‹ Œuvres complètes de François Coppée (volume 4)Chapitre 7 sur 30 · ACTEURS DE DRAME · texte numérisé non relu

ACTEURS DE DRAME

et dont l’ordre a fini par s’éteindre, assez récemment, faute de recrues.

Ces pauvres acteurs de drame, qui meurent les uns après les autres, las de traîner une vieillesse presque toujours misérable, je les ai connus, quand j’étais jeune, dans toute leur splendeur, au boulevard du Crime. Je leur dois de bons moments. Je me rappelle qu'ils étaient de véritables artistes, remplis d’ardeur et de conviction, et c’est avec un serrement de cœur que je les vois finir pitoyablement dans la gêne et dans l’oubli.

Car j’avoue ma turpitude. Du temps que j’allais au théâtre, — - la corvée de quatre ans de feuilleton m’en a fait radicalement perdre le goût, — j’étais de l’avis d’Alfred de Musset :

Vive le mélodrame où Margot a pleuré !

Et le Courrier de Lyon ou la Closerie des Genêts — voilez-vous, bustes des classiques ! — m’amusait plus à voir jouer que le Misanthrope.

Il y a — ou plutôt il y avait — en moi quelque chose du titi parisien, qui s’installe à la première banquette du ce paradis », le menton sur ses bras croisés, bien avant qu’on ait haussé la rampe et que les violons se soient mis d accord. Ce que je

MON FRANC PARLER

venais alors chercher au spectacle, c’étaient des coups de théâtre, des catastrophes surprenantes : avant tout, des émotions. Je n’apportais là aucune préoccupation littéraire, et le style emphatique ne me gênait pas, pourvu qu’on me servit de quoi frissonner et de quoi m’attendrir. Riez-en, mais il m est arrivé d’avoir la chair de poule quand le traître en redingote à triple collet faisait craquer les planches sous ses bottes à cœur, tout en méditant son crime dans un ronflant monologue, et mes yeux se sont quelquefois mouillés — mon Dieu, oui! quand le vertueux gentilhomme en ailes de pigeon reconnaissait sa propre fille dans la personne de la jeune servante injustement accusée d’avoir dérobé les couverts d’argent, et la pressait tendrement sur sa lévite cannelle.

Je savais bien déjà, parbleu! même à cette époque lointaine, qu ’Andromaque et les Fausses Confidences étaient des morceaux autrement délicats. Mais je les réservais — et je les réserve encore aujourd’hui — pour le coin du feu. Les chefsd œuvre, selon moi, font partie du spectacle dans mi fauteuil. Toujours, ou presque toujours, les comédiens me les gâtent, détruisent l’idéal que je m étais fait des personnages. Le mélodrame

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