‹ Œuvres complètes de François Arago (volume 3)Chapitre 85 sur 161 · Voir t. IX des Œuvres, p. 80 et · texte numérisé non relu

Voir t. IX des Œuvres, p. 80 et

Doirs et déchiquetés sur leurs bords ; quclques-uns« comme lors des coups de vent, étaient stationnaires et avaient leurs côtés coupés régulièrement : les autres, au contraire, apparaissaient à rtiorizon, montaient peu à peu, puis semblaient un moment stationnaires. Alors on apercevait plusieurs trombes à la fois sous le même nuage y mais toutes ne se formaient pas entièrement.

Le nuage, comme s'il eût absorbé Peau de la mer, se noircissait de plus en plus et à vue d'œil ; puis les trombes disparaissaient : le nuage continuait à marcher, passait au-dessus du navire en donnant une risée de vent plus ou moins forte et une grande pluie , enfin s*eflaçait peu à peu à Tautre bout de Thorizon et était remplacé de Tautre côté par un nouveau nuage, dont la formation et la marche étaient les mêmes. Presque tous ces nuages étaient sillonnés, surtout pendant la formation des trombes, par des éclairs très-vifs et serpentants : on entendait parfois un tonnerre lointain. Dès que les trombes étaient rompues et que le nuage semblait continuer son ascension, on ne voyait plus rien de particulier. L'orage que contenait le nuage était très-éloigné , car M. Leps a une fois compté 32 secondes d'intervalle entre la vue de réclair et la perception faible du bruit du tonnerre. Le baromètre ne marquait que O^.TSO, et M. Leps vit au moins vingt trombes se fonner dans l'espace d'une heure ou deux heures : il était alors 7 heures du matin.

Presque toutes les trombes commençaient de la même manière. On apercevait d'abord une partie du bord inférieur du nuage s'éloigner peu à peu, en conservant une couleur noire ; puis une petite ligne, noire aussi, se déta-

chant sur le ciel, semblait darder jusqu'à la mer; et, suivant que la trombe se formait entièrement ou non, cette ligne noire prenait plus ou moins de consistance et augmentait de longueur, ou bien disparaissait en entier. Dans ce dernier cas, la partie du nuage qui s'était élongée en tourbillonnant, se repliait sur elle-même et semblait rentrer à son poste. Ces commencements de trombes étaient dans une direction tantôt verticale, tantôt inclinée à rhorizon et oiïraient quelquefois, mais rarement, une ligne droite; le plus souvent, au contraire, ils présentaient une ligne plus ou moins tortueuse. La position la plus ordinaire a paru être une inclinaison de 30 à /i5 degrés du côté de la partie d'où soufflait le vent.

Plusieurs de ces trombes arrivèrent à complète formation : Tune d'elles présenta un curieux spectacle pendant un quart d'heure environ. Le nuage dans lequel elle se produisit offrait, au-dessus de l'horizon, une large et longue bande noire : c'était un de ces nuages que les marins désignent sous le nom de grain; sa partie inf^ ricure était en ligne droite. A plusieurs reprises on vit cotte partie en un ou plusieurs points à la fois s'élonger, puis se retirer. Enfin, le météore s'inclina du côté du vent, en s'évasant par le haut; il était coupé horizontalement par le bas ; il continua à conserver cette forme et à augmenter en longueur jusqu'à une certaine distance de rhorizon, mais il ne paraissait pas y toucher On vit alors tout autour de cette partie inférieure, la mer s'agiter et sautiller, comme lorsqu'on laisse tomber dans Teau un corps pesant. Ce mouvement dura près de 8 minutes, pendant lesquelles l'eau sautait à une hauteur assez g^and^

ET LBS TROMBES. 3)5

au-dessus de la mer. La partie inférieure de la trombe paraissait plongée au milieu de cette eau sautillant tout autour, A mesure que la durée du phénomène augmentait, on apercevait au milieu de la trombe, une clarté simulant un vide : ce vide paraissait semblable à du mercure brillant au milieu d'un tube de verre. Lorsqu'elle fut dans toute sa force, la trombe ne pouvait pas mieux être comparée qu'à un vaste entonnoir, coupé carrément à sa partie inférieure et tenant au nuage par sa partie supérieure élargie ; la partie inférieure étant ouverte et précipitant à la mer une colonne deau qui, en retombant, faisait jaillir une gerbe liquide tout autour d'elle. Peu à peu le météore diminua, le tuyau de l'entonnoir se replia sur lui-même en remontant vers le nuage, tandis que la portion qui semblait en découler augmenta de longueur au-dessus de l'horizon ; bientôt après tout disparut. Le nuage s'éleva alors, passa au-dessus du navire, et fit changer le vent qui passa à l'ouest; il y eut pendant quelques minutes un vent terrible et une pluie des plus abondantes.

M. Leps avait aussi vu se former, à 6 heures du matin, une trombe qui commença, non par en haut comme les trombes précédentes, mais par en bas; on aperçut un tourbillon à la surface de la mer; l'eau jaillit à une hauteur assez couiîidérable, puis, toujours en s'élevant et on tourbillonnant, alla faire sa jonction avec un gros nuage noir. La durée entière de ce phénomène fut de 10 à 12 minutes.

336 SUR LfiS VBNTS, LES OURAGANS

Vm. — NOTE HISTORIQUE SUR LES VENTS QUI ACCOMPAGNENT

Page 1