SU
AO.e 77 2.3 11 19 6
fc 45.1 108 9.0 12 21 4
mbre.. 61.4 117 2.3 12 22 1
ire.... 82.8 169 11.3 13 23 3
Qbre.. 80.1 153 9.0 14 20 5
Dbre.. 71.1 133 2.3 14 24 6
ces premières dix-sept années, la piuie moyenne a été de 656 millimètres, itrêmcs ont été 1,010 et 498 millimètres, mbre moyen annuel des jours de pluie est de 146, trêmes sont 168 et 88.
série d'observations a été faite par M. Seignette res au-dessus du niveau moyen de la mer.
Ix' Observations faites à La Fallerie.
La Yallerie est située à 5 lieues au nord-est de La Rochelle ; voici les observations qui ont été recueillies, de 1810 à 1827.
Oointités atrèmw NonUves Nombres «xtrénei
Noms noie de ploie. moyens de joort de pluii.
des mois. moyenne. ■ ■■' ^ de jours •> -^ • ■**" ^
maxlmâ. miaima. de plnie. nuxlma. mlnloiâ.
mill. mill. Btll.
Janvier 46.6 90 A.5 32 20 3
Février..... 50.5 50 9.0 18 22 &
Mars 39.9 90 0.0 11 21 k
Avril /i/i.0 86 0.0 11 18 0
Mai 51.9 106 13.5 13 18 5
Juin 33.8 88 6.8 11 17 3
Juillet /i6.9 12/t 0.0 11 27 h
Août 37.2 53 6.8 9 17 8
Septembre.. 5Zi.3 95 27.1 11 18 6
Octobre.... 91.5 192 31.6 15 28 10
Novembre*. 68.1 180 6.8 ik 24 6
Décembre.. 78.7 149 6.8 15 21 2
La pluie moyenne, dans l'intervalle des 18 années qui se sont écoulées de 1810 à 1827, a été de 650 millimètres.
Les extrêmes sont 812 et 493 millimètres.
Le nombre moyen de jours de pluie est de 146, et les extrêmes sont 194 et 112.
A La Vallerie, comme à La Rochelle, le récipient était à 8 mètres au-dessus du niveau de la mer. Les observations de La Vallerie sont de M. de Monroy ; M. Fleuriau de Bellevue les a recueillies et calculées.
La comparaison des deux tableaux précédents n'autoriserait pas, comme on peut voir, la conséquence que le déboisement ait diminué la Quantité de pluie annuelle;
SUR LA PLUIE. i29
lis il faut remarquer que cette cause, quelque influence 'on veuille lui attribuer en général, serait presque sans portance sur nos côtes où la pluie est principalement lenée par des vents d'ouest qui se sont saturés d'bumii en traversant T Océan.
5* Observations faites à Lille,
La quantité de pluie tombée annuellement à Lille, près des observations faites dans la citadelle par ordre Yauban, de 1685 à 1694, a été trouvée de 23 pouces ignés ou 627 millimètres. Des observations faites un ;le plus tard, de 1777 à 1784, ont donné 572 millitrès. Ces nombres n'indiquent aucun changement is le climat.
6** Observations faites dans les Bouches-du-Rhdne.
!)n a vu plus haut (p. 420) qu'en discutant un grana (ibre d'observations relatives à la quantité de pluie qui ibe annuellement à Paris, j'ai reconnu qu'à cet égard, moins, le climat de la capitale et des environs n'a pas ié depuis cent-cinquante ans d'une manière sensible, ugergues a trouvé (p. 422), au contraire, que la quan-
de pluie a augmenté à Viviers, quoique, depuis qu'il )mmencé ses observations, en 1778 , on ait détruit la s grande partie des forêts qui couvraient le départent de l'Ardèche. 11 m'a semblé qu'il était convenable de hercher si d'autres lieux situés au midi de la France Qriraient pas des variations analogues. Voici ce que
pu recueillir de plus certain.
Les chiffres suivants sont relatifs à Marseille :
Pluie moTenne Nombre de en milllinetiee. Joctn de plida.
De 1772 à 178^ 590 57
De 1795 à 1805 530 bli
De 1806 à 1815 380 55
De 1815 à 1820 370 #
De 1823 à 1832 Ub2 52
De 1833 à 18ii2 571 67
Moyennes. iiS2 57
En comparant ce tableau avec celui de Flaugerg on remarquera que la quantité annuelle de pluie dimii à Marseille pendant qu'elle augmentait à Viviers, que la distance de ces deui villes ne soit pas très-grand semble donc que ces variations doivent être considd comme accidentelles. Elles disparaîtront sans d quand les moyennes seront déduites d'un plus gi nombre d'années ; maison voit, en attendant, qu'il aurait aucune raison de ne pas étendre à la France tière les conséquences que nous avons tirées précéc ment de la discussion des seules observations de Pai
Le département des Bouches-du-Rhône offre un ei pie remarquable de l'influence que les localités, m dans une étendue très-limitée de terrain, exercent su phénomènes météorologiques.
On vient de voir qu'il pleut, terme moyen :
A Marseille 57 Jours par ai
A Arles, on trouve seulement US —
A Aix liO —
Et dans la région de la Durance 38 —
Ces derniers résultats ont été empruntés à la Ste
tique des Bouches-du-Rhône j de M. le comte de Villeneuve.
7* Observations faites à Milan.
Quantité moyenne de ploie.
De 1766 à 1790 910 millimètres.
De 1791 à 1817 1010 —
M. de Césaris, à qui Ton doit ces observations, les a présentées comme la preuve incontestable que le climat de Hilan a changé. 11 attribue cet eiïet aux nombreux canaux d'irrigation qu'on a creusés d'année en année dans les plaines de la Lombardie , ce qui , dit-il , a dû rendre révaporation annuelle plus grande à présent que par le passé. Sans nier tout à fait l'influence qu'a pu avoir la cause qu'indique le savant astronome milanais, il me semble qu'avant d'admettre qu'elle a seule occasionné la différence de près de onze centimètres qu'on trouve entre les deux moyennes de la table, il faudrait avoir démontré qu'une période de vingt-sept ans est suffisante pour donner un résultat général dégagé des variations accidentelles. Or, je ne doute pas qu'on ne conserve quelque scrupule à ce sujet, après avoir vu que les nombres partiels d'où ces deux moyennes ont été conclues présentent de grandes discordances. En effet, de i76& il 1790 la pluie annuelle, à Milan, a varié depuis 700 jusqu'à 1,280 millimètres; et dans la nouvelle période de vingt-sept ans, commençant avec l'année 1791 et finissant en 1817, les extrêmes annuelles ont été 670 et 1,&90 millimètres.
Les observations de Milan , considérées seules , ne
i31 SUR LA PLUISL
ne prouvent donc pas jusqu'ici que les travaux des hommes puissent amener des modifications sensibles dans les climats, au moins en ce qui concerne la pluie.
DE L'iIfFLCENGE DU DÉBOISEMENT SUR LES CLIMATS
[Dans la séance de la Chambre des députés, du 27 février 1836, à Toccasion de la discussion d'une proposition de M. Anisson-Duperron, relative à la liberté du défrichement des forêts, M. Passy, ministre du commerce et des travaux publics , prononça les paroles suivantes :
« Je ne contesterai nullement les avantages de la liberté des défrichements SOUS le point de vue économique. S*il le fallait, je pourrais présenter de nouvelles raisons à Tappui de celles qu*à fait valoir l'iionorable M. Jaubert; mais il est une question d*une tout autre nature, et sur laquelle j'appellerai Tattention de la chambre, c'est la question météorologique. Celle-là n'est nullement décidée; les opinions sont diverses, et je citerai quelques exemples qui feront concevoir qu'on puisse attacher beaucoup d'importance à autoriser ou à ne pas autoriser le défrichement des bois en grande masse. Il est constant que, pour quelques climats chauds, le déboisement a changé la constitution atmosphérique. Les pluies ont diminué, et beaucoup de sources se sont taries. Voici quelques faits constatés sur divers points du globe. On a fait récemment des plantations nombreuses en Egypte, et les pluies ont reparu dans ce pays. Dans quelques-unes des Antilles, au contraire, le déboisement d'une partie du sol a diminué la quantité des pluies, et les cours d'eau ont perdu de leur abondance. Dans une de ces Hes, à Porto Rico, on a agi différemment Une ordonnance du roi d'Espagne a prescrit que toutes les fois qu'on abattrait un arbre on en replanterait trois, et ce pays est resté d'une haute fertilité ; la bonté du sol , l'abondance des eaux y ont laissé les terres plus productives que dans les îles voisines. £n Espagne même, le plateao de Gastille, par suite d'une opinion de ses habitants qui redoutent
que les bois n'appellent les orages, a été complètement déboisé, et les terres y ont perdu une partie de leur fécondité.
« Sous les climats chauds, Tinconvénient est évident. Mais au nord, la question n*est même pas encore résolue, et Ton ne sait pas encore à quoi s^en tenir sur les effets météorologiques des déboisements en masse. L'année dernière, dans la Limagne, j'ai vu un ruisseau qui n*avait pas Teau nécessaire pour faire mouvoir les moulins, et Ton m'a affirmé que c'était le déboisement qui avait affaibli les sources.
« J'avoue que je ne suis pas compétent pour résoudre la diffi^ culte ; mais il me semble qu'il serait très-imprudent de la trancher dès à présent. Ce n'est pas que je croie que le défrichement des bois doive en France être très-grand ; je crois plutôt qu'il n'y aurait, en définitive qu'un déplacement dans la situation des bois; mais les déplacements mêmes peuvent influer sur la constitution atmosphérique, sur l'abondance des pluies dans certaines localités. A mon avis, il serait plus prudent d'ajourner la discussion des articles et de former une commission qui serait composée d'hommes à même de juger la question. Cette commission examinerait jusqu'à quel point, au degré de latitude où nous sommes, la disposition des bois pourrait influer sur les pluies et la constitution atmosphérique. Nous aurions peut-être à regretter, sans cela, qu'une conclusion précipitée amenât des inconvénients, et il serait trop tard ensuite pour réparer le dommage. Ainsi , le gouvernement propose la suspension de la discussion, et ce n'est pas, comme on pourrait le croire, dans l'intérêt des bois de l'État; car, si les particuliers défrichaient de grandes masses de bois, les forêts de l'État rapporteraient davantage; mais uniquement pour éclairer la question. »
M. Jaubert, ayant répondu au ministre qu'appuyer une demande d'ajournement sur des considérations météréologiques, c'était invoquer le motif le plus vague qu'il fût possible d'imaginer, M. Arago demanda la parole, et s'exprima en ces termes : ]
Messieurs, je viens appuyer Tajournement proposé par M, le ministre du commerce, car je le crois fondé sur de très-bons motifs. L'honorable M. Jaubert a parlé avec trop de dédain des enquêtes ; il est des enquêtes
Xll. 28
434 SUR LA PLUIB.
qui peuvent donner de très-bons résultats. Et si M. le ministre du commerce en demande une aujourd'hui sur le problème météorologique qui domine la question qui vous est soumise, c'est parce que cette enquête n'a pas été faite par la commission chargée de l'examen de la proposition de M. Duperron. Je ne lui en fais pas un reproche. Cette enquête est difficile, il faudra consulter beaucoup de documents.
Les défrichements peuvent avoir des influences de plus d'une espèce. On a parlé du déboisement sous le rapport de la conservation des sources, mais il peut modifier le climat d'une foule d'autres manières. Je demande pardon à la chambre d'entrer ici dans des détails scientifiques
Pour une même température moyenne , dans un lieu donné, il peut y avoir une répartition très-inégale des températures mensuelles. C'est de là qu'était venue à Buffon ridée de distinguer les climats tempérés des climats excessifs.
L'Amérique du Nord a maintenant un climat excessif. L' Europe, avant le déboisement, devait être classée dans la même catégorie. Avant le déboisement, les hivers étaient beaucoup plus rudes et les étés plus chauds. Vous serez peut-être étonnés d'entendre que, dans les environs de Paris, il y a quelques siècles, il faisait beaucoup plus chaud qu'aujourd'hui. Une foule de documents historiques le prouve cependant; ainsi nous voyons dans une charte que les vignerons des environs d'Amiens se présentèrent au concours lorsqu'il fallut examiner quel canton de France fournirait le vin de la table de Phi-
lippe-Auguste. De nos jours, les vignerons d'Amiens ne se présenteraient plus au concours pour fournir le vin de la table de qui ce soit ^.
Il y a eu une modification notable dans le climat de cette région de la France , et cette modification a été la conséquence nécessaire du déboisement. Peut-être doiton la considérer comme une amélioration ; mais il faut éviter les extrêmes en cela comme en toutes choses ; or, je crois que, si vous accordez le déboisement tel que le demande la commission, il pourrait en résulter, je ne dis pas, remarquez-le bien, il en résulterait, mais il pourrait en résulter un inconvénient que vous déploreriez un jour.
Vous savez, Messieurs, qu'il y a très-peu d'années on proposa, et le projet a été réalisé, on proposa, dis-je, de se garantir de la grêle en plantant en terre des longues perches. Ce moyen, je l'ai attaqué moi-même. Mais il n'en est pas moins vrai que lès forêts exercent une grande influence sur les phénomènes électriques ; et quoiqu'on ne connaisse pas très-bien la théorie de la grêle , il est cependant démontré que l'électricité joue un rôle très-important dans sa formation.
En déboisant les montagnes, vous augmenteriez peutêtre les chances de grêle d'une manière déplorable pour les cantons environnants. Je ne dis pas que cela soit, mais je dis que cela est possible, et qu'il est utile de se livrer à cet égard à un examen sérieux.
Messieurs, il y a aussi une autre circonstance fort importante dont il faudra tenir note. Dans les pays dé-
1. Voir la Notice sur l'état thermométrique du globe terrestre, t. VlU des CEuvres, t. Y des /VoUces scientijiques, p. 233.
boisés, toutes les rivières ont ce qu'on appelle le régime torrentiel, c'est-à-dire que, pendant un temps fort court, elles débitent des quantités d'eau très-considérables, et qu'ensuite, pendant tout le reste de l'année , elles sont à sec. Ce régime de torrent, vous le trouverez dans toutes les localités où les montagnes ont été déboisées. Or, qui peut douter de l'utilité d'avoir de l'eau toute Tannée, pour la navigation, pour les arrosements? J'ajoute une autre considération : les rivières torrentueuses entraînent avec elles des quantités considérables de terres des montagnes ; leur lit s'exhausse avec une grande rapidité, et produit à l'embouchure des bancs qui nuisent à la navigation.
En Italie, depuis qu'on a déboisé les Alpes, les rivières entraînent une quantité de limon beaucoup plus grande que par le passé. Je m'appuierai à cet égard de l'opinion de M. de Prony. Ainsi le lit du Pô s'est exhaussé de telle manière qu'il est, je crois, fort supérieur au niveau de la plupart des rues de Ferrare. Un inconvénient de cette nature est à redouter en tout pays. Je n'entends pas, je le répète, prononcer d'une manière définitive, mais je dis qu'il y a matière à examen. Vous trouverez dans les archives de la science de quoi éclairer la discussion. J'appuie donc la proposition d'enquête présentée par le ministre du commerce, parce que l'examen dont je viens de parler n'a pas été fait. Si la commission avait pu s'y livrer, nous serions en mesure de discuter la question. 11 y a, sous le rapport de la météorologie, une foule de documents qui auront besoin d'être dépouillés; les résultats de la science sont numériques ; et je puis assurer que
les inconvénients que signale M. Jaubert pour repousser les commissions d'enquôte ne se manifesteront pas.
J'ai parlé de la grande quantité de terres que les rivières entraînent avec elles depuis que les montagnes sont déboisées en Italie ; cette quantité est si considérable, que, dans un canton de la Toscane, dans le val de China, on a pu s*en servir pour combler d'immenses lacs st pour faire de ce pays, autrefois mal sain, un des plus fertiles de F Italie. C'est à M. Fossombroni que ce travail est dû.
J'appuie , Messieurs , de toutes mes forces l'examen proposé par M. le ministre du commerce.
[Après une réplique de M. Jaubert, M. Arago a ajouté les paroles suivantes : ]
M. le comte Jaubert vient de dire que nous avions le projet de demander un ajournement indéfini. M. le comte Jaubert se trompe. M. le comte Jaubert doit savoir que si on renvoie cette question à une commission , il n'y aura pas les délais qui accompagnent une enquête ordinaire ; car dans une enquête ordinaire on fait coroparattre des personnes qui viennent ou qui ne viennent pas, tandis qu'ici il s'agira seulement de compulser des documents scientifiques.
M. le comte Jaubert dit qu'il a du regret de voir que la chambre renvoie l'examen d'une question législative à rinstitut. Je n'ai pas parlé de l'Institut. A l'affectation avec laquelle M. le comte Jaubert, quant à lui, en a parlé, je pourrais supposer qu'il craint de n'être pas membre de la commission. J'avoue, pour mon compte,
que, si j'étais destiné à en faire partie, je demanderais avec instance que M. le comte Joubert en Tût aussi ; car il verrait alors que la commission actuelle de la chambre, de laquelle il disait qu'elle n'a rien inventé, n'a pas examiné la question principale qui domine tout entière le problème du déboisement du pays.
[L'ajournement appuyé par M. Arago ayant été adopté par la chambre, la discussion et la proposition de Mr Anisson-Duperron revint dans }a séance du samedi et du lundi, â et 5 mars 1838. Dans la seconde séance, M. Arago prononça le discours suivant : ]
Messieurs, j'étais absent samedi , lorsque M. Jaubert vous rendit compte des travaux d'une commission dont nous avions l'honneur de faire partie lui et moi. Notre honorable collègue m'a donné dans cette commission un rôle que je ne puis pas, que je ne dois pas accepter. Je demande à la chambre la permission de lui dire exactement, complètement, sans réticence aucune, comment les choses se sont passées. Tout le monde comprendra ensuite qu3 si la commission, créée en quelque sorte à votre instigation, n'a pas terminé le travail qu'on lui avail confié, ce n'est nullement f^a faute ; chacun verra que la négligence du gouvernement a tout fait avorter.
M. Anisson-Duperron présenta, il y a deux ans, une proposition semblable, quant au fond, sinon quant à la forme, à celle que vous discutez aujourd'hui. M. Passy était alors ministre du commerce. En passant devant mon banc pour aller à la tribune, où, par parenthèse, il développa d'excellentes considérations, M. Passy me dit :
Voilà une question de météorologie, éela est de votre compétence : ne nous ferez-vous pas connaître votre opinion? Je crus devoir répondre à ces paroles bienveillantes. Je pris donc part au débat, mais je me contentai d*émettre des doutes, de simples doutes, sur Tinfluence que le déboisement des plaines pourrait avoir sur le climat.
Je n'occupai pas la tribune plus de dix minutes; et voilà, cependant, à quelle occasion M. Jaubert s'est cru autorisé à vous entretenir de ma prétendue assurance, à vous parler du bruit que j'aurais fait ou voulu faire à la tribune. Sur ce point, la mémoire a bien mal servi notre honorable collègue.
La chambre n'admit pas la proposition de M. Anîsson- Duperron ; elle désira que la question fût examinée à fond et dans tous ses détails. Le ministère se rendit à ce vœu ; il nomma une commission dont nous faisions partie, HM. Duperron, Lanyer, Jaubert et moi.
Dans l'une de ses premières séances, la commission reconnut, comme M. Jaubert l'avoue lui-même aujourd'hui, que dans la climatologie gisait la question importante, disons mieux, la question capitale. Cette remarque me valut l'honneur d'être nommé rapporteur. Des renseignements me parurent indispensables ; je les fis deman* der. Ceux que je possédais moi-même m'avaient déjà servi à publier, sous le titre modeste de Notice sur l'ancien état thermométrique du globe^, une dissertation assez étendue dans laquelle j'avais mis en regard, dans leur
i. Voir t. vin des CEurres, t. V des Xotices scientifiques, p. 184 à 646, cette Notice revue et augmentée.
iiO SUR LA PLUIE.
vrai jour, un certain nombre de faits et les conséquences qui en découlaient. C'était un pas de quelque intérêt peutêtre, mais nullement la solution définitive du problème. Cette solution pouvait résulter de quelques nouvelles données. A ma prière, la commission en fit la demande. Les questions étaient claires et précises; les préfets et les sociétés d'agriculture , auxquels on devait les adresser, auraient pu répondre par un simple chiffre , par un oui ou par un non.
Quelques mois s' étant écoulés sans que rien nous eût été remis, je priai l'honorable M. Lanyer, secrétaire de la commission, de s'enquérir du nombre et de la teneur des réponses qu'on avait reçues; rien n'était encore arrivé. Après un nouveau délai, nous répétâmes la démarche. Elle n'eut pas un meilleur résultat.
Je dois le dire, ce silence de tant de préfets, de tant de sociétés savantes, à l'occasion d'un problème dont tout le monde connaissait l'importance, nous étonna extrêmement. Nous résolûmes alors d'aller au fond des choses : eh bien! que trouvâmes-nous? nous trouvâmes que notre programme avait été soigneusement enfoui dans les cartons ; personne n'y avait répondu, parce que personne ne l'avait reçu.
La commission. Messieurs, était arrivée au terme de son existence; elle devait faire un rapport, quel qu'il fût; je voulus, par un dernier efl'ort, suppléer aux documents qu'on n'avait pas obtenus (je me trompe, qu'on n'avait pas demandés) à l'aide des dossiers d'une enquête qui remontait au temps de la Restauration. Ces dossiers, je les demandai par l'intermédiaire de i'hono-
SUR LA PLUIE. 4ii
rable M. Lanyer; il eut la bonté d'aller au ministère du commerce, au ministère de Tintérieur. Les chefs de )ureau, les chefs de division, messieurs les secrétairesgénéraux furent mis en action ; et cependant, de ces docunents qui auraient fait la charge d'un homme, en n'en rouva aucune trace! J'avoue que je n'ai pas poussé mes Dvestigations plus loin, que je n'ai pas cru devoir chercher jusque chez les épiciers. C'était peut-être là qu'on aurait enfin découvert quelque chose. Mais je me suis arrrêté aux seules démarches que les circonstances pussent autoriser.
Vous le voyez. Messieurs, tous les documents que la science possédait, je les ai examinés, j'en ai publié les résultats. Si M. Jaubert n'a pas eu mon mémoire, je lui demanderai la permission de lui en faire hommage. Des doutes me restaient : pour les éclaircir, je sollicite de nouveaux renseignements; mon programme reste dans les cartons ministériels. Je réclame au moins les anciens dossiers ; ils avaient disparu ; il n'en restait aucune trace ni au ministère du commerce, ni au ministère de l'intérieur. D'après cet exposé, la chambre serait en mesure d'adresser le blâme à qui l'a mérité.
M. Jaubert rappelle qu'il a fait deux rapports; ces rapports, je n'en doute pas, sont excellents sous les points de vue administratifs et statistiques; mais quant à la partie scientifique, que notre honorable collègue me permette de le lui dbe, je n'y ai rien trouvé, absolument rien, qui fût de nature à convaincre l'esprit le moins rétif.
M. Jaubert ne veut pas qu'on coupe des bois de montagnes ; quant au déboisement des plaines, il en fait, au
contraire, très-bon marché. Je crois que M. Jaubert esl dans rerreur sur ce dernier point. La question a été débattue par les météorologistes les plus habiles ; presque tous croient à une influence climatologique considérable des bois situés dans les plaines.
Je citerais, si c'était ici le lieu, les anciennes cultures de la Grande-Bretagne, de la Picardie, de la Normandie, sur lesquelles notre honorable collègue M. Prévost m'a donné les renseignements les plus curieux.
M. Jaubert a donné au sujet des déboisements une théorie qui lui paraît incontestable, qu'il dit adoptée par tout le monde. Je le prie de me retrancher de ce tout le monde dont il parle; je ne crois pas, moi, à une théorie dans laquelle l'action des arbres est assimilée à celle des alambics. Peut-être M. Jaubert s'associera-t-il lui-même à mes scrupules, si je le transporte dans une des contrées de la France qui a été la plus déboisée, dans l'Ardèche, dans l'ancien Vivarais. Il trouvera là que les pluies sont devenues d'autant plus abondantes que le déboisement a fait plus de progrès. La question, quoi qu'en dise M. Jaubert, peut ici se transformer en chiffres, puisque nous possédons les observations de M. Flaugcrgues faites d'année en année, et comparées par périodes de dix ans, depuis 1778 jusqu'en 1817 *.
Ces chiffres prouveront à tout le monde que <( pour ce qui est de la pluie annuelle », on a pu sans dommage détruire les alambics inventés par M. le comte Jaubert
A l'égard de certaines autres faces de la question, j'étais et je suis encore dans le doute. Il faut achever