DB LA PLUIE EN PLEINE MER
On a prétendu, je ne sais trop sur quel fondement, qu'il pleut beaucoup moins en pleine mer qu'à terre. J'ai trouvé dans le journal du capitaine Tuckey une observation qui ne viendrait pas à l'appui de cette opinion. Le 12 mai 1816, par 2*30' de latitude nord et 4* de longitude occidentale, il tomba 90 millimètres d'eau sur le bâtiment commandé par cet officier, dans le court intervalle de trois heures. A terre, ainsi qu'on vient de le voir dans le chapitre précédent, les exemples d'une aussi abondante pluie sont fort rares, même dans les régions équinoxiales.
DES CRUES DE LA SEINE, DU NIVEAU DE CE FLEUVE DEPUIS 1732 ET DES INONDATIONS CONSTATÉES A PARIS
Lorsque je m'occupai de la rédaction des résumés météorologiques de chaque année pour les Annales de chimie et de physique^ il me sembla qu'il pourrait être utile et curieux de comparer annuellement l'état de la Seine à la quantité d'eau reçue dans les pluviomètres. De 1819 à 1830, je donnai les chiffres mensuellement constatés à Paris. J'ai chargé .M. Barrai de réunir et de calculer toutes les observations qu'il serait possible de ' recueillir sur ce sujet en remontant aussi loin qu'il serait possible de le laire dans le passé et en continuant le
même travail jusqu'à ce jour. Les inondations , les sécheresses extrêmes, rétat moyen de Teau dans le lit du fleuve , tels sont les éléments intéressants à conserver. La plupart des renseignements qui sont contenus dans ce chapitre n'ont encore été publiés nulle part ; M. Barrai a pu former la collection la plus complète qu'on ait encore réunie des numéros du Journal manuscrit des crues et diminutions de la Seine observées au pont de la Toumelle, journal tenu pendant plus d'un siècle et quart avec exactitude par l'inspection de la navigation de la rivière. Cette collection remonte à 1732 ; on n'a pas pu savoir s'il y a eu des numéros antérieurs.
M. Barrai a traduit les anciennes mesures de pieds, pouces et lignes en mesures métriques , et il a établi le tableau qui va suivre.
La plus ancienne Note qui ait été publiée sur ce sujet dans les collections scientifiques est insérée dans l'histoire de l'Académie des sciences pour 1720 (p. 10) ; elle est ainsi conçue:
(c II y a dans Paris, sur la rivière de Seine, différents endroits où l'on a marqué jusqu'à quel point elle était montée dans les débordements considérables, et les temps où ils étaient arrivés. L'année 1719, où la quantité de pluie ne fut que de 9 pouces 4 lignes (252°"" .65), au lieu de 19 pouces (514"'". 33) qui en font la quantité moyenne, ayant été extrêmement sèche, et par conséquent la rivière fort basse, M. De l'isle le cadet eut la curiosité de mesurer de combien elle était au-dessous des marques de ses débordements. Il trouva qu'elle était 27 J pieds (8"'.93) au-dessous d'une marque où elle était arrivée le
11 juillet 1615; 26 f pieds (8". 73) au-dessous d'une autre de février 1658; et 21 ^ pieds (6". 90) au-dessous du 26 février 1679; au môme point au-dessous de Tété 1690 qu'au-dessous de celui de 1615; 22 \ pieds (7*.32) audessous du 1*' juillet 1697; 24 pieds (7'".80) au-dessous de la fin de février et du commencement de mars 1711.
(( Selon toutes les apparences, la rivière a été la plus basse qu'elle puisse être dans Tété de 1719, et son plus grand débordement ne peut guère être plus grand que celui de 1615, d'où résulteraient 27 J pieds (8". 93) pour sa plus grande différence de hauteur, et en effet ce sera là une prodigieuse quantité d'eau. Si Ton avait un nombre suffisant de ces sortes d'observations, on déterminerait assez juste les bornes des hauteurs des rivières, et l'on se réglerait là-dessus en plusieurs occasions importantes. »
L'étiage des plus basses eaux de 1719 a été pris pour le zéro de l'échelle qui a été gravée sur la culée du pont de la Tournelle, du côté de l'Orient, à l'épaulement d'amont du côté de l'île Saint-Louis. Il y avait en cette année 1719, «pour la navigation, dit la première feuille du Journal des crues (1732), 1 pied 4 pouces (0™.43) d'eau en rivière, au pays haut, et 2 pieds 5 pouces (0'".78), au pays bas. Le 23 octobre 1731, les eaux étaient plus basses de 5 pouces 6 lignes (0"*.149) qu'en 1719. )) Dans quelques feuilles du Journal des crues le point zéro de l'échelle est indiqué comme étant à 0".44 au-dessus du sol de la rivière ; dans d'autres feuilles, il est donné comme étant à 0".37. « Les nombres de l'échelle du pont des Tuileries, ajoute le Journal des crues 9 marquent 0'".80 (en quelques endroits on dit
SUR LÀ PLUIB.
0*.8&) de plus, parce qu'ils partent du fond de la rivière, à l'endroit où il y a le moins d'eau, vis-à-vis d'Auteuil. »
On voit que, pour avoir la hauteur vraie de Teau audessus du sol jusqu'à la surface supérieure, il faut ajouter 0".44 pour la partie de la rivière en amont et 0".84 pour la partie de la rivière en aval du pont de la Tournelle, aux nombres contenus dans le tableau suivant. Les hauteurs moyennes proviennent, pour chaque année, de la moyenne générale des hauteurs observées chaque jour.
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