RÉSUMÉ
Un rayon de lumière directe se partage constamment en deux faisceaux blancs et de la même intensité dans son passage à travers un rhomboïde de carbonate de chaux, ainsi qu'Érasme Bartholin l'a observé le premier.
Si l'on soumet la lumière dont se compose un quelconque de ces faisceaux, à l'action d'un second rhomboïde, on reconnaît qu'elle ne ressemble plus à de la lumière directe, puisque, dans certaines positions de la section principale de ce deuxième cristal, elle n'éprouve plus la double réfraction. La découverte de cette belle propriété est due à Huygens.
M. Malus a trouvé dépuis, que, dans leur réflexion sur les corps diaphanes, les rayons sont modifiés d'une manière analogue, en sorte que l'un quelconque des deux faisceaux en lesquels la lumière se divise, dans son passage à travers un cristal doué de la double réfraction, ressemble parfaitement à la lumière qui serait réfléchie par un plan de verre convenablement placé, et sous un angle de 35" environ.
On voit enfin, d'après les expériences que j'ai rapportées, qu'on peut, en outre, donner aux rayons une telle modification , qu'ils ne ressemblent plus ni à la lumière directe ni aux rayons polarisés ordinaires : ces nouveaux rayons se distingueront de la lumière polarisée, en ce qu'ils fournissent constamment deux images en traversant un rhomboïde, et de la lumière ordinaire, par la propriété qu'ils ont de donner toujours deux faisceaux complémentaires, mais dont les couleurs varient avec la position de
la section principale du cristal à travers lequel on les fait passer.
Un rayon de lumière directe, en tombant sur un corps diaphane, abandonne à la réflexion partielle une partie de ses molécules. Un rayon polarisé est transmis en totalité, abstraction faite de l'absorption, lorsque le corps diaphane est situé d'une certaine manière par rapport aux côtés des rayons. Les diverses molécules colorées dont se compose un rayon blanc , lorsqu'il a éprouvé la modification particulière dont il s'agit ici, ne se réfléchissent que successivement et les unes après les autres, dans l'ordre de leurs couleurs, pendant que le corps diaphane tourne autour du rayon en faisant toujours le même angle avec lui.
Par conséquent, si l'on fait tourner un miroir de verre. autour d'un faisceau de lumière directe, et si l'on n'altère pas leur inclinaison mutuelle, la quantité de rayons transmis ou celle de rayons réfléchis sera la même dans toutes les positions ; mais si le faisceau est déjà polarisé , et si , de plus, l'angle d'incidence est de 35% on trouvera deux positions diamétralement opposées, dans lesquelles le miroir ne réfléchira pas une seule molécule de lumière. Si nous supposons enfin que, toutes les autres circonstances restant les mêmes, le miroir soit éclairé par un faisceau de lumière blanche déjà modifié par une plaque de cristal de roche, il sera successivement teint, à chaque demi-révolution, de toute la série des couleurs prismatiques, tant par réflexion que par réfraction , avec cette particularité, qu'au même instant ces deux classes de couleurs sont toujours complémentaires.
Les expériences que j'ai rapportées prouvent encore qu'il se forme sur les substances cristallisées des anneaux ou des bandes diversement colorées, qui ne dépendent pas uniquement des changements d'épaisseur, comme les anneaux colorés décrits par Newton.
On voit enfin que, puisque la plaque de flint-glass, dont j'ai parlé plus haut, ne double pas les images, il existe des corps qui, n'ayant pas la double réfraction, se comportent par rapport aux rayons polarisés, comme s'ils étaient doués de cette propriété.