Rapport lu à rÂcadémie des sciences le 13 février
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stnuneiit proposé. Le but est la mesure de la diaphanéité du lait à Taide d'une expérience d^optique. Cette expérience, en la supposant exacte, dira jusqu'à quel degré le lait manque de transparence, mais elle n'apprendra rien, absolument rien sur la nature de la substance, naturelle ou artificielle, tenue en suspension et qui produira une opacité partielle plus ou moins prononcée. Dans le lait naturel Topacité provient, en majeure partie, de globules blanchâtres de diverses grosseurs, flottant dans un liquide. Je viens d'entendre, avec beaucoup d'étonnement, attribuer la découverte de cette composition du lait à M. Donné.
Sans avoir eu l'occasion de recourir aux auteurs originaux, j'affirme que l'existence dans le lait de globules de différentes grosseurs, de globules qui sont la cause de la blancheur du liquide, est déjà mentionnée dans Leewenhoeck. Je me rappelle parfaitement que la découverte est citée dans YHistoire de la Société royale de Londres par Birch,
M. Donné mesure la diaphanéité (mais non la pureté) du lait en cherchant quelle épaisseur de ce liquide éteint la lumière d'une chandelle. Ya-t-il là une idée nouvelle? Nullement. Quand les filtreurs veulent juger du degré comparatif de limpidité de deux liquides, ils en remplissent deux verres coniques semblables et cherchent les hauteurs, à partir des deux pointes, où la lumière du jour cesse de traverser.
A ce moyen grossier M. Donné, dira-t-on, a eu le mérite de substituer un instrument. S'il n'a pas imaginé le principe, on lui doit au moins un mode d'observation susceptible d'exactitude.
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Le mode d'observation présenté par M. Donné ne lui appartient pas. 11 Ta emprunté à M. Dien, sans le citer. Cet habile géographe a déposé depuis longtemps dans mes mains l'instrument que je mets sous les yeux de TAcadémie. M. Dien affirme que M. Donné Ta vu chez lui et en a fait usage.
Linstrument de M. Dien, comme celui de M. Donné, consiste essentiellement en un tube rempli de liquide et de longueur variable à volonté. Mais les moyens de juger des changements de longueur sont beaucoup plus précis et plus ingénieux dans l'appareil du géographe que dans celui du médecin. M. Donné a emprunté, mais il n'a pas perfectionné.
M. Dien mettait dans son tube un liquide imparfaitement diaphane et cherchait expérimentalement quelle longueur il fallait lui donner pour éteindre les étoiles de diverses grandeurs. Employé ainsi, c'était un photomètre. En cherchant sous quelles longueurs différentes une même étoile disparaîtrait en employant divers liquides, il serait devenu un diaphanomètre.
Un des commissaires vient de demander pourquoi la réclamation de M. Dien n'a pas été consignée dans le Compte rendu, pourquoi je ne l'ai pas communiquée à la Commission. Ma réponse est toute simple : l'instrument du laborieux géographe est depuis plusieurs mois sur la table de mon cabinet; tout le monde a pu l'y voir. Je l'ai montré à MM. Boussingault et Regnault, membres de la Commission. Si je ne l'ai pas présenté à l'Académie, c'est qu'il me semblait peu probable que nous dussions entendre parler de nouveau du prétendu lactoscope de
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\l. Donné et que, dans ce cas, la réclamation devenait iButile. M. Dien lui-même en avait jugé ainsi.
L'instrument soumis à l'appréciation de TAcadémie n'est pas évidemment un lactoscope. Est-il du moins un bon diaphanomètre?
On n*a qu'à jeter un coup d'oeil sur l'ouvrage capital du créateur de la photométrie, sur Y Optique de Bouguer, et Ton verra si cet oî servateur illustre hésitait à condamner les photomètres par extinction. Quand Bouguer veut déterminer la diaphanéité de l'eau de mer, par exemple, il cherche l'épaisseur de ce liquide qui réduit au tiers ou au quart la lumière incidente et non pas l'épaisseur qui éteindrait cette lumière entièrement. La première observation est indépendante de l'intensité de la lumière employée et de la sensibilité de l'œil de l'expérimentateur ; elle n'exige , comme tous les physiciens le savent, qu'un jugement à porter sur l'égalité de deux images que l'œil aperçoit simultanément. Le résultat de la seconde méthode varie avec l'intensité de la lumière employée, avec la fatigue et la délicatesse des organes de la vision.
M. Donné se sert, comme point de mire, de la flamme d'une chandelle. Il ignorait donc qu'une chandelle plus ou moins bien mouchée donne une flamme dont l'intensité varie, comme Rumford l'a prouvé, dans le rapport de 100 à 16. Une bougie varie moins : le changement va de 100 à 60. Irait-on jusqu'à prétendre qu'une lumière forte et une lumière faible cessent d'être visibles au même moment ? On ne conserverait pas longtemps une semblable opinion. Il suffirait de considérer que le
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corps de la chandelle disparaît beaucoup plus tôt que la flamme et le bas de la flamme sensiblement plus tôt que «on milieu.
Les commissaires admettent la justesse de mes critiques, seulement ils prétendent qu'elles ne sont pas applicables dans la circonstance actuelle, attendu qu'il s'agit d'un appareil industriel et non d'un instrument de précision. Le diaphanomètre construit sur les vrais principes de la pbotométrie ne saurait être employé, dit-on, que par des physiciens expérimentés; le diaphanomètre par extinction serait , au contraire, à la portée de toutes les intelligences.
Ces assertions ne me paraissent pas soutenables. Le vrai diaphanomètre exige seulement que l'on juge de l'égalité de deux lumières ; or tout le monde est à peu près également apte à prononcer sur cette égalité. Nous l'avons éprouvé soit en faisant jadis de nombreuses recherches sur les lampes de nos phares, soit en essayant naguère les pouvoirs éclairants de diverses natures de gaz ; les hommes de service jugeaient tout aussi bien que nous. Je citerai une autre expérience également démonstrative, faite journellement, depuis 1825, dans un grand nombre d'ateliers, avec le décolorimètre de notre confrère M. Payen. Dans cet utile instrument le point d'arrêt est celui de la similitude des deux teintes engendrées par la transmission de la lumière à travers deux liquides renfermés dans deux tubes contigus et de longueurs inégales. Cette phase de l'observation n*a jamais offert de difficulté. Le décolorimètre, pour le dire en passant, est, à quelques particularités près, la forme qu'il fau-
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drait donner au diaphanomètre lactoscope, si la diaphanéité pouvait devenir la mesure de la qualité du lait.
Quant à rinstruraent de M. Dien, reproduit par H. Donné, il exige une foule d'attentions délicates, minu* tieuses , dont ce médecin ne semble pas s'être douté. 11 faut d'abord avoir égard, dans le placement de la flamme, à la portée de la vue de Tobservateur ; il faut soigneusement éviter que l'image de l'œil éclairé n'aille se peindre sur le premier verre de l'instrument ; toute lumière qui en parvenant latéralement au liquide , qui en l'éclairant, donnerait naissance à sa couleur blanche naturelle, troublerait considérablement les résultats. La méthode scientifique, la méthode précise aurait donc ici, même sous le rapport de la facilité, de la commodité, un avantage marqué sur la méthode vicieuse.
Les extinctions de lumière peuvent servir utilement pour résoudre quelques questions spéciales de photométrie ; mais elles sont totalement vicieuses dans l'instrument que M. Donné a emprunté à M. Dien.
J'en ai dit assez pour montrer en quel sens le rapport me semblerait devoir être modifié. 11 résulte de la discussion que ces modifications, au point de vue scientifique, paraîtraient motivées à la plupart des commissaires. Je reconnais, avec celui de nos confrères qui vient d'en faire la remarque, que le rapport restera l'œuvre exclusive de la Commission ; que l'Académie doit se prononcer seulement sur les conclusions. J'admets encore, comme on le dit, que ces conclusions sont très-peu laudatives, qu'elles se réduisent au fond à une simple formule de politesse, qu'envisagées ainsi elles seront sans conséquence nui-
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sible. Tout ceci reconnu, j'adhère moi-mênje aux conclusions proposées, puisqu'elles me laisseront, sans restriction aucune, la liberté de combattre le prétendu lactoscope s'il fait son apparition dans une autre enceinte.
[Dans la séance du 16 octobre 1843, M. Donné adressé à l'Académie la lettre suivante :
c J*ai eu rhonneur de présenter à rAcadémie un instrument q a été examiné et jugé par une Ck)mmissîon.
a Une réclamation a été adressée & ce sujet, non aux commissaires, comme cela devait être , mais à un membre de TAcadémie qui ne Ta pas fait connaître.
a II résulte de la discussion qui s*est élevée k cette occasion que je suis accusé de plagiat ; mais j'ai le droit de demander que cette question soit renvoyée aux juges naturels en pareille matière et que rinstrument que Pou m'oppose soit soumis, comme le mien, & Tappréciation d*une Commission. L'instrument de M. Dien a-t-il en effet un rapport réel avec le mien ? l'un peuit-il être considéré comme la copie de l'autre? c'est ce que j'ignore ; mais, dans tous les cas, ce point ne peut être décidé que par une Ck)mmission.
« Je demande donc que cette question soit de nouveau soumise à la Commission qui a examiné mon travail ou à une nouvelle. »
Après le renvoi de cette lettre à la Commission qui avait fait le rapport sur le travail de M. Donné, M. Arago a pris la parole dans les termes suivants : ]
Je ne peux pas m'empêcher de remarquer que la lettre dont on vient de donner lecture commence par une erreur de fait évidente. La réclamation de M. Dien était adressée à l'Académie et non à un de ses membres. Puisqu'on m'impose de nouveau l'obligation d'expliquer comment la communication de la Note de M. Dien a eu lieu seulement le jour du rapport de la Commission, je dirai, je répéterai à satiété que le laborieux géographe, reconnaissant lui-même les défauts de son instrument, n'enten-
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dait en occuper TAcadémie que dans le cas où M. Donné, son copiste, parviendrait à obtenir un rapport. Pour me conformer à ce désir de M. Dien , je faisais, toutes les séances, déposer le photomètre par extinction sur le bureau du président. Chacun a pu l'y voir. Je l'ai expliqué aux académiciens et aux autres personnes qui m'ont questionné. Cependant, je l'avouerai, je croyais que le prétendu lactoscope irait prendre place à côté de certain instrument qui nous fut présenté comme une invention et dans lequel on voyait simplement un microscope ordinaire, une lanterne ordinaire et la langue d'une grenouille fermement attachés à une latte. S'il en a été autrement, c'est, suivant moi , une preuve de l'extrême indulgence des commissaires.
Les auteurs ont toujours le droit de réclamer un plus ample informé. Je ne m'oppose donc pas au renvoi à la Commission de la- lettre de M. Donné. Je ferai seulement remarquer que ce médecin veut transporter aujourd'hui le débat sur un nouveau terrain. 11 ne s'agit plus de savoir si le lactoscope est ou n'evSt pas une copie du photomètre de M. Dien ; cela a été complètement discuté. La polémique a soulevé une question d'honneur : celle de savoir si , nonobstant ses dénégations les plus formelles, M. Donné avait vu et manié l'instrument de M. Dien, chez M. Dien, dans le mois de novembre ou de décembre 1842.
[Dans la séance du 8 avril 18i4, il a été donné lecture, au nom de la Commission académique, de la déclaration suivante :
« M. Dien ayant revendiqué la découverte du photomètre dont \L Donné s*était servi dans ses expériences sur le lait et M. Donné
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ayant demandé que son photomètre et celui de M. Dien fussent soumis & l'examen de la Commission à laquelle ses Mémoires avaient été renvoyés, la Commission s*est réunie, et, après avoir entendu HM. Dien et Donné , elle a reconnu que les deux photomètres étaient fondés sur le même principe que celui de M. Quetelet qui se trouve décrit dans le Traité de M. Herschel sur la lumière, et qu'ils n'en différaient que par de très -légers changements propres à chaque instrument.
« H. Dien se proposait d'appliquer son photomètre & la mesure de l'intensité de la lumière des étoiles; M. Donné a appliqué le sien & mesurer les qualités du lait.
« C'est donc dans ces applications que peut consister le mérite des observations qu'ils auraient faites. »
Aussitôt après cette lecture M. Arago a pris de nouveau la parole en ces termes : ]
Je rappellerai que les dires contradictoires de MM. Dien et Donné avaient soulevé une question de véracité. Je comprends très-bien que la Commission n'ait pas voulu l'aborder ; mais je dois avertir l'Académie que M. Dien a adressé une lettre dans laquelle les sentiments de ce laborieux géographe sont exprimés en termes catégoriques. On y lit, en effet, les passages suivants :
« Ne devinant point le sujet sur lequel porteront les conclusions du rapport , je crois devoir faire connaître h l'Académie des sciences qu'il ne s'agit pas pour moi d'amour-propre ou d'intérêt, mais bien d'une question d'honneur.
« Je viens, en conséquence, offrir de prouver à la Commission que M. Donné a vu mon photomètre et qu'il en a fait usage avec moi. i
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