en le chauffant avec une lampe Ds un appareil à peu près semblable à celui qu'on iploie aujourd'hui pour le mercure, l'image produite, cnme il est dit ci-dessus, par la coloration de l'iode par i lumière , apparaissait en clair , absolument comme lUngendre aujourd'hui la vapeur mercurielle.

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€ Après être arrivé à la connaissance de la propriété du mercure • Timage était loin (f être aussi complète ■^* qu elle Test maintenant. Je voyais avec peine sa fragilité,

o'osl-^i-^iii'e !a lacilité avec laquelle le frottement en enle- p \ ait !e mercure, et je voulais parvenir à lui donner pins de lixité. Pour tâcher d^atteindre ce but, je commençai ime ?êrie d'expériences à i'aide des acides. Je savais qu il était dillicile de trouver un acide qui agît surTarj;eut siiis ailecier le mercure. Mais fidee me vint que, dans !e lenips nécessaire pour que TactioD de Tacide se mauirestdt sur rai'^ent dans les parties ou il est à décoovert, le mercure le présen erait dans celles qu'il recoa- \re^ jus^^iu à ce qu il cédât lui-même à faction de l'acide. J*ai ed'ectivement obtenu ainsi plusieurs résultats avec dilïéreius acides, entre autres avec im mélange d'acide àiiorindrique et diacide nitrique étendus Jeaa, aiisi qua^ec plusieurs \apeurs acides* Sais ces résultats étaient défectueux , et toujours par la cause que fai siguiiiée pius aaut. c'est -à -dire par imposBLbOîté de mordre à plusieurs reprises ?ans taire intervenir le tafcfll du graveur. Je savais» du reste, que Tardent est trop :eadre pour en espérer 'in ùrage même d^m très-petit aouibre d'épreuves*

1 Je dois le dire ici • :e but que je me proposais dan? ces eipëriences a'etait pas i* arriver i mrer vies -épreavesy mais bien . en rempiissouc de noir les parties da Ecétai ;ittaquêes par L'acide, ie donner «ie la vigueur lox îmaaes.

4 Aujourd'hui que .e pnx'edé est arrivé i une p&E ^nmde ^erfecùoa ec cm^'i joone ine messe ie ^tiik viui suuùeut rèpreuve vie la loupe . ^ se^ pbs qK

aimais convaincu de Timpossibilité d'arriver par la gravure sur la plaque même, à tirer des épreuves qui approlient le moins du monde de la perfection d'une image nésentant le maximum d'effet que donne le procédé; ^«CLT dans une épreuve obtenue dans ces conditions où la Perspective aérieone est reproduite avec toute sa dégradation de teintes, les plus grandes vigueurs de l'image ïoivent être complètement nettes de mercure, ce qui rend winpossible de reproduire ces vigueurs par la morsure, puisque cette morsure agit également et produit de larges creux qui ne peuvent retenir le noir d'impression; en gravure on évite cet inconvénient en ne produisant que des creux assez étroits pour qu'ils retiennent le' noir, ïour vaincre cette difficulté, qui est évidente, il faudrait exposer longtemps au mercure l'épreuve qu'on veut graver, afin qu'il s'y attachât partout, même dans les grandes vigueurs; par ce moyen, on obtiendrait un grain sur toute la surface de la plaque ; mais aussi cette épreuve ne serait pas dans les conditions voulues , car elle n'offrirait plus ni perspective aérienne, ni finesse de détails. « Je termine en disant que je regarde comme impossible d'arriver par la gravure sur la plaque même, à un résultat semblable à celui que présente une épreuve exécutée dans toutes les conditions du procédé ; mais je ne pense pas de même d'un transport du mercure sur un autre corps, ce que je regarde comme possible. Un perfectionnement qui pourrait être considéré comme tel, serait le moyen de noircir l'argent dans les vigueurs sans attaquer le mercure ; on détruirait ainsi le miroitage de la plaque. Une autre amélioration non moins importante^

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consistera à empêcher que le mercure, qui s'attache ai parties de Tirnage qui ont été trop longtemps exposées! la lumière, ne perde de son éclat ; je verrai avec le phi grand plaisir les recherches se diriger de ce côté. Quant à la conservation de Timage, cela ne présente aucune difficulté puisqu'on peut toujours place];les épreuves sous verre et les border de papier collé pour les garantir do contact des vapeurs, qui peuvent seules nuire surtoolà i Targent. »

La planche et Tépreuve dont il est question dans h lettre de M. Da guerre ont été placées sous les yeux à r Académie. On a fait circuler aussi les deux lettres originales de M. Niepce père à M. Daguerre, en date è février et juin 1827, relatives à la gravure sur (ta épreuves photogénées. Nous les reproduisons ici :

« Chalon-sur-Saône, février 1827. ^ ,

f'ji

• Monsieur,

• J'ai reçu hier votre réponse à ma lettre du 25 janvier isiç 1826. Depuis quatre mois je ne travaille plus, lanMfr li vaise saison s'y oppose absolument. J'ai perfection!^ ii • d'une manière sensible mes procédés pour la gravure* oe métal; mais les résultats que j'ai obtenus ne m'ayrf

point encore fourni d'épreuves assez correctes, je nep* satisfaire le désir que vous me témoignez. Je dois sdi doute le regretter plus pour moi que pour vous, Monsifift puisque le mode d'application auquel vous vous livrai tout différent, et vous promet un degré de supériirf que ne comporterait pas celui de la gravure, ce qui * \i

empêche pas de vous souhaiter tout le succès que vous ivez ambitionner, ï J'ai l'honneur, etc. •

« Chalon-sur-Saône, le U Juin 1827.

« Monsieur,

I Vous recevrez, presque en même temps que ma lettre, ç caisse contenant une planche d'étain, gravée d'après îs procédés héliographiques, et une épreuve de cette îine planche très-défectueuse et beaucoup trop faible. >us jugerez par là que j'ai besoin de toute votre indulnce, et que, si je me suis enfin décidé à vous adresser t envoi, c'est uniquement pour répondre au désir que us avez bien voulu me témoigner. Je crois, malgré la, que ce genre d'application n'est point à dédaigner, îsque j'ai pu, quoique entièrement étranger à l'art du ssin et de la gravure, obtenir un semblable résultat, vous prie, Monsieur, de me dire ce que vous en pensez, résultat n'est même point récent, il date du printemps Hier ; depuis lors j'ai été détourné de mes recherches • d'autres occupations. Je vais les reprendre aujourui que la campagne est dans tout l'éclat de sa parure , me livrer exclusivement à la copie des points de vue près nature. C'est , sans doute, ce que cet objet peut îr de plus intéressant ; mais je ne me dissimule point i plus les difficultés qu'il présente quant au travail de gravure. L'entreprise est donc bien au-dessus de mes ces ; aussi toute mon ambition se borne-t-elle à pouvoir montrer, par des résultats plus ou moins satisfaisants, possibilité d'une réussite complète, si une main habile

et exercée aux procédés de Vaqua-tinta , coopérait pv la suite à ce travail. Vous me demanderez probablemaÉ, Monsieur, pourquoi je grave sur étain au lieu de grawr] sur cuivre. Je me suis bien servi également de ce dernier métal ; mais pour mes premiers essais j'ai dû préférer rétain dont je m'étais d'ailleurs procuré quelques planches destinées à mes expériences dans la chambre noire: la blancheur éclatante de ce métal le rendant bien pli propre à réfléchir l'image des objets représentés.

• Je pense, Monsieur, que vous aurez donné suite à vos premiers essais : vous étiez en trop beau chemin pour ei rester là. Nous occupant du même objet, nous devd» trouver un égal intérêt dans la réciprocité de noseffirt pour atteindre le but. J'apprendrai donc avec bien de la satisfaction que la nouvelle expérience que vous avei pu faire à l'aide de votre chambre obscure perfectionnée a eu un succès conforme à votre attente. Dans ce cas, Monsieur, et s'il n'y a pas d'indiscrétion de ma part, je serais aussi désireux d'en connaître le résultat que je serais flatté de pouvoir vous offrir celui des rechercha du même genre qui vont m' occuper.

t Agréez , je vous prie, etc. »

Ces diverses pièces , malgré leur authenticité et lear date certaine, seraient sans valeur dans une discussiûi de priorité, contre la personne qui , n'en ayant pas ei connaissance, aurait la première entretenu le public de la combinaison des méthodes photogéniques et des pw: cédés de la gravure. Sur ce point, la priorité de M. Niepce résulte d'une citation détaillée de l'article 8 du traité,

""citation faîte dans la séance de F Académie où les mé- ' tbodes photogéniques furent dévoilées. Dans cette citation, "dont cinquante personnes se ressouviennent, j'ai averti que M. Niepce avait trouvé de l'avantage à ajouter un f>eu de cire à son vernis, quand il faisait une image avec l'intention de la transformer en planche à graver. J'ai dit «itissi que M. Lemaître était le graveur que MM. Niepce et Daguerre s'étaient associé, pour perfectionner les {Planches ébauchées.

L'article suivant du traité provisoire, passé le 14 dé- <^mbre 1829 entre MM. Niepce et Daguerre, prouve cpi'alors encore les deux associés espéraient tirer parti ^es planches gravées sur des dessins photogénés :

Art. 8. • Lorsque les associés jugeront convenable de faire l'application de ladite découverte aux procédés de la gravure, c'est-à-dire de constater les avantages qui résulteraient, pour un graveur, de l'application desdits procédés qui lui procureraient par là une ébauche avancée, MM. Niepce et Daguerre s'engagent à ne choisir aucune autre personne que M. Lemaître pour faire ladite application. >

Au reste, dans le rapport que j'ai fait à la Chambre des députés le 8 juillet 1839 et qui a été imprimé trois jours après, il est question ( voir plus haut , p. 470 ) de t la formation (par M. Niepce) à l'usage des graveurs, de planches à l'état d'ébauches avancées. » On trouve ,. enfin ce passage de M. Niepce dans la brochure publiée ^ par M. Daguerre :

• Le vernis employé pouvant s'appliquer indifféremment sur pierre, sur métal et sur verre, sans rien changer

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à la manipulation, je ne m'arrêterai qu'au mode d( nipulation sur argent plaqué et sur verre, en faisant i fois remarquer, quant à la gravure sur cuivre, qui peut sans inconvénient ajouter à la composition du \ une petite quantité de cire dissoute dans l'huile esseo de lavande. >

M. Niepce de Saint-Victor, qui s'occupe avec si d'ajouter de nouveaux perfectionnements au grand à la découverte duquel son oncle, M. Niepce, a pris si forte part , est parvenu à obtenir des gravures i remarquables, en reportant sur acier des images pi graphiques et en soumettant ensuite la planche à Ta d'agents corrosifs. Ces essais permettent d'espérer qi problème de la gravure héliographique sera uû complètement résolu.

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