IL — THÉORIE DE LA GRÊLE
Le physicien qui veut expliquer le phénomène de la grêle doit examiner comment est produit le froid qui donne naissance aux premiers noyaux; par quel artifice les grêlons augmentent de volume ; quelle est la force qui soutient en l'air, pendant des heures entières, tant de masses de glace du poids de 50, de 100 et même de 250 grammes; pourquoi l'électricité atmosphérique est si intense ; pourquoi elle passe si souvent du positif au négatif, et réciproquement, quand le ciel est couvert de nuages chargés de grêle, etc., etc. Telle est la série de problèmes que l'illustre Volta s'est proposé de résoudre dans la théorie dont je vais essayer de reproduire ici les traits principaux.
m. — FORMATION DES NOYAUX
On a déjà vu que c'est dans l'été, et même aux heures les plus chaudes de la journée, que la grêle tombe ordinairement. Les nuages d'où elle s'échappe flottent toujours, à cette époque, bien au-dessous de la hauteur, variable avec les climats et les saisons, à partir de la-
de manière à leur donner la grosseur d'un œuf de pigeon, d'un œuf de poule, d'un œuf de dindon ; le prenûer pcisait 11 grammes, le second 53 grammes, le troisième 69 grammes.
quelle il règne dans l'atmosphère une température audessous de zéro. Pour que ces nuages se soient gelés, ils ont dû se trouver soumis à une cause particulière de refroidissement. Guyton-Morveau, Volta, etc., ont pensé quMl fallait chercher cette cause dans Tévaporation.
Une couche liquide ne peut passer à Tétat de vapeur sans emprunter aux corps dont elle est entourée une portion de leur chaleur, c'est-à-dire sans les refroidir. Plus Févaporation est considérable, et plus aussi le froid qu'elle occasionne est intense.
Les nuages sont composés de vésicules creuses trèspetites, dont l'enveloppe extérieure est liquide. Les myriades de ces enveloppes qui forment la face supérieure d'un nuage doivent éprouver vers midi, au milieu de l'été, une forte évaporation, 1° parce que les rayons solaires qui les frappent ont beaucoup d'intensité, 2"" parce qu'elles nagent dans des couches d'air très-sèches. D'autres causes, d'après Volta, contribuent aussi à rendre révaporation des nuages intense et rapide : suivant lui, les molécules vésiculaircs peuvent être considérées comme un acheminement vers la formation des vapeurs élastiques, et, dans un temps donné, la masse de vapeurs de cette espèce, que les rayons solaires développeront en frappant un nuage, devra toujours surpasser ce qu'aurait produit la même quantité de calorique dirigée sur une surface liquide proprement dite. Ajoutons, enfin, que l'électricité ne peut manquer de jouer ici un rôle important, car tous les nuages en sont chargés, et les expériences répétées des physiciens ont montré qu'à parité de circonstances, l' évaporation d'un liquide électrisé est
plus abondante que celle d'un liquide à Tétat neutre. Telles sont les considérations d'après lesquelles Yolta pense avoir éclairci un des principaux paradoxes de la météorologie, savoir : la formation de petits glaçons, au mois d'août, aux heures les plus chaudes de la journée , et au milieu de couches atmosphériques d'une température bien supérieure à zéro. Ces embryons, qui deviennent les noyaux des gréions proprement dits, résulteraient ainsi d'une abondante évaporation, provoquée par la grande intensité des rayons solaires, par l'extrême sécheresse des régions où le phénomène s'opère, et par l'état fortement électrique des vapeurs vésiculaires.