‹ Œuvres complètes de François Arago (volume 3)Chapitre 111 sur 161 · XII · texte numérisé non relu

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tombaient au fond du verre ou de la bouteille , et formaient le môme genre de sédiment; les champignons encore verts et incolores flottaient à la surface ; les uns et les autres, scchés et placés ensuite sur le fer chaud, donnaient une fumée dont l'odeur était parfaitement analogue à celle de la fumée provenant des globules rouges de la neige.

« Parvenu à ce point dans mes recherches, j'énonçai l'opinion que la substance qui colore la neige en rouge n'est pas d'une nature animale, mais bien un champignon du genre uredo. Ceci eut lieu plusieurs semaines avant la publication de l'ouvrage du capitaine Ross, et sans qu'il fût venu à ma connaissance que d'autres personnes s'étaient occupées de cette recherche ; je ne l'ai même appris depuis que par les mémoires qui ont paru sur cet objc't; mais alors j'avais pousse mon travail beaucoup plus loin et découvert phisîeurs nouveaux faits qui, du reste, tendent tous à confirmer ma pre?nièrc opinion. Dans l'origine, les champignons m'avaient paru détachée les uns des autres; mais ayant puisé de nouveau dans la bouteille une certaine quantité de liquide, j'observai divers flocons d'une substance blanche, anîilogue à de la içelée, et à laquelle des champignons rouges, complètement développés , paraissaient être adhérents. En portant cette substance sous le microscope, je la reconnus pour des racines cellulaires ou articulées, ou, si l'on veut, pour la somence qui accompagne si communément la plupîîrt des espèces du genre uredo.

« Le surlendemain de Texpérience précédente, je puisai dans la bouteille une quantité considérable d'eau

colorée, et je la versai dans un verre conique, afin d'obtenir plus de sédiment que dans les expériences précédentes. Après que le verre eut été en repos pendant vingt-quatre heures, je trouvai que, quoiqu'il se fût déposé une quantité considérable de sédiment, les parois intérieures du verre, dans toute la portion mouillée par Tcau, n'étaient recouvertes que d'une simple couche de champignons rouges. Ceci se maintint sans changement jusqu'au quatrième jour ; mais ensuite les champignons perdirent graduellement leur couleur, et divers flocons de la substance semblable à de la gelée se montrèrent çà et là sur la surface intérieure du verre. Enfin, sept jours après le commencement de l'expérience, je trouvai que les champignons avaient tout à fait perdu leur couleur, et que la graine nouvellement formée s'était considérablement accrue. En portant une petite portion de cette substance sous le microscope, je vis que le flocon de graine blanche avait précisément la même apparence que ceux que j'avais primitivement trouvés dans la bouteille, et qu'un grand nombre de très-petits champignons incolores étaient adhérents à sa surface.

« Quand une deuxième semaine se fut écoulée, j'examinai une autre portion de mon verre ; je trouvai que la (juantité de graine blanche avait encore beaucoup augmenté, et, de plus, que la place que j'avais raclée pour enlever la partie dont je m'étais servi dans les expériences précédentes, était déjà recouverte par la graine récemment formée. Les nouveaux champignons avaient déjà atteint la grosseur des champignons mûrs, mais ils étaient tout à fait sans couleur.

H Ayant examiné depuis, à dilTérentes reprises, tout ce que mon verre renfermait, je n'y ai remarqué aucun changement notable. La multiplication des nouveaux champignons avait donc lieu durant environ trois semaines; car, après ce temps, les plac^ d'où j'enlevais une partie de la substance blanche ne se recouvraient pas comme cela avait lieu à F origine, et demeuraient toujours visibles; les champignons, se réunissant en groupes plus considérables, se détachaient eux-mêmes du verre et tombaient au fond; mais ils n'étaient pas rouges, quoiqu'ils eussent été exposés à l'air libre pendant dix jours et dix nuits. Il parait donc évident que les nouveaux champignons n'arrivaient pas à une parfaite maturité, et que leur multiplication ne cessait qu'aussitôt que la graine provenant de la plante primitive était épuisée.

(i Les premiers champignons rouges, aussi bien que les champignons incolores nouvellement produits, deviennent d'une couleur gris sombre lorsqu'ils sont desséchés ; mais si on écrase des champignons rouges sur la peau de la main ou sur celle de la figure, pendant qu'ils s«)nt encore frais, ils lui communiquent la couleur du plus beau vermillon ou rouge de plomb; cette couleur ne cnangc ni de jour ni de nuit, jusqu'à ce qu'on la lave avec une dissolution de savon dans l'eau.

« Les résultats de l'analyse chimique du docteur Wol laston, tels qu'ils ont été insérés dans l'ouvrage du capitaine Ross, coïncident, pour les points essentiels, avec ceux obtenus par M. Tessier, dans les expériences qu'il a faites sur Vuredo fœlida et Yuredo segelum. (Voy. Traité

des maladies des graines^ p. 225-235.) 11 me semble, d'après tous ces faits, que je puis dire sans la moindre, hésitation, que la substance qui colore la neige en rouge est une nouvelle espèce d'wredo, qui sca, je pense, convenablement désignée par le nom de niralis.

t On ne peut pas douter que la nouvelle espèce (Turedo végétait sur la neige quand on Va découverte : il parait, en effet, impossible de supposer que la substance a été transportée par le vent ou de toute autre manière, surtout quand on songe que les collines dont les revers étaient colorés en rouge avaient, au rapport du capitaine Ross, 200 mètres d'élévation et environ 4 lieues d'étendue. Ceux qui allèrent à terre, ajoute le capitaine, trouvèrent en plusieurs endroits que la substance colorante pénétrait la neige jusqu'au roc, sur une profondeur de 3". 25 à 4 mètres, et que les choses paraissaient avoir été dans cet état depuis longtemps ; mais on ne dit pas en combien de points on a ainsi sondé la neige jusqu'à la profondeur de 3™. 25 à 4 mètres.

« Dans un journal du même voyage, publié par un officier de YAlexandery on trouve, p. 63, au sujet de la neige rouge, le passage suivant : o Cette substance, quelle qu elle soit, est très-abondante sur cette côte ; la neige en est couverte çà et là dans une grande étendue. Elle est soluble dans l'eau et lui donne une couleur rouge foncée; mais après quelques instants de repos elle tombe au fond du vase et laisse le liquide absolument sans couleur. 11 est digne de remarque que cette matière, quelle qu'en puisse être la nature, ne pénètre jamais dans la neige, si ce n'est à la profondeur de 3 à 5 centimètres. »

Ceci est certainement très-probable, mais il convient de laisser aux officiers, dont les relations offrent ces différences, le soin de les expliquer.

« M. Brown, dans une Note très-succincte placée à la suite de l'ouvrage du capitaine Ross, énonce Topinionque la plante à laquelle la neige doit sa couleur rouge est un tremella^ et cite le trcmella cruenta de la Botanique anglaise. Je n'ai pas eu l'occasion d'observer cette plante dans la nature ; mais si j'en juge par la figure et la description, je suis persuadé qu'elle est, non pas un tremella^ mais un uredo. Les auteurs de la Botaniqae anglaise s'énoncent ainsi au sujet de cette plante : « Quand on l'examine avec le microscope, on reconnaît qu'elle est un amas de grains très-petits, transparents et de même diamètre. » La description se termine par ces mots : <t Nous ne doutons pas, en attendant que de nouvelles observations aient été faites à ce sujet, que la plante ne doive prendre son rang comme un treniella. »

« Il est vrai que toutes les espèces d'uredo que j'ai jusqu'à présent examinées, et que toutes celles dont Persoon a donné la description, sont des plantes parasites et qui vivent sur d'autres végétaux ; mais il n'est pas démontré, je crois, qu'elles ne peuvent pas vivre autrement. J'ai du moins un exemple qui prouve que ce-j? mCmes plantes parasites croissent et se propagent quelquefois sur d'autres corps que des plantes vivantes. En ciïet, en 1807, pendant mes recherches sur les maladies du blé, je mis quelques épis d'oj-ge et d'avoine infectés de smut (qui Qsi V uredo segetum) dans du papier

gris, comme échantillons. En les examinant trois ou quatre mois après, je trouvai que les champignons avaient non-seulement dévorés en totalité quelques épis, mais que, de plus, ils avaient continué à croître et à se propager sur le papier et qu'ils formaient des rayons continus et distincts, de 5 à 8 centimètres de longueur et aboutissant aux diverses proéminences des épis. La quantité des champignons ainsi produits sur le papier était au moins trois fois plus considérable que celle que les épis pouvaient originairement en contenir : ces échantillons sont encore en ma possession. Je ne doute point que Yuredo segeturrij aussi bien que Vuredo fœlidaj ne végètent et ne se propagent de la môme manière sur le sol. On sait, en effet, que le blé le plus pur, quand il est semé dans un champ qui plusieurs années auparavant était sujet à cette maladie, la gagne, alors même que dans l'intervalle on n'y a cultivé ni froment ni orge. Il n'est pas probable que ces champignons et leurs graines soient restés inactifs dans le sol pendant plusieurs années; il est plutôt présumable que leur extrême petitesse et leur couleur sombre empêchaient de les apercevoir sur la terre. Des observations ultérieures permettront peut-être de lever complètement ces doutes. »

M. Bauer rapporte encore quelques mesures micrométriques. Le diamètre de Vuredo nivalis^ après son entier développement, est égal, suivant lui, à 0"*.000016 , d'où il résulte que 43,000 champignons de cette espèce pourraient être contenus dans 1 centimètre carré. J-es diamètres que M. Wollaston a donnés sont encore plus petits; mais si l'opinion de M. Bauer est fondée, il ne

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faut s'étonner de ces discordances, puisqu'il est possible que les mesures n'aient pas été faites sur des individus du même âge.

D'après les détails que nous venons de recueillir, on voit que les neiges colorées des Alpes et des régions boréales ne peuvent être assimilées aux pluies rouges dont nous avons pu citer précédemment (p. 463 à 471) un grand nombre d'exemples. En général, les pluies rouges tirent leur coloration des matières minérales qui y sont en suspension, et au contraire les neiges des Alpes et des régions polaires doivent leur teinte remarquable à la présence d'un nombre presque incalculable de corpuscules organiques, et particulièrement de champignons microscopiques.

PLUIES PAR UiN TEMPS SEREIN *

Je vais réunir ici la description de quelques observations relatives à la chute de gouttes de pluie par un ciel parfaitement serein, afin de corroborer ce que j'ai dit ailleurs de ce phénomène.

M. Wartmann, de Genève, m'a adressé en 1837 la lettre suivante :

(i A 9 heures du soir, le 9 août, il y avait au ciel, sur tout le tour de l'horizon, de gros nuages noirs non contigus et fortement agités. Le zénith était pur et les étoiles y

1. Voir sur le môme sujet, Instructions, Rapports et Notices sur les \ oyages scientifiques, t. ix des œuvres, p. 22 et 278.

brillaient de leur éclat ordinaire, en même temps qu'une pluie, formée de larges gouttes d'eau tiède, tombait sur différents points de la ville. Cet étrange phénomène surprit, à 9** 15", les nombreux promeneurs qui se trouvaient dans l'île de Rousseau et sur le pont des Bergues, et les obligea de fuir précipitamment pour chercher un abri contre la pluie si inattendue qui tombait par un ciel serein. L'ondée cessa au bout d'une ou deux minutes, mais elle se reproduisit plusieurs fois dans l'intervalle d'une heure. »

Le 31 mai 1838, à T 2" du soir, M. Wartmann vit encore tomber, à Genève , une pluie qui a duré six minutes ; le ciel était parfaitement clair au zénith et aucun nuage ne s'apercevait dans le voisinage de cette région du ciel. Cette pluie, dont la température était tiède, tombait verticalement en gouttes d'abord assez grosses et assez serrées, mais qui devinrent de plus en plus fines jusqu'à la fin. Un thermomètre centigrade, placé audessus du sol, marquait dans ce moment -f- 18M5. La journée avait présenté de fréquentes alternatives de pluie et de soleil.

Le 6 octobre 1810, à midi 20", à Constantine, par 36' 22' de latitude, M. de Neveu a aussi été témoin d'une chute de pluie qui dura 10 minutes par un ciel très -pur au zénith. 11 n'existait que quelques petits nuages blancs à l'horizon. Le thermomètre centigrade marquait à l'ombre -|- 2/î' 8, l'hygromètre 78* et le baromètre 614"^'-.5. Les gouttes étaient de moyenne grosseur et fort espacées.

A Paris, le 21 avril 1844, M. de Noirfontaine, capi-

taine du génie, a été témoin, par un ciel parfaitement serein, d'un phénomène analogue au milieu de là journée. Voici comment l'observation est racontée dans la lettre que m'a écrite cet officier :

« Le 21 avril, vers 2 heures 1/2 du soir, me trouvant sur le glacis de l'enceinte, à la gauche de la route de Flandre, seul et loin de toute habitation, je ressentis à plusieurs reprises sur le visage et sur les mains l'impression de quelques gouttes d'eau très-fines, mais qui paraissaient lancées avec force. Plusieurs sapeurs à qui je fis part de ce fait me dirent qu'il pleuvait ainsi depuis plusieurs heures. Les gouttes n'étaient ni assez grosses, ni assez abondantes pour pouvoir être remarquées sur le sol. 11 n'y avait pas dans le ciel la moindre trace de nuages ni de vapeurs. Le vent soufflait avec assez de force du N.-N.-E. La température, qui avait été assez basse jusque-là, commençait à s'adoucir. Les jours suivants, elle s'est en effet considérablement élevée, et le vent a tourné au S. par l'E.

• Le lendemain, 22 avril 1844, me trouvant à peu près au même point et à la même heure que la veille, j'éprouvai encore une fois le même effet, mais le ciel était moins pur que lors de l'observation précédente. On remarquait quelques nuages blancs très-petits , à contours incertains et irès-éloignés les uns des autres. Mais leur position relativement à la direction du vent et la hauteur à laquelle ils paraissaient se trouver étaient telles qu'il n'est pas probable que les rares gouttes d'eau reçue pussent en provenir. »

M. Babinet a fait une observation semblable le 2 mai,

vers neuf heures du soir, à Paris. Le ciel était très-pur, d'une teinte de bleu foncé, l'air calme, l'horizon au couchant entièrement dépourvu de vapeurs. Le phénomène a duré environ dix minutes ; mais la pluie n'était pas assez abondante pour laisser des traces sur le sol. Si l'on joint ce fait aux observations du 21 et du 22 avril précédent, on aura trois exemples du même phénomène à Paris en l'espace de dix jours.

Le 11 mai de la même année, à 10 heures du matin et à 3 heures de l'après-midi, à Genève, M. Wartmann et M. Brudcrer constatèrent, le ciel étant bleu et très-pur, la chute de gouttes de pluie très-larges et tièdes qui mouillaient le pavé, et qui se reproduisirent plusieurs fois en quelques minutes. L'air était alors parfaitement calme.

Il sera nécessaire, dans les observations de ce genre, de noter avec soin si les gouttes tombent verticalement ou si elles ont une direction inclinée par rapport à la verticale, et d'indiquer les circonstances météorologiques qui auront précédé l'apparition du phénomène. On sait, en effet, qu'il y a de nombreux transports de matières diverses par les vents à de très-grandes distances, et nous avons eu l'occaeion d'en enregistrer des exemples (Voir p. 293 et 463). Nous ajouterons à ceux qui sont rapportés dans le chapitre xiii de cette Notice l'observation que fit Dalton d'untransport d'eau salée en Angleterre jusqu'à plus de vingt lieues de la mer.

Les météorologistes devront donc être attentifs à noter exactement toutes les circonstances du phénomène que nous venons de décrire quand ils auront l'occasion de l'observer.

SUR LES PRéTENDDES PLUIES DE CRAPAUDS

L'Académie des sciences a reçu en maintes occasions des relations de prétendues pluies de crapauds que des voyageurs ont pensé avoir vus tomber du ciel. Voici le récit le plus complet qui m'ait été communiqué ; je le dois à M. Pontus, professeur à Cahors : « Au mois d'août 1804, j'étais dans la diligence d'Albi à Toulouse, m'a écrit ce professeur; le ciel était beau et sans nuages. Vers 4 heures après-midi, la diligence s'arrêta pendant quelques minutes à La Conseillère (3 lieues de Toulouse), pour changer de chevaux. Au moment où nous remontions en voiture, un nuage très-épais couvrit subitement l'horizon, et le tonnerre se fit entendre avec éclat. Le nuage devait se trouver à une grande élévation, car les gouttes d'eau qu'il laissa tomber sur nous étaient trèsgrosses. Ce nuage creva sur la route à 120 mètres environ du point où nous étions. Deux cavaliers qui revenaient de Toulouse, où nous allions, et qui se trouvèrent exposés à l'orage, furent obligés de mettre leurs manteaux pour s'en garantir; mais ils furent bien surpris et même effrayés, lorsqu'ils se virent assaillis par une pluie de crapauds! Ils hâtèrent leur marche et s'empressèrent, dès qu'ils eurent rencontre la diligence, de nous raconter ce qui venait de leur arriver. Je vis encore sur leurs manteaux de petits crapauds qu'ils firent tomber en les secouant. La diligence eut bientôt atteint le lieu où le

Duage avait crevé, et c'est là que nous fûmes témoins d'un phénomène bien rare et bien extraordinaire. La grande route et tous les champs qui la longeaient à droite et à gauche, étaient jonchés de crapauds, dont le plus petit avait au moins le volume de 20 centimètres cubes, et le plus grand près du double, ce qui me fit conjecturer que tous ces crapauds avaient dépassé Tâge d'un ou deux mois. J'en vis jusqu'à trois ou quatre couches superposées les unes sur les autres. Les pieds des chevaux et les roues de la voiture en écrasèrent plusieurs milliers. Certains voyageurs voulaient fermer les stores, afin de les empêcher d'entrer dans la voiture : leurs bonds devaient le faire craindre : je m'y opposai et ne discontinuai pas de les observer. Nous voyageâmes sur ce pavé vivant pendant un quart d'heure au moins; les chevaux allaient au trot. »

Malgré la croyance des spectateurs qui se figurent avoir vu tomber des pluies de crapauds, ne peut-on pas plutôt admettre que ces animaux sont tout à coup sortis du sol lorsque la pluie a été assez abondante pour les en chasser. C'était 322 ans avant Jésus-Christ, l'opinion de Théophraste qui s'exprime ainsi : « Ces petites grenouilles ne tombent pas avec la pluie, comme beaucoup le pensent, mais elles paraissent seulement alors, parce qu'étant précédemment enfouies sous la terre, il a fallu que l'eau se fit un chemin pour arriver dans leurs trous. » C'est aussi l'opinion de mon savant confrère, M. Duméril, qui a discuté la question en 183/i avec beaucoup de sagacité. On n'a jamais vu ces batraciens tomber sur des lieux élevés, comme des toits de maisons; leurs sauts expli-

quent qu'ils aient pu s'attacher à des vêtements de voyageurs. Quoi qu'il en soit de l'explication, c'est un phénomène qu'on devra étudier avec soin quand l'occasion s'en ' présentera ; aucun fait naturel ne doit être négligé.

PLUIES d'une abondance EXTRAORDINAIRE

Cayenne, comme on l'a vu précédemment (p. 458), paraît être un des lieux du globe où il pleut le plus. M. le capitaine de vaisseau Roussin y a vu tomber dans le court intervalle du 14 février 1820 à 8 heures du soir au lendemain 6 heures du matin, 280 millimètres d'eau, c'est-à-dire plus de la moitié de ce qu'on en recueille à Paris dans l'année entière. Il assure que, dans ce même mois de février, du 1" au 24, il tomba 4,070 millimètres d'eau, ou huit fois autant que dans les douze mois à Paris. De ces énormes pluies, qui ont concouru avec une grande marée, il est résulté une inondation dont beaucoup de plantations ont souffert; les anciens créoles ont assuré à M. Roussin que de mémoire d'homme on n'avait rien vu de semblable.

Le 21 octobre 1817, il tomba à T^e de Grenada 200 millimètres d'eau dans le court espace de 21 heures. Les rivières s'élevèrent de 9 mètres au-dessus de leur niveau ordinaire. {PhilosophicaLUagazwe^iSiSyp. 23G.)

On ne connaissait pas dans nos climats de semblables averses, lorsqu'à la fin de 1822 les journaux annoncèrent qu'il était tombé à Gênes, dans un seul jour (le 25 oc-

SLR LÀ PLUIE. 495

lobrç), 810 millimètres d'eau. Ce résultat inouï inspira des doutes à tous les météorologistes; on soupçonnait une erreur d'impression ; mais M. Pagano, observateur exact, a écrit aux rédacteurs de la Bibliothèque universelle de Genève une lettre qui met le fait hors de toute contestation. Il rapporte, par exemple, que deux seaux de bois, presque cylindriques, l'un de 61 et l'autre de 70 centimètres de hauteur, et qui étaient restés vides dans son jardin à la suite de quelques expériences sur la vendange, se trouvèrent remplis assez longtemps avant que la pluie du 25 octobre eût cessé. Du reste, ce météore, cette espèce de trombe, n'embrassa point une très-grande étendue de terrain.

Les inondations ont occasionné, en 1824, de grands malheurs dans les environs de Strasbourg, en Lorraine et en Allemagne. La fin du mois d'octobre avait été trèspluvieuse ; plus tard, de violents orages s'étendirent du Haut-Rhin jusqu'au Palatinat, et durent répandre en peu de temps sur le sol les immenses nappes d'eau qui ont fait déborder presque toutes les rivières. Les habitants des contrées que le fléau a ravagées n'ont pas adopté cette explication. Ils se sont généralement persuadés que des commotions et des eaux souterraines y ont eu une plus grande part. Aussi a-t-on lu, coup sur coup, dans les journaux des départements, le récit d'événements fort extraordinaires que la crédulité et l'exagération ont sans doute altérés. Ici, un cultivateur (à Niedcrweiler) a vu ses bœufs, qui marchaient à quelques pas devant lui, disparaître en un clin d'œil sous la terre : un ruisseau nouvellement formé coulait rapidement au fond de

l'espèce d'abîme qui venait de s'entr'ouvrir. Ailleurs, des collines très-hautes se sont subitement abaissées de plusieurs pieds, etc., etc.

La quantité de pluie recueillie cette année, à Paris, surpasse la valeur moyenne d'environ un cinquième du total. En octobre 1823, il était tombé, dans le récipient de la cour de l'Observatoire, 49 millimètres d'eau; en 1824, on en a recueilli 110 millimètres. L'eau maximum do. la Seine s'éleva , en novembre 1823, sur l'échelle du pont de la Tournelle, à 0™.44- Dans le même mois, en 1824, elle est montée jusqu'à 4™.41 , c'est-à-dire 4 mètres plus haut. La hauteur d'eau moyenne de la Seine, en 1823, a été de l'".02; elle a été, en 1824, de l'".62. Terme moyen, il y a, à Paris, par année, 147 jours de pluie; en 1823, on en avait compté 175; ce nombre, en 1824, s'est élevé à 192.

Ainsi, à Paris et dans toute la région dont les cours d'eau alimentent la Seine, Tannée 1824 a dû être considérée comme très-pluvieuse, quoiqu'on n'ait ^as eu à y déplorer des désastres semblables à ceux qui ont ruiné un si grand nombre d'habitants du département du Bas- Rhin.

Le 19 novembre 1824, le vent du N.-O. soufflant avec une grande violence dans la direction du cours de la Kéva, empêcha, d'une part, l'eau du fleuve de s'écouler, et, de l'autre, éleva tellement le niveau de la Baltique sur toute sa côte orientale, qu'il en résulta d'épouvantables inondations. A Cronstadt, ce changement de niveau, entre 10 heures du matin et 3 heures de l'après-midi, fut de 3"'. 70; une grande portion des remparts a été détruite.

A Pétersbourg, Teau s'éleva à la hauteur de l^.GO dans les rues les plus reculées de la ville. Un quartier, peuplé avant Tévénement par plus de &0,000 personnes, devint on vaste désert. Quelques relations particulières portent à 8,000 ou 10,000 le nombre des individus dont cette catastrophe a occasionné la inort. D'après je rapport officiel du Ministre de F Intérieur, il ne se serait noyé que 500 personnes.

Déjà, le 18 novembre, le même ouragan avait déraciné S,000 pieds d'arbres dans un des domaines de la couronne de Suède, près de Stockholm ; 15,000 à Leufstadt, chez le comte de Gecr, et /iO,000 dans les bois de la commune d'Orébro.

Quelqueis personnes ne paraissent pas croire que l'action du vent ait pu seule accumuler la grande masse d'eau qui a occasionné l'inondation de Pétersbourg , mais ce doute ne viendra pas à l'esprit de ceux qui, sur les rivages de l'Océan, ont eu roccasion de remarquer combien la marée calculée diffère, en plus ou en moins, de la marée observée, suivant que le vent a soufflé de la mer vers la côte ou dans une direction opposée. J'ajouterai, comme exemple relatif aux mers où il n'y a pas de marée, que sur la côte sud de l'Asie Mineure le niveau des eaux, quand le vent du nord souffle, est de 1" à 1".30 plus bas que par un vent du sud.

Les inonriations ont causé, en 1827, de nombreux désastres dans le midi de la France. Je vais rapporter la mesure de la quantité de pluie qu'on a recueillie dans diverses villes. Je ne crois pas que les annales de la météorologie aient rien offert jusqu'à cette époque d'aussi

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extraordinaire ni en France, ni dans aucun autre pays d'Europe.

Le 20 mai, il est tombé à Genève, dans le court intervalle de trois heures, 162 millimètres d'eau.

Dans la même année 1827, il est tombé h Montpellier, en cinq jours, du 23 au 27 septembre inclusivement, 454 millimètres d'eau. Du 24 au 26, en deux fois 24 heures, la pluie recueillie près de la même ville, à la manufacture de produits chimiques de M. Bérard, s'est élevée à 320 millimètres.

A Joyeuse (département de l'Ardèche), d'après les registres de M. Tardy de La Brossy, le maximum de l'eau recueillie en un jour, dans le cours de vingt-trois ans, avait été observé le 9 août 1807, et s'était élevé à l'énorme quantité de 250 miHimètres. Le 9 octobre 1827, dans l'intervalle de vingt-deux heures, il est tombé dans la même ville de Joyeuse 792 millimètres (sept cent quatre-vingt douze). J'écris le résultat en toutes lettres afin qu'on ne croie pas à une faute d'impression. Onze jours de ce mois d'octobre, suivant le même observateur, ont donné 974 millimètres d'eau, c'est-à-dire environ le double de ce qu'il en tombe à Paris dans une année *. Pendant l'épouvantable averse du 9, le baro-

1. Les journaux anglais ont publié comme une circonstance extraordinaire qui adonné lieu aux inondations les plus graves, qu'en 1826 il est tombé à Bombay, dans les douze premiers jours de la saison dc^s pluies, 32 pouces anglais d*eau (812 millimètres). C'est à peu pr^s ce qu'on a recueilli à Joueuse en un seul jour.

M. Valz a observé à Marseille, le 21 septembre 1839, un violent orage qui occasionna la plus forte pluie qu'on y eût encore vue; il tomba ûO millimcHres d'eau en 25 minutes. La Cannebière, cette rue de 30 mètres de large avec une pente de 13 millimètres par

mètre était presque stationnaire et de 5 ou 6 millimètres seulement au-dessous de sa hauteur moyenne. De grands coups de tonnerre se succédaient sans interruption.

M. Quetelet m'a écrit que la pluie , en quelque sorte diluviale, qui tomba dans une grande partie de la Belgique le & juin 1839, et qui occasionna la ruine presque complète du village de Burght, près de Yilvorde, donna à Bruxelles, sur la terrasse de l'Observatoire, 112°"". 78 d*eau en 2A. heures, c'est-à-dire environ le siiièmede l'eau qui tombe annuellement.

Ce dernier résultat paraîtra d'autant plus considérable que Forage du A juin 1839 ne fournit réellement de grandes quantités d'eau que pendant 3 heures (de 9 heures du soir à minuit). De 1833 à 1838 inclusivement on n'avait jamais recueilli à Bruxelles plus de 50""'" .3 de pluie en 24 heures.

mètre, fut entièrement submergée pendant 5 minutes. L'eau s'y était élevée de 0*.û5 au-dessus du trottoir. U y passait de 30 à 35 mètres cubes d*eau par seconde.

Immédiatement avant les inondations qui, au commencement de iS/ki, ont ravagé toutes lt;s contrées que le Rliône et la Saône traversent, il est tombé à Cuiseaux, petite ville du Jura, 270 millimètres d*eau en 68 heures. A Oulins, près de Lyon, la pluie, dans le même intervalle n'a été que de 150 millimètres. 11 paraîtrait qu'il tombe toujours plus de pluie à Cuiseaux que dans aucun autre point du bassin de la Saône.

Une pluie torrentielle qui a duré douze heures, le 20 septembre 18^6, a éclaté à Privas (Ardècbe) et dans les environs, sur une a^sex grande étendue; il est tombé 25û millimètres d'eau. Toutes les rivières débordèrent, firent de grands ravages et interceptèrent les communications sur plusieurs points.

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