‹ Œuvres complètes de François Arago (volume 2)Chapitre 94 sur 117 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

SÉPARATIOIf DE LA PROPRIÉTÉ ÉCLAIRANTE, DE LA PAOPRIÉTi CALORIFIQUE ET DE LA PROPRIÉTÉ CHIMIQUE D*UN RATON DE LUMIÈRE

Par une expérience capitale, M. Melloni a prouvé que les rayons solaires peuvent, en conservant toutes leurs propriétés lumineuses , perdre, au contraire, toutes leurs facultés calorifiques. Cette expérience consiste à faire passer les rayons lumineux terrestres ou solaires par un système de corps diaphanes, tels que de l'eau et une espèce particulière de verre vert coloré par l'oxyde de cuivre. La lumière pure émergente de ce système contient beaucoup de jaune et possède cependant une teinte verte bleuâtre : elle ne donne aucune action calorifique sensible aux thermoscopes délicats, lors même qu'on la concentre par des lentilles de manière à la rendre tout aussi brillante que la lumière directe du Soleil.

Après la communication du travail de l'habile physicien à l'Académie des sciences, le 21 décembre 1835, je fis remarquer qu'il y a un autre point de vue sous lequel la question pourrait être envisagée. Je montrai qu'il serait

important de rechercher si les procédés employés par M. Melloni , ou si des moyens analogues ne conduiraient pas à priver aussi les rayons solaires de leurs facultés chimiques ; si , en un mot , des trois propriétés que possède la lumière quand elle nous arrive du Soleil : 1" celle d'éclairer ; 2** celle d'échauffer ; 3" celle de détruire ou de déterminer de^ combinaisons chimiques, on ne pourrait pas lui enlever les deux dernières et ne lui conserver que la propriété éclairante.

Cette expérience me semble devoir conduire à des conséquences curieuses, et j'ai presque cédé à la tentation de la faire. Mais comme il était possible que M. Melloni y eût aussi pensé, quoiqu'il n'en pariât pas dans son Mémoire, il m'a semblé que je ne devais donner aucune suite à mon projet.

Les motifs que j'avais en 1835, pour ne pas devancer M. Melloni dans une recherche qui se lie si directement à ses belles découvertes, subsistent encore. Je m'abstiendrai donc de faire mention de quelques résultats auxquels je suis arrivé sur l'absorption ou l'interception des rayons chimiques. Chacun comprendra que la même réserve ne pouvait être commandée à madame de Sommerville. Je n'avais point de raison pour refuser aux intéressantes expériences d'une personne si éminemment distinguée toute la publicité des séances de l'Académie et des Comptes-rendus.

Madame de Sommerville a trouvé que le sel gemme, les verres blanc, bleu et violet, sont des substances qui présentent une grande perméabilité aux rayons chimiques , tandis que le verre et le mica verts placés sur un carré

538 SDR L'ACTION CALORIFIQDB

de papier enduit de chlorure d'argent empêchent presque ^^' complètement l'action solaire de décomposer ce sel. Le verre rouge foncé ne laisse passer que très-pea de rayons p

Ir

chimiques; le grenat les laisse passer en totalité; h topaze blanche, la topaze bleue, le béryl bleu pâle, h |^ cyanite, le spath pesant, l'améthyste, les transmettent facilement, mais le béryl jaune, la tomrmàline brune oa verte les arrêtent presque totalement.

Il y a des rayons calorifiques et chimiques dissemblables entre eux et que divers corps séparent les uns des autres. M. Melloni a parfaitement étudié les facultés diverses de transmission qae possèdent plusieurs corps. Il y aurait lieu aussi de rechercher si les rayons calorifiques et chimiques se réfléchissent en plus ou moins grandes proportions que les rayons lumineux. A cet effet, on pourrait employer le photomètre de Leslie, conune je l'ai indiqué en 1839 dans une séance de l'Académie des sciences (2 septembre); il n'y aurait, pour ainsi dire, aucune mesure à prendre pour résoudre la question, en adoptant certaines dispositions.

Page 1