CONCLUSION
Je me suis attaché, dans cette Notice, à démo que la photographie est une invention complètement çaisc ; je suis heureux en terminant d'ajouter que, nier la part considérable que M. Talbot doit revend! ïdans l'invention des procédés qui servent à donne images sur papier, on peut cependant affirmer qui principaux perfectionnements, qu'a reçus successive Tari découvert par MM. Niepce et Daguerre, sont c dos Français : à M. Claudet, qui a trouvé le moye réduire à quelques secondes la durée d'exposition
chambre obscure ; à M. Fizeau , qui a découvert un ent précieux pour donner plus de ton et de fixité aux âges ; à M. Blanquart-Évrard, qui a su rendre rapides simples les procédés de photographie sur papier; à| Niepce de Saint-Victor, qui a inventé la photographie ? le verre albuminé ; à M. Legray, qui a substitué le lodion à T albumine dans cette dernière branche trèsportante de l'art nouveau, etc., etc. Grâce à tant efforts couronnés de succès , la photographie a atteint, peu d'années, une perfection inattendue; cet art s'est >andu dans toutes les parties du monde avec une rapié que je n'aurais pas osé espérer à l'époque où il inait naissance et où, selon certaines personnes, je lui ^disais cependant un trop brillant avenir.
La phosphorescence est la propriété que possèdent certains corps d'être lumineux dans T obscurité, lorsqu'ils ont été placés dans certaines circonstances.
Benvenuto Cellini paraît avoir fait mention le premier de la phosphorescence des minéraux; il rapporte, dansa» ouvrage, Due trattati dell* Orificeriaj publié au commeft; ^ cernent du xvi* siècle, avoir vu une escarboucle brite dans l'obscurité, et il ajoute qu'une pierre colorée de 1^ même espèce fut trouvée dans un vignoble , aux envinais de Rome, sa présence ayant été trahie par la lumière qu'elle répandait durant la nuit. Boyle observa, en 166J, qu'un diamant qui a été soumis à l'influence de la chaleur, du frottement, ou à une simple pression, émrt ensuite une quantité de lumière égale à celle qui émane d'un ver luisant.
Homberg, Beccari, Dufay et quelques autres physiciens s'occupèrent aussi des matières phosphorescentes sans beaucoup ajouter aux notions assez vagues que Fott posséda jusqu'à la fin du xvin* siècle sur ces singulieA phénomènes.
' Dans une Note de Pallas, qui a été insérée, en 1783, dans le tome i*' des Mémoires de Pétersbourg^ on lit que le spalh-lluor de Catherinenbourg devient lumineux à h simple chaleur de la main lorsqu'on l'y tient renferjné
SUR LÀ PHOSPHORESCENGB. 549
une demi-minute seulement. La lueur que le cristal répand atlors est blanchâtre et pâle ; à la chaleur de Teau bouillante, cette lueur verdit; par une température plus élevée, l«L lumière phosphorescente passe d'un vert céladon au plus beau bleu de turquoise ; phénomènes que les fluors communs n'offrent pas.
La couleur générale du filon est un violet pâle; on ^oit par-ci par-là des parties plus foncées; ailleurs on xemarque des couches d'une transparence blanchâtre, tirant parfois sur le vert. Ce sont les veines verdâtres qui jouissent au plus haut degré de la vertu phosphorique, et qui passent par la chaleur au bleu le plus vif. Dans les fluors qu'on trouve à la montagne d'Ouboûkoûn, près du Selenga, et dans ceux du Breitenbrunn en Saxe, qui sont veinés de vert sur un fond violet, les veines vertes deviennent lumineuses par une chaleur médiocre, tandis que le reste n'émet aucune lueur sensible, et quelquefois n'est point phosphorique du tout.
Wedgwood, en 1792 {Transactions philosophiques y t. Lxxxii, p. 28-270), et l'abbé Haûy, en 1801 {Traité de minéralogie) j recherchèrent la propriété phosphorescente dans un certain nombre de minéraux ; ils mettaient cette propriété en évidence au moyen d'un fer chaud sur lequel ils jetaient le minéral après l'avoir réduit en poudre. Outre le bois pourri et quelques matières minérales, on compta, après ces recherches, une douzaine de corps phosphorescents.
La question a été soumise à une nouvelle étude, en 1819, par M. Brewster. « Dans mes expériences, dit cet illustre physicien, je ne réduisais jamais le corps en
poudre, mais j'en prenais un fragment que je jetais sur mie masse épaisse de fer chaud, après F avoir porte dans une chambre obscure. Quand la manifestation de la phosphorescence ne résultait pas immédiatement de l'emploi de cette méthode, je prenais un canon de pistolet, et après en avoir bouché la lumière, j'introduisais le minéral dans la culasse, que je plaçais ensuite sur le feu. Avant la production de la chaleur rouge, j'apercevais aisément la phosphorescence en regardant dans le J canon; ce que je faisais quelquefois au travers d'une plaque de verre qui servait à garantir mon œil de Fair chaud, quelquefois au travers d'un petit télescope ajusté de manière à rendre distincte la vision des objets siloft au fond du canon. D'autres fois, je n'introduisais h minéral dans le canon qu'après l'avoir tiré du feu, et lorsque la chaleur rouge était entièrement passée. »
De cette manière, M. Brewster a obtenu les résultats suivants :
Table des minéraux phosphorescents.
Nom. des minéranx. '^J^SnZ.'Sr' ''"t"'»» iSSL"^
Spath fluor rose verte.
Jd pourpre bleuâtre.
Id blanc bleuâtre. . . bleue.
Fluor compacte jaunâtre d'un beau yert
5 Fluor arénacé blanc étincelle blanchâtre.
Spath calcaire jaune jaune. i^
Id transparent jaunâtre. \
Pierre à chaux du Nord. » » j
Id. de rirlande. » rouge jaunâtre. \
Phosphate de chaux.... rose jaune. i
10 Arragonite blanc sale jaune rougeâtre.
Carbonate de baryte. . . blanchâtre blanc pâle.
Harmotome incolore jaune rougeâtre.
Dipyre blanche des points lumineux.
,o ^«- ».;»^..n« Conlenr oa aspect Gouleur, intensité, aspect
is des minépanx. ^^^ minérauL de linr Inmiôre.
imatite de Glentilt janne.
■. de Cornonailles bleuâtre.
ze d'Aberdeenshire . bleue bleuâtre.
. du Brésil jauue jaunâtre, lumière faible.
. de la Nouvelle- Hollande .... blanche bleuâtre.
illite rougeâtre écarlate.
ite de cbaux jaunâtre. . < lumière faible:
de baryte jaune lumière pâle.
Id ardoise lumière pâle.
ite de strontiane.. . bleuâtre un fragment a brillé d'un
éclat assez vif.
de plomb transparent lumière faible et intermittente.
jrdrite rougeâtre lumière faible.
lite d'un vert obscur, assez brillante.
ti magnésien jaunâtre blanche, faible.
i d'argent rouge. . . . rouge assezbrûlante^mais fugitive.
strontianite blanche faible.
aiate de plomb .... jaunâtre d'un blanc éclatant.
ne jaune d'un blanc éclatant
lolite blanchâtre jaune rougeâtre.
verdâtre blanchâtre.
de Waygatz noire des taches blanches.
Id brune lumière assez vive.
3 de titane noire de faibles taches.
*e de corne grise jaunâtre.
ti tabulaire de Do-
atska blanchâtre jaunâtre.
s-Iazuli bleue lumière faible.
umène verdâtre lumière faible.
lite rougeâtre extrêmement faible.
lite blanc jaunâtre.. . bleuâtre.
oiine brune lumière faible.
te verte assez brillante.
lite teinte rougeâtre. bleue, très-vive.
iste rigide assez vive.
lolite transparente .... brillante.
Qdon brune brillante.
stase 1 obscure jaune rougeâtre.
a phosphorescence de Tanastase est entièrement différente e des autres minéraux ; elle apparaît subitement comme une e et s'évanouit en peu d'instants.
5«i SUR LA PHOSPHORESCENCE.
w<.m. <1m miniraiiT Couleor OU aspcct Conlenr, intensité, aspect
Noms dei minéraux. ^^ minéraux. de lior himièie.
50 Tungstato de chaux. . • . blanc jaunâtre, comme un charbon ardent
Quartz \ / très-faible.
Amùtli ysto j (La phospho- 1 faible.
Obsiiiienno I rescence de ces 1 assez vive^ d'un bien sale.
Mt^âotypo d'Auvergne.. ( neuf minéraux J très-faible.
Actiuote vitreux ) fut observée / de petites taches.
Ar^tuit rougo I dans le canon J plutôt vive que faible.
Muriate d*urgeut I de pistolet.) I bleue.
Garbvmatû do cuivre. ... | [ très-faible.
Télosie verte / ^ bleu pâle, assez vive.
De SCS recherches, M. Brewster tire, en outre, les const^quences suivantes :
« l* La propriété d'émettre la lumière phosphoriq» & une certaine température est commune à un grand uombi^e do substances minérales ;
* 2* 1-os minéraux qui jouissent de cette propriété sont en général colorés, ou imparfaitement transparents;
* iV La couleur de la lumière phosphorique n'a pas de n^pport lîxo avec la couleur du minéral ;
« ,V Cotte propriété peut être complètement détruite l^ir rapp!ioatiN>n d'une chaleur intense;
*y K:\ i:o:.érdL la I;i!:::ère n'est p3s réabsorbée par les cv^rjv< ph.\<j>:u^nL*soe!î;5 exp.^sés à s^n action ;
* 0* L\\\.sieuvV de .a Lmii-lre pao^sphonque que la ch,i!our vî;\el,v^;^e u'd ,ii:.in:? c::i:i-ei::2 avec ceflede ;,i Vxv,';^r;^ ob:e:v,:o j\ir \cv ir îrior.cciciit. puisque des j
es dans la table précédente, il en est un grand nombre rmi lesquelles on rencontre des échantillons qui ne it pas phosphorescents par la chaleur; dès lors la osphorescence ne peut plus être considérée comme un ractère essentiel des minéraux qui en sont doués. » £n examinant , sous le rapport de la polarisation , la »ière émise par les minéraux phosphorescents, on ut arriver à déterminer dans quelle proportion leurs rties intérieures concourent à la production de cette Bière. Il suffit pour cela, la surface supérieure dû lierai étant plane et polie, et la ligne visuelle formant ec elle un très-petit angle, d'analyser, par les moyens nnus, les rayons qui forment la lueur phosphorique, et
rechercher dans quelle proportion les rayons polarisés r réfraction existent dans la lumière totale. Il est tir qu'en admettant que la lumière émise par la surface b nulle, cette proportion serait à peu près la même que ^n faisceau de rayons solaires se polarisait en passant . cristal dans l'air avec une inclinaison égale à celle L rayon visuel. Si l'on étudie sous le même point de .e la lumière qui forme la couleur propre des corps, L arrive à des résultats curieux que nous avons men- >nnés ailleurs*.
Après la publication de la découverte de M. Daguerre j l'action exercée par la lumière sur diverses substances limiques, et particulièrement sur certains sels d'argent . sur la manière de fixer les images obtenues, M. Biot
fait avec M. Edmond Becquerel des expériences très*
i. Notice sur la poiarisatioo, p. ^01 et tik^ de ce volume.
524 SDR LA PHOSPHORESCENCE.
intéressantes sur les effets de la radiation solaire, lorsque la lumière traverse préalablement des substances dkphanes.
Plusieurs anciens physiciens avaient déjà remarqué que la lumière perd en partie la propriété d'exciter h phosphorescence dans les corps lorsqu'elle passe à tovers des verres diaphanes, tels que les vitres. Aina, Homberg et Beccari disaient qu'il ne fallait expérimentEr sur la pierre de Bologne qu'en laissant les fenftw ouvertes.
La grande excitabilité des phosphores formés à Faii de la calcination des coquilles d'huîtres avait aussi été P remarquée. Beccari et Benjamin Wilson avaient affinni p qu'il suffit d'exposer certains corps à la lumière penda* une fraction de seconde pour qu'ils deviennent lumineoi.
Nous ne savons pas si le développement du phénomène est lié à l'acte delà réflexion de la lumière par la surface de la matière phosphorescente, ou à celui de la transmission à travers ses molécules accompagnée d'absorption. Je pense que cette question pourrait être aujourd'hui résolue ; il suffirait pour cela d'éclairer successivement une lame phosphorescente de diamant, à faces parallèles, par un faisceau polarisé disposé, quant au plan de polarisation et à l'angle d'incidence, de manière qu'il n'éprouvât de réflexion ni à la face d'entrée ni à la face de sortie. L'effet serait comparé, soit à celui qui résulterait, sous une égale incidence, de l'action d'un rayoD | neutre de même intensité, ou mieux encore à l'effet d'un rayon dont le plan de polarisation couperait rectangulairemcnt le plan de polarisation du premier.
fcc
H est une autre expérience à laquelle j'ai songé depuis igtemps, et d'où pourraient aussi surgir quelques nnées précieuses sur les causes de la phosphorescence. tte expérience consisterait à rechercher si, dans les nditions de différences de chemins parcourus où deux l^ons de lumière solaire ont perdu la propriété éclaiite et aussi la propriété de décolorer le chlorure rgent, ils conserveraient encore celle de développer phosphorescence. A l'occasion des idées théoriques sentées par M. Biot à l'Académie des sciences, le février 1839, j'ai rappelé des expériences que j'avais BSj il y a déjà un grand nombre d'années, sur les itions comparatives des bandes obscures et des bandes olorées du chlorure d'argent, formées à travers l'air i travers l'eau. Ces expériences avaient paru d'abord oir conduire à quelque chose de décisif relativement deux théories de la lumière qui partagent encore physiciens ; mais après avoir reconnu que, sous ce it de vue, du moins, les objections ne seraient pas s réplique, j'avais abandonné mon travail. Te témoignai en 1839 le désir de voir reprendre cette nière série de recherches ; c'est ce que M. Edmond îquerel a fait avec beaucoup de succès. Il est arrivé curieux résultats suivants :
Pour tous les spectres chimiques résultant de la réaci des rayons solaires sur les différentes substances ►ressionnables, les raies sont les mêmes que celles du ctre lumineux , pourvu que l'on ne considère que les ons de même réfrangibilité. On appelle spectre chi- ;ue l'ensemble des rayons qui agissent sur une sub-
stancc sensible donnée. Généralement, les spectres cW iniques s'étendent au delà de l'extrême violet jusqa' une distance qui est quelquefois égale à la moitié de h longueur du spectre lumineux ; il s'ensuit qu'il se au delà des rayons lumineux une infinité de raies velles qui font suite à celles que Frauenhofer a observées.
« Quant à l'action des rayons solaires sur les corps qé deviennent lumineux sous leur influence, c'est-à-dire m les corps phosphorescents par insolation, il a été reconoi que les spectres phosphorescents possédaient les mtaitf raies que les spectres chimiques et lumineux. Les soIk stances qui ont été employées dans ces expérieDO* sont les sulfures de calcium et de barium (c'est4-dM les phosphores de Canton et de Bologne), regaidii comme étant les plus impressionnables. En constatant les olTots* j\ii été conduit à la découverte d'autres rayons qi agisciient sur ces substances uniquement pour détruire II phosphoïvsconoe produite. Si Ton fait agir, par exempiCi lo >iHvtrv 2<>laire sur le sulfure de calcium, on observe « spootiv phocs^horogénique ayant deux maxima d'actioB, Tau \en> Textrèmo violet. Tautre au delà; ^actioDs'a^ n?te dans les rayons les moins réfirangibles; à partir de Ui limite du bU^u et de Tindigo jusque bien au delà da rou^\ il se trouve un spectre de rayons dont Teflet esl vie d;:uixirv oompLêcemenî: la phosphorescence produite ^vitr Ticîiott des autnes rayons* et même d'empêcher ce sulrurv d\Hre phospàonescent p^r la chaleur.
* Le sci'lVjx dv: cariuoi. sctLnis aux mimes recherdies, prv:îca;c .vi.'s u:^*ij::es nis^Icai^. sL ce n est qœ le specte
I rayons phosphorogéniques n'a qu'un maximum d'acn situé au delà de l'extrémité violette. K Ces faits montrent donc que les rayons situés au delà ^ rayons visibles, c'est-à-dire des rayons obscurs, pro- Lsent de la lumière, puisque ces sulfures deviennent Dsphorescents sous leur influence, et qu'ensuite, en fai- 1.1 tomber sur eux des rayons lumineux, rouges, oran- 3, jaunes, verts, bleus, on détruit cette faculté, et ces rps redeviennent obscurs. »
lour rendre hommage à la vérité, je dus réclamer en '"eur de M. Seebeck, de Berlin, la découverte de la pro- L^té singulière dont certains rayons lumineux sont tjés, d'éteindre la lumière phosphorique des corps, ►ici le passage dans lequel le physicien allemand a confié ses observations :
< Le rouge jaunâtre tue les phosphores de MarggraiT et
Canton ; le bleu les ranime *.
tLes phosphores de baryte, préparés d'après la méode connue de Marggraff, luisent d'un rouge jaunâtre; § phosphores de sulfate de strontiane répandent une mière verte (vert de mer), quelquefois bleue; les phoslores de Canton (sulfures de chaux, coquilles d'huîtres) îsent en rouge des roses ou en violet très-pâle.
t En les exposant aux couleurs prismatiques, les phoswres luisaient fortement dans le bleu et le violet; 5 devinrent même lumineux au delà du violet, où à 3ine on voyait encore de la couleur. Ils s'affaiblirent ans le vert, plus encore dans le jaune : ils devinrent