‹ Œuvres complètes de François CoppéeChapitre 110 sur 128 · MARS · texte numérisé non relu

MARS

Parfois un caprice te prend, Méchante amie, et tu me boudes, Et sur le balcon tu t’accoudes Malgré l’eau qui tombe à torrent.

Mais, vois-tu ! Mars, avec ses grêles A qui succède un gai soleil,

Chère boudeuse, est tout pareil A nos fugitives querelles.

LES MOIS

Tels ces oiseaux, pauvres petits, Sous ce fronton, pendant l’averse, Et telle ta bouche perverse Où des sourires sont blottis.

Vienne un rayon, et, la première, Tu tourneras vers moi les yeux,

Et les oiselets tout joyeux S’envoleront dans la lumière.

Lorsqu’un homme n’a pas cl’amour Rien du printemps ne l’intéresse;

Il voit même sans allégresse, Hirondelles, votre retour;

Et, devant vos troupes légères Qui traversent le ciel du soir,

11 songe que d’aucun espoir Vous n’êtes pour lui messagères.

LES MOIS

Chez moi, ce spleen a trop duré,

Et quand je voyais dans les nues Les hirondelles revenues,

Chaque printemps, j’ai bien pleuré.

Mais, depuis que toute ma vie A subi ton charme subtil, Mignonne, aux promesses d’ Avril Je m’abandonne et me confie.

Depuis qu’un regard bien-aimé A fait refleurir tout mon être,

Je vous attends à ma fenêtre, Chères voyageuses de Mai.

Venez, venez vite, hirondelles, Repeupler l’azur calme et doux, Car mon désir qui va vers vous S’accuse de n’avoir pas d’ailes.

Depuis un mois, chère exilée, Loin de mes yeux tu t’en allas,

Et j’ai vu fleurir les lilas Avec ma peine inconsolée.

Seul, je fuis ce ciel clair et beau Dont l’ardente effluve me trouble, Car l’horreur de l’exil se double De la splendeur du renouveau.

LES MOIS

En vain j’entends contre les vitres, Dans la chambre où je m’enfermai, Les premiers insectes de Mai Heurter leurs maladroits élytres;

En vain le soleil a souri;

Au printemps je ferme ma porte,

Et veux seulement qu’on m’apporte Un rameau de lilas fleuri ;

Car l’amour dont mon àme est pleine Retrouve, parmi ses douleurs,

Ton regard dans ces chères fleurs Et dans leur parfum ton haleine.

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