‹ uvres complètes de Gilbert, publiées pour la première fois, avec les corrections de l'auteur et les variantes, accompagnées de notes littéraires et historiquesChapitre 13 sur 65 · A M. IMBERT · texte numérisé non relu

A M. IMBERT

moins que, semblable à la vôtre, elle ne nuise pas à la beauté de leurs ouvrages? Ce qu'il fera? S'il est possédé de la fureur de rimer, qu'il ne puisse absolument se vaincre, il doit choisir parmi les genres de poésie le plus analogue à son caractère, le plus facile, le genre lyrique par exemple, et s'y livrer tout entier. Lorsque avec de longs efforts il aura composé quatre odes passables , je lui conseille de les envoyer successivement à l'Académie. Elle daignera peut-être en lire huit vers. N'a -t- elle pas lu une stance entière du Jugement dernier? Flatté d'apprendre un si beau succès , vite , qu'il coure chez l'imprimeur; que ses œuvres soient mises au jour. Si les gens de goût, en les parcourant, disent , « Ce «jeune homme ne manque pas de talent. . . non. . . «mais pourquoi faire toujours des bagatelles.... « comme des odes?. . . que n'entreprend-il un grand « ouvrage? » je soutiens , monsieur, que , fût -il Rousseau, ce laborieux poëte doit être satisfait : car enfin , si Rousseau a, de son aveu même, séché souvent six mois sur les strophes d'un cantique , notre stérile rimeur s'est épuisé certainement durant deux mortelles années sur ses quatre odes. Eh ! bon Dieu ! je connois tel auteur qui, en moins de temps, auroit fait une encyclopédie. Cet effort n'est-il pas bien plus glorieux?

Vous devinez aisément, monsieur, qui je veux peindre dans ce rimeur obscur. Oui, c'est votre ami même, le plus sincère de vos admirateurs. Vous re-

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