LE GÉNIE AUX PRISES AVEC LA FORTUNE
Barbarus hic ego sum , quia non intelligor illis *.
Vous que l'on vit toujours, chéris de la fortune, De succès en succès l promener vos désirs, Un moment, vains mortels, suspendez vos plaisirs : Malheureux... Ce mot seul déjà vous importune 2 ! On craint d'être forcé d'adoucir mes destins ! Rassurez-vous , cruels ; environné d'alarmes ,
* « Si l'Académie, dit La Harpe, à l'article cité, n'entend pas « M. Gilbert, M. Gilbert est-il bien sûr que ce soit l'Académie qui « ait tort? est-il bien sûr que le public lui donnera la couronne, « qu'il croit ne lui avoir été refusée que par l'injustice des juges? « et ne voit-il pas qu'un écrivain qui seroit en effet capable de « mériter un prix parleroit d'un autre ton? »
1 Première leçon :
De faveurs en faveurs
2 Première leçon :
La voix du malheureux est sans doute importune : S'il prétend vous fléchir , il le prétend en vain. Je le sais trop; je sais que , sourds à mes alarmes, Vous n'embellirez point mon horrible destin.
J'appris à dédaigner vos bienfaits incertains , Et je ne viens ici demander que des larmes.
Savez-vous quel trésor eût satisfait mon cœur1? La gloire : mais la^loire est rebelle au malheur, Et le cours de mes maux remonte à ma naissance. Avant que, dégagé des ombres de l'enfance, Je pusse voir l'abyme où j'étois descendu, Père, mère, fortune, oui, j'avois tout perdu. Du moins l'homme éclairé, prévoyant sa misère, Enrichit l'avenir de ses travaux présents; L'enfant croit qu'il vivra comme a vécu son père , Et tranquille s'endort entre les bras du Temps 2. La raison luit enfin, quoique tardive à naître. Surpris, il se réveille, et, chargé de revers, Il se voit sans appui dans un monde pervers, Forcé de haïr l'homme avant de le connaître.
Saison de l'ignorance , ô printemps de mes jours î Faut-il que, tourmenté par un instinct perfide, J'aie, à force de soins, précipité ton cours, Trop lent pour mes désirs, mais déjà si rapide !
1 Première leçon :
Soupçonnez-vous quel bien auroit fixé mon cœur ? La gloire : mais la gloire e'vite le malheur, Et la source du mien remonte à ma naissance.
2 Première leçon :
sous les ailes du Temps.
La raison brille enfin, quoique lente à paraître. Surpris , il se regarde
MALHEUREUX. i99
Qirraut-il qu'aujourd'hui, sans gloire et malheureux. Jusqu'à te désirer je rabaisse mes vœux! Pareil à cet aiglon qui, de son nid tranquille, Voyant près du soleil son père transporté Nager avec orgueil dans des flots de clarté *, S'élève, bat les airs de son aile indocile, Retombe, et, ne pouvant le suivre que des yeux, En accuse son nid, et, d'un bec furieux, Le disperse brisé, mais en vain le regrette, Quand, égaré dans l'ombre, il erre sans retraite2. Mais on admire, on aime, on soutient les talents; C'est en vain qu'on voudroit repousser leurs élans : Sur ses pâles rivaux renversant la barrière 3, Le génie à grands pas marche dans la carrière.
C'est vous qui l'assurez; et moi, que les destins
1 Première leçon :
Planer, se balancer tout couvert de clarté, S'élève , battant l'air de son aile indocile, Tombe, et, réduit encore à le suivre des yeux, En accuse son nid, et, d'un bec furieux, Le disperse en lambeaux, mais en vain le regrette....
2 « Toute la dernière partie de la période , dit La Harpe , est traî-
« nante et sans effet ; mais cette comparaison est ingénieuse, et ce
« vers ,
Nager avec orgueil dans des flots de clarté ,
« me paroît fort beau. » Mais ce beau vers a-t-il été sous les yeux de l'Académie ?
3 Première leçon :
Sur ses rivaux surpris renversant la barrière , Le génie à grand bruit bondit dans la carrière.
2oo LE POETE
Ont toujours promené sur la scène du monde, Je dis ( et ma jeunesse, en naufrages féconde, Étudia long-temps les perfides humains, Apprit où s'arrétoient les forces du génie) : « Le taient rampe et meurt s'il n'a des ailes d'or, « Ou, vendant ses vertus, rare et noble trésor, « Lève un front couronné de gloire et d'infamie. »
Que ne puis-je, ô mortels, être accusé d'erreur!
Quel que soit mon orgueil, oui, j'aimerois à croire
Que j'ai par trop d'audace irrité mon malheur ;
Que je frappois sans titre aux portes de la gloire.
Il en coûte à mon cœur de vous croire méchants ;
Mais expliquez, cruels, l'énigme de ma vie,
Ou rendez-moi raison de votre barbarie.
Dieu plaça mon berceau dans la poudre des champs ;
Je n'en ai point rougi : maître du diadème,
De mon dernier sujet j'eusse envié le rang,
Et, honteux de devoir quelque chose à mon sang,
Voulu renaître obscur pour m'élever moi-même '.
A l'âge où la raison sommeille , oisive encor 2,
La mienne impatiente ose prendre l'essor :
Au nom seul d'un grand homme on voit couler mes larmes.
1 «Voilà bien, dit M. de Chateaubriand, le cri du jeune homme « qui sent pour la première fois la généreuse passion de la gloire. « Mais bientôt il est réduit à regretter son obscurité première: » — « Peut-être, dit La Harpe, ne falloit-il pas aller jusqu'à se sup- « poser roi; mais il y a de la hauteur dans cette idée. »
1 Première leçon :
. foible encor. :.
Grand Dieu! ne puis-je encor m'élancer sur ses pas ! Condé bégaie à peiné, il demande des armes, Et, déjà plein de Mars, respire les combats1... Donnez-moi des pinceaux. — Qu'exiges-tu d'un père? Mon fils, crois-moi, surmonte un penchant téméraire : Tu veux chercher la gloire? eh! ne sais-tu donc pas Que les plus grands talents y montent avec peine; Que, noircis par l'envie, accablés par la haine, Tous ont vu le bonheur s'échapper de leurs bras? Songe au sort de Milton , songe au destin d'Homère : L'homme, ingrat de leur temps , a-t-il changé depuis? Ah ! mon fils , je suis pauvre , et tu n'as plus de mère ; Bientôt tu vas me perdre : où seront tes appuis? Mon fils, crois-moi, mon fils, sors de ton indigence; Et vers la gloire alors dirige tes travaux. Au nom de tous les soins qu'on prend de ton enfance , Par mes cheveux blanchis... — Donnez-moi des pinceaux. Eh bien! vis à ton gré. Je te livre à toi-même, Ingrat; mais en suivant ta folle passion, Crains ton père, reçois sa malédiction.
Vous pleurez... ah! mon fils, votre père vous aime; Écoutez. — Des pinceaux ! Moi, sillonnant les mers,
La première leçon , au lieu des vingt-trois vers qui suivent, ne eontenoit que ceux-ci :
Donnez-moi des pinceaux. — Mon fils écoute un père ; Tu veux chercher l'honneur, tu cours à la misère. Donnez-moi dec pinceaux. Moi , j'irois sur les mers , Confiant ma jeunesse au zéphyr infidèle, Poursuivre la fortune au bout de l'univers ; Et peut-être , pour prix de mon avare zèle , Enterrer sous les flots, prêt à rentrer au port....
J'aurois donc, sur la foi du zéphyr infidèle,
Poursuivi la fortune au bout de l'univers ;
Et peut-être , pour prix de mon avare zélé ,
Enterré sous les flots , en revenant au port ,
Et mes jours , et mon nom qui peut vaincre la mort!
Qu'à son gré l'opulence, injuste et vile amante,
Berce sur le damas l ce parvenu grossier,
Et laisse le poète , à l'ombre d'un laurier,
Charmer par ses concerts le sort qui le tourmente 2.
Il n'est qu'un vrai malheur, c'est de vivre ignoré3.
L'homme brille un moment, et la tombe dévore 4
Les titres fastueux dont on fut décoré ,
Nos maux, et ces plaisirs que le vulgaire adore;
Tout périt sous la faux de la Mort ou du Temps :
Mais la gloire du moins que l'homme a méritée
Survit à son trépas , et s'accroît par les ans;
Et , loin de les flétrir, la fortune irritée 5
Ajoute un nouveau lustre aux talents glorieux.
Première leçon :
Berce entre ses bras d'or
5 Première leçon :
Endormir par ses chants la faim qui le tourmente.
3 « Ce vers, dit La Harpe, peint l'amour de la gloire avec venté « et énergie. Au reste, les idées de cette tirade sont communes. »
4 Première leçon :
et sa tombe dévore
Les titres fastueux dont il fut décoré ,
Ce luxe , ces honneurs que le vulgaire adore.
5 Première leçon:
Ah! traînons, s'il le faut , une vie agitée ,
MALHEUREUX. 2o3
Racine, dieu des vers! Corneille, esprit sublime! Vous pouvez effrayer un cœur pusillanime; Peut-être avec dédain vos mânes radieux Du haut des monts sacrés regardent qui nous sommes Mais , si j'en crois mon cœur, on peut vous égaler : Le ciel, en vous formant, voulut se signaler, J'y consens; mais enfin vous n'êtes que des hommes.
Ainsi je m'abusois. Sans guide, sans secours, J'abandonne, insensé, mon paisible village, Et les champs où mon père avoit fini ses jours. Cieux, tonnez contre moi; vents, armez votre rage; Que , vide d'aliments , mon vaisseau mutilé Vole au port sur la foi d'une étoile incertaine , Et par vous loin du port soit toujours exilé. Mon asile est par-tout où l'orage m'entraîne. Qu'importe que les flots s'abyment sous mes pieds; Que la mort en grondant s'étende sur ma tête; Sa présence m'entoure, et, loin d'être effrayés, Mes yeux avec plaisir regardent la tempête * :
Tous les maux sont légers lorsqu'on vit glorieux.
Grands hommes , noms fameux, ô Racine , ô Corneille , Périssez , si jamais votre élevé sommeille Avant qu'à vos côtés il ciége radieux.
Mon génie , il est vrai, tremble devant le vôtre; Mais , si j'en crois mon cœur, on peut vous égaler : Sans doute :="n vous forment Dieu crut se signaler; Mais , comme moi , d'argile il vous fit l'un et l'autre.
Ainsi je m'égarois. Sans guide, sans secours....
Première leçon :
Mes yeux brûlants de joie admirent la tempête :
2o4 LE POETE
Du sommet de la poupe , armé de mon pinceau,
Tranquille, en l'admirant, j'en trace le tableau.
Je n'avois point alors essuyé de naufrage ;
Mon génie abusé croyoit à la vertu ,
Et, contre les destins rassemblant son courage,
Se nourrissoit des maux qui l'avoient combattu.
Mon sort est d'être grand, il faut qu'il s'accomplisse;
Oui, j'en crois mon orgueil, tout, jusqu'à mes revers.
Qui de ceux dont la voix éclaira l'univers
N'a point de la fortune éprouvé l'injustice?
Un dieu , sans doute un dieu m'a forgé ces malheurs,
Comme des instruments qui peuvent à ma vue
Ouvrir du cœur humain les sombres profondeurs ',
Source de vérités, au vulgaire inconnue.
Rentrez dans le néant, présomptueux rivaux2;
Ainsi que le soleil, dans sa lumière immense,
Au lieu du gouvernail saisissant mon pinceau, Tranquille , à mes périls j'en trace le tableau.
1 Première leçon :
les noires profondeurs.
2 Première leçon :
Un temps viendra sans doute où les destins plus doux
De mes jours obscurcis embelliront la trame.
Marcus* dompta le sort; le même instinct m'enflamme :
Ne puis-je comme lui fatiguer son courroux?
Mon ame enfin (grand Dieu ! c'est toi qui l'as séduite )
Dévoroit des talents le trône révéré;
Et dans tous les objets dont j'errois entouré,
Ma gloire en traits de feu me paroissoit écrite.
* Cicéron.
MALHEUREUX. 2o5
Cache ces astres vains levés en son absence , Je vais vous effacer par mes nobles travaux. Mon ame ( quel orgueil, grand Dieu, l'avoit séduite! Dévoroit des talents le trône révéré , Et dans tous les objets dont je marche entouré, Ma gloire en traits de feu déjà me semble écrite.
Prestiges que bientôt je vis s'évanouir! Doux espoir de l'honneur, trop sublime délire l ! Ah! revenez encor, revenez me séduire : Pour les infortunés , espérer c'est jouir 2. Je n'ai donc en travaux épuisé mon enfance Que pour m'environner d'une affreuse clarté Qui me montrât l'abyme où je meurs arrêté. Ne valoit-il pas mieux garder mon ignorance?
Trop heureux Philémon, s'il connoît son bonheur Fidèle au rang obscur qu'il reçut de ses pères, Long-temps de sa jeunesse il voit briller la fleur; Et, cultivant en paix ses champs héréditaires, Ne craint pas que toujours ses efforts abusés Laissent tomber son corps privé de nourriture : La terre au jour3 marqué lui rend avec usure Les trésors qu'en ses flancs il avoit déposés.
1 Première leçon :
Noble espoir de l'honneur, trop aimable délire !
J'espérois autrefois : espérer c'est jouir.
Saint-Lambert.
3 Première leçon :
.... au temps
Il n'a point, il est vrai, vu nos cités immondes,
D'où le grand , étonné de ses vastes besoins.
De leurs productions épuise les deux monoes.
Nos sciences, nos arts, étrangers à ses soins,
Ne l'ont point dépouillé de ses moeurs ingénues.
Roulez en char brillant votre heureux déshonneur,
Jamais de Philémon vous ne serez connues,
Beautés dont on nourrit les vices » sans horreur,
Tandis que les talents, amis de l'innocence,
Méconnus, repoussés dans leur premier essor,
Tombent découragés , et meurent d'indigence
Sous l'ombre d'un laurier qu'on leur dispute encor.
Ce protecteur qui marche en semant les promesses,
Même en trompant ses vœux l'abaissa-t-il jamais?
Burrhus, qui va comptant les ingrats qu'il a faits,
Lui vient-il reprocher ses honteuses largesses?
Aux malheureux toujours on trouve des forfaits,
Et les plus généreux vendent cher leurs bienfaits 2.
Pour qui les verts bosquets ouvrent-ils leurs ombrages?
Les tranquilles étangs , les tortueux vallons ,
Les antres toujours frais, les ruisseaux vagabonds,
Les chants du peuple ailé, ses jeux dans les feuillages,
1 Première leçon :
.... le vice
2 Après ce vers , la première leçon de l'auteur portoit les quatre suivants, qu'il a depuis supprimes :
Philémon vertueux croit que tout lui ressemble, Et cette douce erreur qui me rendroit heureux Est le moindre des biens qu'autour de lui rassemble Un dieu qui prit plaisir à traverser mes vœux.
Le paisible sommeil sur des lits de gazon1, La justice , la paix , tout rit à Philémon. Oh! combien j'eusse aimé cette beauté naïve, Qui, d'un époux absent pressentant le retour, Rassemble tous les fruits de son fertile amour, Dirige des aînés la marche encor tardive , Et, portant dans ses bras le plus jeune de tous, Vole au bout du sentier par où descend leur père! Elle le voit : grand Dieu, dérobe à ma misère L'aspect de leurs plaisirs dont mon cœur est jaloux... N'est-ce donc point assez des tourments que j'endure? Quoi! je porte un cœur noble , et d'un œil plein d'effroi Je lis sur tous les froiîts le mépris et l'injure ! Le dernier des mortels est plus heureux que moi 2!
' Première leçon :
Le paisible sommeil sous l'ombre des ormeaux.... Nommez-moi de vrais biens que le ciel lui dénie. La pudeur , à jamais de nos cités bannie , Fixa ses pas errants au centre des hameaux. Oh! qui me donnera cette amante fidèle, Qui, d'un époux absent accusant la lenteur ? Au-devant de ses pas vole , et traîne avec elle Les fruits jeunes encor d'une innocente ardeur? Leur père les a vus , il sourit, il s'empresse ; Et la mère et les fils dans ses bras élancés, Disputant avec lui de joie et de tendresse, Confondent leurs baisers viujjl fois recommencés. Plaisirs durables, purs, et bien dignes d'envie! Je pouvois en jouir : j'ai tout sacrifié ; Et pourquoi? c'étoit donc pour Languir oublié. Non, la gloire à mes vœux n'est point encor ravie. Je vis : tremblez , cruels , suspendez vos mépris. L'intrépide lion
« Ces mots , le dernier des mortels, dit La Harpe, ont l'air de
2o8 LE POETE
Ah ! brisons ces pinceaux ! tombe , lyre inutile ! Périsse un monde injuste! et toi qui m'as perdu, Gloire, fantôme ingrat, à la brigue vendu, Va, je perds sans regret ta couronne futile : C'est le prix de l'intrigue, et je ne puis ramper.
Si pourtant les destins cessoient de me frapper... Des hommes quelquefois l'injustice se lasse... Je puis être du moins fameux par mon audace. Oui, tremblez, fiers rivaux, détournez vos mépris; L'intrépide lion dans un piège surpris S'irrite du danger, et de sa dent tenace Ronge, en grondant, la toile où lui-même s'enlace, Se roule, et peut enfin, par un dernier effort, La briser, s'échapper, et , prodiguant la mort Au peuple de chasseurs qui l'attaque et le brave l, Marcher roi des forêts qui le virent esclave. Vain espoir! qu'ai-je dit? hélas! sans de longs jours Le poëte languit dans la foule commune ,
« tomber sur Philémon, dont on vient de décrire le bonheur, et l'on « ne voit pas pourquoi Philémon seroit le dernier des mortels. »
1 Première leçon :
Aux chasseurs imprudents qui poursuivoient sa perte, S'admirer dans leur sang dont la terre est couverte. Que Dieu , l'homme , le sort , animés contre moi , Redoublent de fureur , se liguent pour m'abattre ; L'homme, le sort et Dieu, j'oserai tout combattre. C'est l'oubli , non la mort qui doit glacer d'effroi. Que dis-je? le guerrier, tout fumant de carnage, Par ce beau désespoir illustre son courage ; Mais sous un long amas de travaux et de jours. Le poète languit, etc.
Et s'il fut en naissant chargé de l'infortune,
Si l'homme, pour lui seul avare de secours,
Refuse à ses travaux même un juste salaire,
Que peut-il lui rester?... Oh! pardonnez, mon père l,
Vous me l'aviez prédit. . . je ne vous croyois pas :
Ce qui peut lui rester2? La honte et le trépas.
C'en est donc fait : déjà la perfide espérance 3 Laisse de mes longs jours vaciller le flambeau; A peine il luit encore, et la pâle indigence M'entr'ouvre lentement les portes du tombeau 4. Mon génie est vaincu. Voyez ce mercenaire, Qui, marchant à pas lourds dans un sentier scabreux, Tombe sous son fardeau ; long-temps le malheureux Se débat sous le poids, lutte, se désespère, Cherchant au loin des yeux un bras compatissant; Seul il soutient la masse à demi soulevée; Qu'on lui tende la main, et sa vie est sauvée : Nul ne vient, il succombe, il meurt en frémissant: Tel est mon sort. Rientôt 5 je rejoindrai ma mère,
1 Première leçon :
Que doit-il espérer?. . . Ah! pardonnez, mon père.
2 Première leçon :
Ce qu'il doit espérer ?
3 Première leçon :
je tombe , et déjà l'espérance
N'ose plus de mes jours attiser le flambeau.
4 Les huit vers qui suivent ne se trouvoient point dans le premier travail de l'auteur.
* Première leçon :
Bientôt, bientôt enfin, je rejoindrai ma mère.