‹ Œuvres complètes de François Arago (volume 4)Chapitre 384 sur 582 · LIVRE XXXII. — SAISONS ET CLIMATS · texte numérisé non relu

LIVRE XXXII. — SAISONS ET CLIMATS

)lus pesant. Celui-ci étant en mouvement est bientôt ^uivi par Tair le plus proche, en tirant toujours au nord, ïtc, etc. ; d'où il résulte un courant successif qui prend a direction du nord-est, parce que les côtes ^et les ^haines de montagnes du continent mexicain s'étendent iu nord-ouest au sud-est. »

La haute température de l'intérieur de l'Afrique est l'origine des vents extraordinaires qui se font sentir sur les côtes de Guinée, sur celles de la Barbarie, en Egypte, dans l'Arabie, dans la Syrie, dans les steppes de la Russie méridionale et même jusqu'en Italie. Ces vents, nommés harmattan, semoum, chamsin, sont accompagnés de circonstances étranges sur lesquelles il est utile de donner quelques détails ; ils sont particulièrement chauds et secs et entraînent avec eux de^ tourbillons de poussière.

On appelle harmattan un vent qui souille trois ou quatre fois chaque saison, de l'intérieur de l'Afrique vers Tocéan Atlantique ; dans la partie de la côte comprise entre le cap Vert (latit. 15°N.)et le cap Lopez (latit. l'S.), l'harmattan se fait principalement sentir dans les mois de décembre, de janvier et de février. Sa direction est comprise entre l'est- sud-est et le nord-nord-est. Sa durée est ordinairement d'un ou deux jours, quelquefois de cinq ou six. Ce vent n'a qu'une force modérée.

Un brouillard d'une espèce particulière et assez épais pour ne donner passage à midi qu'à quelques rayons rouges du Soleil, s'élève toujours quand l'harmattan souffle. Les particules dont ce brouillard est formé se déposent sur le gazon, sur les feuilles des arbres et sur A. — IV. 38

la peau des nègres, de telle sorte que tout alors paraii ^'blanc. Oq ignore quelle est la nature de ces particules; on sait seulement que le vent ne les entraîne sur TOcéaii qu'à une petite distance des côtes ; à une lieue en mer, par exemple, le brouillard est déjà très-affaibli ; à troilieues il n'en reste plus de traces, quoique rharmattac s'y fasse encore sentir dans toute sa force.

L'extrême sécheresse de l'harmattan est un de se? caractères les plus tranchés. Si ce vent a quelque durée, les branches des orangers, des citronniers, etc., se dessèchent et meurent ; les reliures des livres (et Ton ne doi'. pas en excepter ceux-là même qui sont placés dans des malles bien fermées et recouverts de linge) se courbent comme si elles avaient été exposées à un grand feu. Les panneaux des portes et des fenêtres, les ^)euble^ dans les appartements craquent et souvent se brisent. Les effets de ce vent sur le corps humain ne sont pas moins évidents. Les yeux, les lèvres, le palais, deviennent secs et douloureux. Si l'harmattan dure quatre ou cinq jours consécutifs, les mains et la face se pèlent. Pour prévenir cet accident, les Fantee se frottent tout le corps avec de la graisse.

Après tout ce que nous venons de rapporter des fâcheux effets que produit l'harmattan sur les végétaax. on pourrait croire que ce vent doit être très-insalubre : c'est cependant tout l'opposé qu'on a observé. Les fièvres intermittentes, par exemple, sont radicalement guéries au premier souffle de l'harmattan. Ceux que l'usage excessif qu'on fait de la saignée dans ces climats avait exténués, recouvrent bientôt leurs forces; les fièvres rémittentes et

Page 1