LES PLAINTES
Le jour fuit, la nuit naît, prompte à s'évanouir ; Tout passe, et ma douleur paroît seule éternelle! Je cours après des biens dont je ne puis jouir: Aux cris du malheureux la fortune est rebelle. Point d'espoir de repos... l'abaissement, la faim, Les pleurs, le désespoir, voilà mon apanage. Mes talents, ma vertu, mes veilles, tout est vain; Ma misère et mes maux croissent avec mon âge. Que devenir? que faire? ô mort, à mon secours! Viens, finis mes tourments; et pourquoi vis-je encore? Pour souffrir, pour traîner d'insupportables jours? La mort aussi me fuit!... vainement je l'implore... Dieu cruel! réponds-moi. Quels sont donc tes desseins, En me chargeant ainsi du poids de l'infortune, Tandis qu'autour de moi je vois tous les humains M'étaler un bonheur dont l'aspect m'importune? Hélas! si tu ne veux qu'éprouver ma vertu, C'est trop me tourmenter, je la sens qui chancelle; Le besoin la balance, et va triompher d'elle.
Cette pièce de vers, insérée par l'auteur, en 1771, dans le Début poétique, fut retranchée de ce recueil, l'année suivante, à sa réimpression. Plusieurs autres pièces eurent alors le même sort, sans doute parceque l'auteur, plus éclairé de jour en jour, devenoifc aussi moins indulgent envers lui-même.