LE POETE MALHEUREUX
Et l'ombre de l'oubli va tous deux nous couvrir.
O rives de la Saône , où ma foible paupière A la clarté des cieux commença de s'ouvrir, Lieux où l'on sait au moins respecter l'innocence ', Vous ne me verrez plus! mon dernier jour s'avance; Mes yeux se fermeront sous un ciel inhumain. Amis!... vous me fuyez, cruels ! je vous implore, Rendez-moi ces pinceaux échappés de ma main... Je meurs... Ce que je sens , je le veux peindre encore
' Première leçon :
Lieux d'où m'ont arraché les e'ians du génie , Vous ne me verrez point abandonner la vie ; Mes yeux vont se fermer sous un ciel inhumain. Vous tous qui m'entourez , cruels , je vous implore.
' Le lecteur a vu ce que La Harpe pensoit de cette pièce. Voici le jugement qu'en portoit Fréron. « Il est vrai, dit-il, qu'il y a des « inégalités dans ce poème, que le plan n'est pas assez suivi, ou « plutôt qu'il n'y a pas assez de plan; mais il a un avantage qui » doit l'emporter sur tout : c'est un talent décidé; et je préfère un « ouvrage où il y a des fautes et du génie, à ces productions froi- « dément didactiques où il est aussi difficile d'apercevoir les beau- « tés que les défauts. Enfin, je ne donne point mon sentiment « comme un arrêt, je puis me tromper ; mais il me paroît que l'au- « teur de ce poème méritoit beaucoup d'encouragement, et que si « les endroits répréhensibles ont empêché l'académie de le cou- « ronner , elle au^oit pu du moins, sans se compromettre, en faire « une mention très honorable. »