DE LA LUMIÈRE
[Le procès-verbal de la séance du lundi 20 mars 1812 de la Classe des sciences mathématiques et physiques de rinstitut, contient ce passage :
« M. Biot lit une note sur quelques phénomènes dépendants de la polarisation de la lumière par réflexion et par réfraction.
«M. Arago annonce avoir fait en partie les mêmes observations et demande que la Classe fasse constater qu'ils les a consignées dans les registres de l'Observatoire.
fMM. Burckhardt et Bouvard sont chargés de cet examen. »
Le procès-verbal de la séance suivante, du lundi 6 avril, s'exprime en ces termes :
tM. Arago dépose sur le bureau le registre où il a consigné ses Notes sur les phénomènes de la polarisation de la lumière, dont il a parlé dans la séance précédente, et qui ont été paraphées au sortir de la séance par MM. Burckhardt et Bouvard, commissaires nommés à cet effet; il en résulte que la déclaration faite par M. Arago est de la plus exacte vérité. »
Ce sont les Notes dont il est question dans les deux
procès-verbaux ci-dessus mentionnées qui sont imprimées ici pour la première fois conformément au manuscrit dont tous les feuillets portent la mention suivante : « Paraphés par nous nommés commissaires de l'Institut, ce 30 mars 1812 à quatre heures quarante minutes de Taprès-dînée. Bouvard , Burckhardt. » ]
Les couleurs qu'on aperçoit sur les verres rayés, vues par réflexion et sous une inclinaison convenable , sont polarisées.
Les couleurs transmises, dans les mêmes circonstances, se décomposent, au contraire, en deux images de même intensité , quand on les examine avec un prisme de spath calcaire.
(Il faut se rappeler que dans le phénomène des anneaux colorés, les couleurs transmises sont polarisées sous le même angle et de la même manière que les couleurs réfléchies^.)
Dans le phénomène des anneaux colorés, les deux portions de lumière colorée complémentaire dont se composaient les rayons blancs, avant de rencontrer les objectifs, suivent des routes difl'érentes, mais sont polarisées de la même manière.
Dans le phénomène des verres rayés, la portion de lumière colorée qui se réfléchit est bien polarisée par réflexion, mais la portion complémentaire (?) et transmise ne semble point modifiée.
Lorsque les traits du verre sont assez profonds et
1. Voir précédemment le Mémoire sur les couleurs des lames minces, p. 14.
iutour de son centre, pour que les deux images, d'abord rès- inégales, devinssent de la même intensité. On pro luisait le même effet, la lentille restant immobile, en 'aisant faire un quart de révolution au prisme; dans ces ieux cas, les séries d'anneaux disparaissent en même temps sur chaque image. Pour les voir s'évanouir et renaître quatre fois, il suffit que la lentille ou le prisme Tassent une révolution complète autour de leurs centres. Il est facile de voir, d'après ces seules circonstances, que le phénomène que je viens de décrire dépend des iépolarisations qu'éprouvent les rayons diversement colorés aux différentes épaisseurs de la lentille. Il ne sera peut-être pas inutile de dire que les anneaux sont si rapprochés les uns des autres, qu'ils ne deviennent bien visibles que lorsque l'angle réfringent du prisme de carbonate de chaux est un peu considérable. Si l'on observait par conséquent avec un prisme achromatisé ou à travers les faces opposées et parallèles d'un rhomboïde, on ne verrait aucune trace des anneaux, quoique d'ailleurs les deux images fussent bien écartées. Le rhomboïde jouit , aussi bien que le prisme, de la propriété de séparer les rayons diversement modifiés; maïs cette seule circonstance ne suffit pas pour que les anneaux soient distincts ; il faut en outre que leurs orbites n'empiètent pas trop les unes sur les autres, et le prisme seul, en déviant inégalement les rayons différemment colorés, peut produire ce dernier effet : c'est par la même raison qu'avec la pile de glaces qui jouit de l'unique propriété de tamiser les rayons diversement polarisés, on n'aperçoit pas ces anneaux.
(Essayer si ces deux classes d'anneaux sont polarisées sous la même inclinaison.)
Les anneaux colorés semblent uniquement formés aux dépens de la lumière qui se serait partiellement réfléchie sous l'influence que la seconde lentille a eue sur les rayons. Du moins on rend compte par là de Téclat toujours croissant des anneaux à mesure que les rayons visuels deviennent de plus en plus inclinés à la surface des verres sur lesquels on les aperçoit. Cette supposition explique aussi pourquoi les anneaux transmis sont polarisés comme les anneaux réfléchis.
Si les anneaux colorés se forment sur la surface inférieure du premier verre, ils seront, d'après la supposition précédente, entièrement polarisés, soit que ce premier verre repose sur un verre semblable ou sur un miroir métallique.
Si les anneaux se forment sur la première surface du second miroir, ils devront, ce me semble, être polarisés si ce miroir est de verre , dans les mêmes circoDstances qu'un rayon de lumière ordinaire. Mais lorsque le miroir est métallique , les anneaux ne devront être polarisés que sous l'inclinaison où les miroirs métalliques polarisent entièrement la lumière. (Ainsi, dans cette supposition, l'observation de la disparition des anneaux pourrait servir à déterminer l'angle sous lequel les métaux polarisent la lumière,)
Lorsqu*on place deux objectifs superposés dsus une telle position par rapport à un faisceau de r3y:©5 pjla-